RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 2.5
(6 votes)
Sur une Terre où tous types de violences semblent s’être généralisés, Noé, un homme ayant des visions prophétiques lui indiquant un futur déluge devant nettoyer le monde de toutes ses impuretés, est choisi par le Créateur pour une mission de la plus haute importance. Ainsi, il lui faudra bâtir une arche pour sauver sa famille et les animaux d’un cataclysme imminent afin de reconstruire un monde meilleur empli d’êtres innocents. Mais mènera-t-il à bien sa quête divine ?



Sixième réalisation de Darren Aronofsky, ce Noé aura fait parler de lui, aussi bien avant sa projection qu’après. En effet, avant sa sortie, un sondage en ligne révélait que la majorité des spectateurs conduits par la foi étaient opposés à l'idée même d'une intrusion d’Hollywood dans ce récit biblique. De plus, des spectateurs d’obédience chrétienne ayant assisté à une pré-projection du film l’auraient remis en question quant à son respect des Saintes Ecritures et réagi négativement face aux comportements obscurs du personnage principal. A sa sortie, les fondamentalistes n’apprécièrent pas les libertés que le cinéaste avait prises avec les textes sacrés, tandis que d’autres critiquaient le message écologiste et moralisateur du film. Enfin, ce long-métrage ne fut pas non plus du goût de plusieurs pays du monde arabe (à l’instar du Qatar) qui décidèrent d'interdire la projection du film en invoquant la représentation de Noé, prophète dans la religion islamiste. En effet, pour les musulmans, toute utilisation de l’art pour représenter les prophètes et autres messagers d’Allah est un crime heurtant la sensibilité des gens et contraire aux croyances et aux fondamentaux de la Charia islamique. Rien que ça ! Mais qu’en est-il vraiment de ce métrage sujet à polémiques ?

Très attendu, ce « péplum biblique aux forts relents d'Héroïc-Fantasy » (d’ailleurs Darren Aronofsky cite volontiers la trilogie "Le Seigneur des anneaux", comme source d’inspiration pour le décorum), est troublant et provoquera à coup sûr des réactions, que l’on soit pratiquant ou pas d’ailleurs. Voulant porter sur les écrans le mythe de l'Arche de Noé depuis 2007, le réalisateur de "Pi", "The fountain" ou encore "Black Swan" adapte un comic-book (dont le titre français est "Noé, pour la cruauté des hommes") dont-il est le co-auteur, avec Ari Handel, les dessins étant signés Niko Henrichon. Pour ce qui est de l’histoire donc, Noé ne ressemble à rien de connu. Le film adapte plus ou (plutôt) moins fidèlement la Genèse, et décrit le personnage biblique comme un être torturé et obstiné, qui cherche tout le temps à faire le Bien par des actions révélées en songes par le Créateur. Mais son obsession lui vaudra de vouloir faire disparaître l'Homme au bénéfice des animaux, seuls êtres qu’il juge comme vraiment innocents ! De fait, on a ici une adaptation d’une partie de la Bible peu conformiste avouons-le, et celle-ci pourra être contestée par toute(s) religion(s) de par son message anti-humanité. Mais là où cela peut choquer encore plus, c’est que le long-métrage commence un peu comme "Transformers", et oui, vous avez bien lu ! C’est-à-dire qu’en fait Noé débute comme un blockbuster aux effets spéciaux ahurissants avec les personnages des veilleurs, sortes de géants aux allures de robots entièrement composés de pierres (et dont l’une des voix est celle de Nick Nolte dans la version originale) ! Ces créatures seraient en fait des anges enfermés dans du roc après avoir essayé de sauver Adam. Si ça ce n’est pas de l’originalité ma bonne dame ! Pourquoi pas après tout, si cela avait été bien fait, ça aurait pu donner un film épique intéressant sur fond de fable écologique intelligente mais non, même pas !



Car en effet, des problèmes dans ce film, il y en a. En premier lieu, sa longueur excessive (environ 2h30). Noé se décompose ainsi en quatre partie assez inégales selon leur intérêt et leur durée : la première, raconte très brièvement la Genèse et présente Noé, sa famille et les veilleurs, la deuxième montre le périple de Noé et des siens jusqu'à la construction de l'Arche, la troisième partie raconte les préparatifs du départ et l'attaque de l'Arche par les méchants (enfin le sont-ils vraiment, car en même temps ils veulent eux aussi échapper au déluge !?) dont le chef a tué le père de Noé lorsqu’il était enfant, et la dernière partie se passe dans l'Arche, là où Noé commence à se poser des questions sur le fait de sauver ou non tous les hommes. Aussi différentes soient-elles, toutes ces parties présentent des attraits distincts, certaines sont plus captivantes que d’autres, notamment lorsqu’il s’agit de séquences d’action (voir celle du déluge par exemple), de transhumances (ah, qu’ils sont beaux les paysages islandais ressemblant à ceux de la Terre du Milieu de Peter Jackson !) ou de portraits (la façon dont Aronofsky filme la misère humaine est saisissante) qu’on jugera plus intéressantes que des scènes de dialogues insipides à n’en plus finir !

Coté interprétation ensuite, l’ensemble n’est pas pleinement satisfaisant. On retiendra surtout Russell Crowe ("Man of steel") qui porte le film sur ses épaules en incarnant un Noé obsessionnel à la limite de l’illuminé. Jennifer Connelly (l’héroïne de "Phenomena" qui retrouve Aronofsky treize ans après "Requiem for a Dream") figure l’épouse effacée mais soutenant son époux de manière sobre alors que Ray Winstone ("Blanche-Neige et le chasseur") dans le rôle du méchant de service tenace et Anthony Hopkins ("Le silence des agneaux", "Hannibal") endossant celui de Mathusalem, le grand-père de Noé, incarnent de manière très intelligente leurs personnages. En revanche, le reste du casting se noie dans des scènes mélodramatiques gênantes car ennuyeuses au possible et sans intérêt pour l’histoire. Mais est-ce seulement de leur faute ? Un peu quand même car si on s’en tient à l’interprétation pure, Emma Watson (Hermione Granger de la saga "Harry Potter") ne semble pas faite pour son rôle de fille adoptive dont la future maternité semble compromise tant elle paraît ne pas savoir quelle attitude adopter. Quant aux fils (Douglas Booth en tête), ils ne se montrent pas non plus au mieux de leur forme et manquent cruellement de charisme.



Du point de vue des effets de mise en scène maintenant, certains plans sont magnifiques (les visions du prophète, les paysages rencontrés lors du périple de Noé et des siens, le lieu où habite le patriarche Mathusalem, etc.) alors que les effets spéciaux concernant le look des veilleurs et les scènes du déluge sont vraiment très crédibles. En revanche, et là c’est assez incompréhensible compte tenu du budget du film (près de 130 millions de dollars tout de même !), les animaux sont hyper mal faits si bien qu’il est quasi impossible de croire à leur véracité ! C’est d’autant plus gênant qu’on les voit finalement très peu à l’écran alors qu’on parle quand même de l’Arche de Noé, bon sang !

Concernant le scénario, on l’a vu, ça part dans tous les sens, mais force est de constater que l’intrigue portant sur le personnage de Noé, son côté obsessionnel, ses valeurs morales, ou encore ses contradictions voire son combat spirituel vis-à-vis du Créateur et des siens sont bien mis en avant et servent véritablement le film, d’autant que Russell Crowe semble habité par son rôle. En revanche, les sous-intrigues sur les amours de ses enfants (ses fils naturels comme sa fille adoptive) et leur quête de devenir adultes manquent cruellement d’intensité dramatique et donc d’émotion. De fait, elles s’avèrent beaucoup moins passionnantes et versent trop inutilement dans le pathos, notamment quand Emma Watson apparaît à l’écran…



Hésitant entre deux grands arguments (film antireligieux ou pro-croyant ?) et pas mal de genres, ce Noé ne satisfera finalement personne. L’ambition de Daren Aronofsky était sans doute trop grande car malheureusement le réalisateur américain nous pond un long-métrage hésitant entre péplum, film métaphysique, conte biblique voire blockbuster si bien qu’il se cherche sans jamais vraiment se trouver. Pourtant, le personnage de Noé, en plus d’être magnifiquement interprété par Russell Crowe, était vraiment bien retranscrit et très fouillé d’un point de vue psychologique avec son perpétuel combat moral (« Les Hommes méritent-ils de disparaître ? »). Mais en laissant trop de côté les animaux au bénéfice des descendants de Noé aux scènes pseudo dramatiques aussi intéressantes que celles des plus célèbres Telenovelas brésiliennes et en proposant un métrage segmenté en parties trop inégales, Aronofsky s’égare et ne remplit pas son objectif principal : celui de nous sortir un chef-d’œuvre comme il sait en faire. Certes, on sent qu’il s’est fait plaisir, mais il nous a égarés en route. Dommage !