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Duncan, un gars ordinaire, est loin d'être heureux dans la vie. Quand il ne subit pas la pression de son boulot pour lequel il sera congédié s’il n’accepte pas son nouveau poste consistant à licencier des gens (alors qu’il était jusque-là comptable !), il est brimé par sa famille. Entre sa femme désirant avoir un enfant, sa mère obsédée sexuelle avide d’être une bonne grand-mère faisant même appel à un expert en fertilité et l’acceptation de l’abandon de son paternel alors qu’il n’était un jeune garçon, avouez qu’il y a de quoi exploser ! Mais Duncan intériorise tout et un beau jour, il est pris de douleurs intestinales aigües. Ses angoisses deviennent finalement de trop pour lui si bien qu’elles se matérialisent sous la forme d’un monstre vivant à l'intérieur de son colon. La créature devient vraiment un fardeau dès lors qu’elle sort de son anus et commence à tuer tous ceux qui lui causent du stress. Mais ça devient encore pire quand elle commence bientôt à menacer la seule chose que Duncan aime vraiment, sa femme…



Film présenté au festival de Sitges en 2013, Bad Milo se veut être une comédie horrifique qui n’est pas sans rappeler certaines productions du genre des eighties, telles que "Frère de sang" et "Elmer le remue méninges" de Frank Henenlotter avec une touche de "Ghoulies » pour le design de la bébête et une pincée du Lynch séminal ("Eraserhead" bande d’incultes !) pour la métaphore sur l’angoisse de la paternité. Notons de plus que David Cronenberg est remercié dans le générique de fin, ce qui n'est pas non plus un hasard puisque le réalisateur canadien est amateur de chairs et d’excroissances engendrées parfois par un cerveau malade (rappelez-vous "Chromosome 3" !) et que Milo n’est avant tout qu’une manifestation physique des névroses dont le protagoniste principal regorge. Vous l’aurez donc compris, ce Bad Milo est une sorte d’hommage affectueux aux films d'horreur des années 1980. Ca paraît aussi sordide qu’un grindhouse, aussi déjanté que les productions de la Troma, mais ça semble beaucoup mieux écrit et conçu que la plupart des métrages de ce type, du moins sur le papier. Est-il en passe de devenir un classique du cinéma d’exploitation pour autant ?

D’un point de vue scénaristique, on serait tenté de répondre « oui ». Bad Milo part en effet d’un pitch complètement improbable avec Duncan, un trentenaire qui a bien du mal à s’en sortir entre la pression d’un travail qui ne l’intéresse pas et une famille qui l’étouffe.



Résultat des courses : notre homme est anxieux à mort et souffre de douleurs intestinales atroces qui se manifestent lors de violentes crises et se concrétisent par l’expulsion d’un petit monstre sortant tout droit...de son rectum ! La petite créature va alors occire toutes les personnes, qui ont causé du stress à son hôte. Si ça ce n’est pas un scénario de dingue ma bonne dame, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Cela semble d’autant plus incroyable que le métrage se veut être une critique acerbe de notre société avec l’étude de thèmes aussi variés que contemporains tels que : les inquiétudes liées à la paternité, le monde du travail et son côté impitoyable, le capitalisme et l’appât du gain jusqu'à l’excès, les angoisses, la colère refoulée et autres maux pouvant vous manger de l'intérieur.

Le principal problème c’est que le réalisateur Jacob Vaughan, dont c’est là le premier film, en travaillant à partir d'un scénario qu'il a écrit avec Benjamin Hayes, est trop occupé à essayer de faire de son métrage une comédie d’horreur. Mais comme beaucoup de films de mauvaise qualité ou intentionnellement dérivés, Bad Milo ne peut jamais maîtriser ce qu'il essaie d'atteindre. Ce n'est ni assez effrayant pour être horrifique et ça n'est tout simplement pas assez drôle pour réussir l'examen en tant que comédie. Comme un soufflé au fromage, une fois la révélation du monstre dévoilée, tout s'écroule lentement. L’accent est fortement mis sur l'humour scatologique : la plupart des blagues tournent autour des toilettes et de l'anus, ce qui conduit à beaucoup trop de scènes dans la salle de bains pendant la « sortie » de Milo (ou pire encore, sa « réintroduction » !), et une fois qu’on en a fait le tour, ça devient vite prévisible et parfois répétitif au point d’en devenir lourdingue. Si je pouvais me permettre un jeu de mots foireux, j’ajouterais que ça manque de profondeur…



De plus, niveau casting, le film ne parvient pas à fondre son prometteur (et si absurde) scénario dans une quelconque réalité reconnaissable. Que ce soit Duncan (le très peu empathique au faciès « cartoonesque » Ken Marino vu dans "Bienvenue à Gattaca") avec sa femme (Gillian Jacobs de "The box") de plus en plus dépassée, son thérapeute farfelu (l’excellent Peter Stormare vu dans "Bruiser", "Constantine", "Dylan Dog" ou encore "Hansel et Gretel"), sa mère dominatrice (Mary Kay Place qui cabotine outrancièrement) ou bien son patron arrogant (le détestable mais efficace Patrick Warburton, aperçu dans "Scream 3", "Men in black 2"), tous semblent jouer à un tel niveau caricatural que vous ne pouvez pas prendre l'un des protagonistes au sérieux.

Côté horreur et gore, il y a bien quelques séquences plus ou moins trash, mais ce n’est pas forcément tout le temps réussi. Le premier souci c’est le rythme. Celui-ci est relativement rapide et le désir d'aller à la prochaine mise à mort de la part du réalisateur, ne permet pas à la créature de donner son plein effet. Chaque fois que le monstre tue une victime, une sorte de saynète comique se produit avant celle-ci, si bien que l’effet angoissant en est complètement anéanti. En outre, Vaughan utilise du caoutchouc en latex de la vieille école pour créer son monstre Milo, sorte de troll chauve de la taille d’un enfant avec des yeux énormes et une bouche démesurée pleine de dents. Ce qui avouons-le, fait un peu cheap, surtout quand Milo apparaît comme doux et tendre envers Duncan : il en deviendrait presque mignon, comme un chien de compagnie ! Heureusement qu’il est sans pitié pour quiconque cause de l’anxiété à son maître ! Le film présente d’ailleurs une quantité de gore appréciable quand il se déchaîne, mais c’est bien trop peu pour satisfaire tout fan de «bisseries» qui se respecte !



Long-métrage de genre décent à petit budget qui avait beaucoup de potentiel sur le papier, Bad Milo déçoit pourtant car on a le sentiment que le film aurait pu être beaucoup mieux que ce que nous avons eu. L'histoire concerne un gars ayant une créature qui vit dans ses intestins sortant tuer tous ceux contrariant son hôte. Le ridicule même de cette idée seule aurait pu en faire une comédie d'horreur mémorable. Mais non, le réalisateur flirte entre les genres sans en choisir un de manière définitive et finit par rater sa cible. En fin de compte, le film est partout à la fois et tente trop d'être original, notamment par tous les thèmes sociétaux qu’il brasse. Dommage, car le casting est correct, impliqué même si parfois trop caricatural et quelques gags fonctionnent tout de même assez bien lorsqu’ils ne sont pas répétés. Il aurait juste fallu resserrer un peu le script pour pouvoir en faire un plus grand film. On est donc en droit de se demander s’il n’aurait pas mieux fonctionné comme un court-métrage. Qui sait ? En fin de compte, Bad Milo n'est pas assez drôle pour être une comédie et pas assez effrayant pour être un film d'horreur. Il constituera dans l'ensemble une petite production regardable, mais sans plus car vous l’oublierez très vite.


Pendant le générique final, on peut observer quelques scènes supplémentaires et beaucoup d'entre elles sont des improvisations de la part des acteurs.






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