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Annabelle, l'épouse du très riche Frederick Loren, suggère à son mari d'organiser une soirée un peu spéciale : convier des inconnus à passer une nuit entière dans une maison hantée ! S'ils parviennent à tenir, les participants gagneront alors la somme de 10000 dollars... Mais la tâche s'annonce difficile car des évènements mystérieux et inquiétants se produisent très rapidement.



Datant de 1959, "La Nuit de tous les mystères" est à mon sens le film le plus réussi de William Castle. Celui où, en tout cas, sa volonté de faire du film d’épouvante un divertissement pour le spectateur est la plus aboutie, grâce à une œuvre très soignée reprenant avec bonheur les éléments classiques du cinéma de genre(s) pour mieux les détourner, jouant avec nous avec une efficacité toujours intacte 50 ans plus tard.



Castle place donc son intrigue dans une étrange demeure hantée, dont l’architecture oscille entre modernité et baroque, et y installe une poignée de personnages volontairement présentés selon des stéréotypes (qui nous rappelleront notamment les joyeux clichés des suspects du Cluedo), du millionnaire vaguement excentrique à la secrétaire facilement impressionnable en passant par le psychiatre. Le groupe découvrira peu à peu les endroits les plus remarquables de la maison, ainsi que l’histoire des supposés fantômes qui hantent les lieux (Castle reprendra l’idée dans son futur "13 fantômes").

Très classique, cette première partie consacrée à l’épouvante n’en est pas moins réussie, parvenant même à faire sursauter lors d’une apparition que l’on n’attendait pas. William Castle tire pleinement parti de son décor, jouant avec ces pièces cachées, ces portes qui grincent et ce mobilier qui menace à chaque instant de s’effondrer sur les participants de la soirée. Mais c’est avec l’assassinat d’un des personnages que le film va prendre une autre dimension, ajoutant à cette atmosphère d’épouvante une intrigue où chaque personnage devient suspect et où l’on découvre peu à peu un complot parfois tiré par les cheveux mais qui nous tient parfaitement en haleine.



Castle nous fait ainsi pleinement participer à l’enquête, nous donne des indices auxquels les personnages n’ont pas accès et insiste sur le comportement suspect de chacun, nous amenant à tous les suspecter. Et évidemment, parmi cette brochette de meurtriers potentiels, celui qui retient le plus notre intention sera Frederick Loren, interprété par l’immense Vincent Price dont l’élégance et le cynisme font merveille dans le rôle du maître de cérémonie mystérieux et excentrique qui rappelle William Castle lui-même.

La Nuit des tous les mystères, qui comme 13 fantômes fera l’objet d’un remake par la maison de production Dark Castle ("La Maison de l’horreur") est donc un mélange très agréable de film d’épouvante et d’intrigue policière, dont certains éléments ont évidemment vieilli (le final, rapidement expédié), mais qui conserve un formidable capital sympathie grâce à la complicité qu’installe William Castle avec le spectateur, jouant avec les codes de l’épouvante pour mieux les détourner et jouer avec le public.



Un mot enfin sur le gimmick utilisé pour ce film : l’Emergo. Grâce à un système de poulie, un faux squelette pouvait planer au-dessus des spectateurs aux moments-clés du film, ce qui amusait sans doute plus le public que cela ne l’effrayait. Il arrivait même que le procédé se déclenche mal, envoyant le squelette à de mauvais moments, et le pantin était parfois pris pour cible par les jeunes spectateurs tentant de lui envoyer des objets ! Plus encore que les lunettes de l’Illusion-O de 13 fantômes ou que le Percepto faisant vibrer les sièges pendant Le Désosseur de cadavres, l’Emergo rapprochait clairement le divertissement cinématographique selon William Castle d’une attraction de fête foraine, dans une générosité que l’on ne connaitra sans doute plus jamais…