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Une jeune femme dont on ignore le prénom, qu’on appellera donc « L’Oregonian » (originaire de l’Etat américain de l’Oregon, si l’on traduit), se trouve avec un homme qui est allongé au sol. Est-il mort ? Assommé ? Etait-ce son mari ? Un agresseur ? On n’en saura rien pour le moment. Puis on la retrouve au volant d’une voiture dans un fossé. Complètement désorientée et blessée, ne sachant où elle se trouve, notre inconnue s’aperçoit qu’elle a renversé un père de famille et sa jeune fille. Etant incapable de les ranimer, elle part donc chercher de l'aide. Et c’est à partir de ce moment-là que « le voyage vers l’inconnu et des terres inhospitalières » va commencer. Quand elle n’a pas affaire à une mystérieuse lumière aveuglante et à un son aigu lui déchirant les tympans, « L’Oregonian » rencontre des individus tous les plus étranges les uns que les autres : une sorte de routier ayant des problèmes avec la nourriture et sa vessie, une bande de hippies avides de cocktails et de musique country, une vieille femme muette au sourire qui fait peur, parfois accompagnée de sa horde, sans compter sur un homme costumé en peluche verte, fan de masturbation. Mais où notre héroïne se trouve-t-elle donc ? Et surtout, va-t-elle en sortir indemne et nous avec ?



L'AVIS :

Que dire de ce film ? Enfin si on peut appeler ça un film. Eh bien que son réalisateur Calvin Reeder, connu pour avoir réalisé antérieurement quelques courts-métrages, se moque carrément de nous en nous balançant un trip pseudo intellectuel sans queue ni tête mais ultra référentiel. Seulement voilà, n'est pas Lynch qui veut. Et il a beau nous asséner ses influences, encore faut-il maîtriser le sujet. Se servir de l’étrangeté comme prétexte à un récit à la narration déstructurée rend le métrage indigeste, sans logique et en fera un énième Objet Filmique Non Identifié plus proche du bricolage que de l’expérimental. Son œuvre (sic) est un condensé du cinéma de David Lynch (pour la série "Twin Peaks" avec son personnage énigmatique de Bob le tueur, ici remplacé par une vieille femme et "Mulholland Drive" pour le parallélisme du synopsis avec une mystérieuse femme blessée, victime d’un accident de voiture errant sur une route sinueuse) avec celui de Herk Harvey et son fameux "Le carnaval des âmes" (pour ce qui est vraiment arrivé à notre héroïne), avec un soupçon de Quentin Dupieux (notamment son "Nonfilm", pour l’absurde et les scènes surréalistes dans le désert). Le début n’est pourtant pas si mal, du moins on se pose pas mal de questions et l'ambiance est assez bonne avec : une bande-son qui tient la route car en totale adéquation avec ce qui se déroule sous nos yeux, ainsi que des rencontres bien étranges comme celle avec le routier dont l’urine change de couleur et surtout celle de la vieille muette au regard fixe, bien flippante, il faut l’avouer.



Mais une fois passé ce moment regardable, le film évolue en quelque chose d’ennuyeux voire pénible car tout devient incohérent au possible. C’est bien simple, The Oregonian devient dès lors un trip hallucinatoire au rythme lent enchaînant des séquences avec des rencontres bien barrées mais trop récurrentes pour faire mouche une fois l’effet de surprise passé. Certes, c’est sympa de voir une vieille folle qui vous fixe en souriant, un gars déguisé en peluche verte grotesque version Cétélem du pauvre, un type antipathique qui urine pendant un moment (merci "Austin Powers" !) et dont l’urine change de couleur toutes les dix secondes, mais bon, ça va un temps ! Le summum, c’est quand même quand notre héroïne croise la route de son double mort en train de se faire sodomiser, il n’y a pas d’autres mots, tout en ayant le dos éventré et dans lequel le routier lui verse une omelette et de l’essence ! Et puis les carburants, ça doit être une obsession chez Calvin Reeder car on voit également un groupe de femmes qui semblent baver du pétrole, ainsi que des hippies en ingérer dans un cocktail fait maison qui semble explosif. Quel était le message métaphorique ici ? Bonne question ma bonne dame ! A part une critique de notre société par trop consommatrice et dépendante de l’essence, je ne vois pas trop, mais bon en même temps, il n’y a peut-être rien à chercher. Comme si ça ne suffisait pas, même le score devient désagréable avec des bruits aigus perturbants et tous ces gens bizarres qui se mettent à hurler ou rire bruyamment que ça en devient vite insupportable. On se doute bien que le réalisateur essaie de raconter quelque chose (ou pas finalement) mais il faut vraiment ramer pour partager ses délires ou bien il faut fumer la même chose que lui !



Ainsi, on pourrait dire que The Oregonian a tout du film sans tenants et aboutissants. Et la suite de scènes sans cohérence, nous donnerait raison. Alors c’est vrai, même si on a le droit à des petits flashbacks disséminés çà et là, censés nous expliquer ce qui s’est passé avant l’accident, jusqu’au plan final, bien avisé sera celui qui comprendra ce que ce cauchemar éveillé représente réellement. Tout comme l’héroïne, nous suivons donc ce parcours initiatique afin de comprendre ce qu’il se passe vraiment. Mais combien auront le courage de visionner le métrage jusqu’au bout ? Soyons franc, la narration partant dans tous les sens et le côté décalé de certaines séquences répétées à l’excès auront vite fait de décourager les plus braves d’entre vous. The Oregonian est donc pour cela un navet. Trop d’idées métaphoriques juxtaposées aléatoirement n’ont jamais fait un grand film et celui-ci ne sera donc pas facilement accessible à tous les publics et c’est tant mieux. Alors oui c’est oppressant ce qu’il faut et assez immersif dans le sens où nous aussi on est en plein cauchemar. M’enfin bon, s’il fallait tout intellectualiser pour accepter le bizarre en cherchant des symboles là où il n’yen a pas ou bien se coltiner tous les nanars du monde sous LSD, ce serait pénible à la longue, mais surtout dangereux pour la santé aussi bien mentale que physique !



Pour son premier long-métrage, Calvin Reeder a essayé de mettre en images une œuvre expérimentale sous forme de « bad-trip Lynchien ». Seulement faut-il le faire avec classe, sans plagier ce qui a déjà été fait avant. Sa durée de quatre-vingt minutes est déjà beaucoup trop pour le peu d’innovations scénaristiques, visuelles et sonores qu’a à nous offrir le réalisateur débutant. Ainsi, on ne comprend pas grand-chose dans ce conglomérat de bruits stridents, de protagonistes par trop marginaux et de successions de flashbacks et autres saynètes incongrues sans lien évident. Reste l’actrice principale Lindsay Pulsipher, une ravissante blonde, qui fait ce qu’elle peut pour maintenir la flamme, mais c’est bien peu.









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