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George Fotheringay est un homme simple, travaillant comme drapier dans une importante entreprise. Un soir, une divinité céleste, très intéressée par le comportement des humains, lui offre le pouvoir absolu : celui de faire des miracles. Seule restriction, celle de ne pouvoir influencer le comportement émotionnel des personnes. Rapidement, la vie de Fotheringay se trouve bouleversée, pour le meilleur mais pas toujours...



Les années 30 ont vu le fantastique et l’épouvante devenir l’un des genres phares de la production cinématographique. Un succès dû en particulier à la firme Universal et aux réussites formelles que sont Dracula, Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein, La Momie ou l’Homme Invisible. D’autres studios se sont également lancés dans la brèche ouverte par Universal et ont livré des films tout aussi réussis, à l’image de King Kong, L’île du Docteur Moreau, Freaks la monstrueuse parade ou Docteur Jekyll et Mister Hyde par exemple. Les comédies se sont également emparées du genre et l’ont intégré à leur univers, ce qui créa le sous-genre de la comédie fantastique. Dès 1932, James Whale mixe ces deux univers dans The Old Dark House. René Hervil signe Mannequins en 1933. Le français René Clair quant à lui, pour son premier film en Angleterre, réalise Fantôme à Vendre en 1935. Suivront de nombreuses autres comédies fantastiques, et le succès de ce mélange entre humour et frisson ne s’est jamais démenti durant les décennies suivantes, et continue de perdurer de nos jours, il suffit de voir des films comme SOS Fantômes, L’armée des Ténèbres, Fantômes contre Fantômes, Shaun of the Dead, la saga Scary Movie, Severance, Black Sheep, Dead Snow ou plus récemment Goal of the Dead pour s’en rendre compte. A cette petite liste très loin d’être exhaustive, on ajoutera évidemment le film dont on va parler ici : L’homme qui pouvait accomplir des miracles, œuvre de Lothar Mendes datant de 1936.



Le triomphe des films de la Universal incite le célèbre Alexander Korda à se lancer lui aussi dans l’aventure du cinéma fantastique. L’homme fait une première collaboration avec le non moins célèbre écrivain H.G.Wells qui scénarise lui-même une de ses nouvelles pour ce qui deviendra au cinéma La Vie Future, réalisé par William Cameron Menzies en 1936. Les deux hommes décident de collaborer à nouveau la même année et adaptent un autre récit de Wells, qui le scénarise à nouveau. Mais des tensions apparaissent entre les deux hommes et Korda fait remanier le scénario par Lajos Biró. Sous la direction de Lothar Mendes, mais aussi avec des prises de vues exécutées par Korda lui-même, L’Homme qui pouvait faire des Miracles sort également en 1936 et se révèle être une petite comédie fantastique sans prétention autre que de divertir, tout en ayant néanmoins un discours un tantinet philosophique et moral derrière son propos, à même de faire réfléchir les spectateurs. En effet, le personnage principal, superbement interprété par Roland Young, se voit doter du don de réaliser n’importe quel miracle. Faire apparaître des fleurs, guérir une entorse, faire disparaître des tâches de rousseur, faire apparaître de la nourriture. Des petites prouesses sans grande répercussion sur le monde qui entoure notre gentil héros.



Mais un tel pouvoir attire vite des convoitises et de nombreuses personnes ne tarderont pas à venir prodiguer des conseils à notre pauvre bougre, qui se voit vite dépassé par les événements. Doit-il céder aux avances de son patron et lui réserver l’exclusivité de son don, afin de faire prospérer ses entreprises et lui permettre d’avoir le monopole mondial dans l’industrie du textile ? Doit-il suivre les conseils du vicaire, désirant éradiquer la guerre, les discriminations, les maladies et offrir l’abondance à chaque être humain, les privant du « besoin », notion nécessaire à la vie en société ? Ou doit-il simplement penser à lui et faire ce qu’il lui semble juste tout en bénéficiant du côté positif de son don ? Des conflits d’intérêts apparaissent donc entre les riches, les pauvres, les vertueux, les cupides, pensant plus à eux-mêmes qu’aux autres. Ce qui semblait être un pouvoir des plus réjouissants au premier abord se transforme vite en un poids sur les épaules vulnérables de ce pauvre monsieur Fotheringay, qui comprend rapidement que chaque partie souhaite le manipuler.



Avec cette critique du pouvoir, L’Homme qui pouvait accomplir des miracles se montre donc plus intelligent qu’il ne veut le faire paraître. Ce qui ne l’empêche pas de remplir sa fonction primaire, à savoir celle de nous faire rire et de nous faire passer un bon moment devant notre écran. Les miracles qu’accomplit ce brave monsieur Fotheringay jouent admirablement bien sur le comique de situation et si on ne rit pas à gorge déployée, on sourit souvent devant ces facéties fantastiques, qui bénéficient en outre d’effets spéciaux de bonne facture. Lampe à bougie qui se retrouve la tête en bas, lit qui décolle du sol, transformation des habits d’une jeune femme en tenue de Cléopâtre, apparition/disparition d’objets, changement d’une cave pleine de whisky en eau et ce, pour le plus grand déplaisir de son propriétaire et même envol d’un policier directement… aux Enfers ! Roland Young interprète ce faiseur de miracles de façon exemplaire, nous apparaissant presque un brin benêt mais en tout cas, d’une gentillesse à toute épreuve. Face à lui, on trouve des têtes bien connues, comme celle de Sir Ralph Richardson, l’un des acteurs les plus réputés d’Angleterre, ou celle d’Ernest Thesiger, le célèbre docteur Prétorius vu dans La Fiancée de Frankenstein. Un casting bien en place au service d’une comédie fantastique légère mais rigoureuse, et fortement marquée par son époque. On appréciera la scène finale, dotée d’un monologue des plus efficaces et d’un retournement de situation qui justifie la réflexion et la thématique énoncées durant tout le film. Et vous, que feriez-vous si vous aviez le pouvoir absolu ?


Disponible en DVD chez ELEPHANT FILMS






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