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A Paray (Paray-le-Monial, pour être plus précis), ville paisible de Saône-et-Loire, Sylvain, un jeune homme propre sur lui aux allures de gendre idéal, voue sa vie à un cinéma de quartier condamné à disparaître. Cinéphile averti, il habite au sous-sol de la salle dont il est à la fois le programmateur, le projectionniste et le caissier. Entre des discussions avec Monsieur Paul, un passionné de septième art comme lui et la rencontre avec Manon, une jeune fille désirant dans un premier temps acheter une affiche de film, Sylvain vit paisiblement. Pourtant, chaque nuit, après la dernière séance, il sort pour un rituel meurtrier…



Tourné en 21 jours, Dernière Séance dénonce la mort des petits cinémas de province au profit des multiplexes, bouleversant l’avenir professionnel de leurs projectionnistes. Mais surtout, Dernière Séance est un film hybride, qui mélange le cinéma de genre au film d’auteur. Le métrage est notamment codifié pour être un parfait slasher aux allures de giallo (avec le tueur en série solitaire et fétichiste sur les bords assassinant des femmes à l’arme blanche, notamment la nuit, des flashbacks narrant son passé…), mais il souffre également d'une mise en scène très artificielle trop appuyée, esthétiquement parlant, notamment quand Laurent Achard, le réalisateur, abuse de plans séquences et autres effets de cadrages léchés superfétatoires. Tout cela réduit malheureusement le long-métrage à un simple livre d'images en en faisant un pur exercice de style pour apprenti cinéaste au détriment de l’histoire. Celle-ci, venons-y, ressemble à un catalogue de références cinématographiques trop soutenu de tout ce qui a pu se faire en la matière que ce soit le simple giallo, le slasher ou bien le thriller horrifique. On sent que le cinéaste français s’est fait plaisir en rendant hommage à Paul Vecchiali, car Dernière Séance doit beaucoup à Femmes, femmes » et surtout à « L’étrangleur » avec son jeune homme marqué par un terrible traumatisme et qui commet des crimes similaires à celui auquel il assista enfant. Mais ce n’est pas tout, puisque le "Psychose" d'Alfred Hitchcock est également fortement évoqué car Sylvain, comme Norman Bates, se bat contre la fermeture de son cinéma (le motel pour Bates) et protège son antre des intrus en n’hésitant pas à les occire dès qu’ils s’approchent de trop près. Pourtant, Laurent Achard affirme avoir été inspiré par quelques cinéastes tels que John Carpenter, Mario Bava, Jacques Tourneur, ou encore Dario Argento, mais avoue ne pas avoir pensé à eux pendant l'écriture et le tournage de peur d'être "paralysé ou poussé à la copie". Malgré cela, Dernière Séance est ultra-référentiel, on l’a vu ci-avant et surtout, comment ne pas penser au film de Michael Powell "Le voyeur" pour le côté fétichiste de son personnage, avec une légère atmosphère de Nouvelle Vague pour les acteurs qui déclament leur texte comme s’ils étaient dans un film d’Eric Rohmer !? Le cinéaste français a donc bien révisé ses classiques, mais le problème, c'est qu'on frise l'overdose et que, submergé par ce flot de clins d'œil, le film peine à trouver une identité propre.



Toutefois, l’idée de joindre la cinéphilie au thriller horrifique était intéressante, d’autant plus que l’intrigue principale se déroule au sein d’un cinéma de province et que le tenancier est un serial killer qui sévit la nuit. Le problème, c’est que le film (qui dure 80 minutes, mais franchement, c’est déjà assez !) est d’une platitude extrême, il ne s’y passe pas grand-chose. Certes, les jolis plans s’alignent les uns à la suite des autres et certains sont réussis (la vision de la ville la nuit, rendue complètement sinistre, les graffitis sous la lumière des phares, la photo de la mère très énigmatique) mais on a le sentiment que cela est fait sans grande conviction, le rythme est mou du genou ; quant aux acteurs (avec en tête un honnête Pascal Cervo et une Karole Rocher sous-exploitée), léthargiques du début à la fin, ils ne dégagent aucune empathie, mais il faut dire qu’ils ne sont pas aidés par des dialogues d’une extrême platitude. Achard nous laisse donc vraiment à distance de son sujet. Il est alors très difficile en effet d'accompagner le personnage principal dans sa névrose. D’autant que le scénario n’est pas d’une très grande originalité et tire sur des ficelles usées maintes fois. C’est vrai que le gars qui tue des femmes parce qu'il a eu un problème avec sa mère dans son enfance... c’est super inédit comme concept et que le coup du complexe d’Oedipe, comme prétexte à tuer des femmes, c’est du jamais vu ! Parti de là, le film devient répétitif, il ne s'y passe quasiment rien à part toujours les mêmes choses : Sylvain qui discute avec un client ou qui projette "French cancan" puis qui va tuer des filles la nuit et ce, jusqu'à une fin ridicule…



Notons pour l’anecdote que Laurent Achard, comme dans ses films précédents, n'utilise aucune musique originale dans Dernière Séance. Cependant, on peut entendre deux chansons françaises : "La Complainte de la Butte" de Cora Vaucaire et "Emmène-moi danser ce soir" de Michèle Torr (évoquée lors d’une scène de karaoké particulièrement éprouvante !), ainsi qu'une comptine chantée par Sylvain.



Film d'auteur plus que d'horreur malgré certains ingrédients typiques comme le trauma infantile et les nombreux meurtres à l’arme blanche, Dernière Séance n’est pas à la portée de tout le monde. Certes, les plans sont bien construits, avec de beaux cadrages, une belle photographie et un jeu délié sur la lumière mais on a l’impression que cela se fait au détriment de l'histoire, qui, d'ennuyeuse avec sa psychologie de bas étage, vire carrément au grotesque à la fin du film. Ajoutez à cela que l’interprétation est trop molle et détachée du sujet, que les scènes sont monotones voire redondantes et vous aurez une idée de ce que l’on peut endurer pendant plus d’une heure. Laurent Achard nous prouve ainsi qu’il ne faut pas que des références pour faire un bon film de genre, car les images c’est bien, mais le contenu et la manière de le mettre en scène, c’est mieux pour faire une œuvre plus personnelle !









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