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Une ancienne vedette de cinéma est sur le déclin. Sans contrat, sans famille, Chin Siu-Ho va prendre une petite chambre dans un hôtel misérable. Alors que ce dernier compte mettre fin à ses jours dans cette chambre délabrée, le malheureux va tomber nez à nez avec des esprits hantant les lieux mais également, chose encore plus folle, avec son défunt voisin ramené à la vie par sa femme sous les traits d’un vampire…



"Rigor Mortis" : voilà probablement l’un des films les plus originaux qu’il a été donné de voir en compétition lors de la 21ème édition du Festival International du Film Fantastique à Gérardmer. Déjà remarqué dans quelques festivals précédents, c’est donc sans grande surprise que le film de Juno Mak parvient à décrocher le Prix du Jury (ex-aequo avec "the babadook") au festival vosgien.
Et pourtant ils ont été nombreux les festivaliers à trouver le film « bien longuet », « un peu mou-mou » ou encore à le qualifier de « grand n’importe quoi »… Car il est vrai que le film de Juno Mak est quelque peu spécial de par son scénario et ses petites bizarreries et on peut effectivement comprendre que ce dernier ne fasse pas l’unanimité au sein de son public.

Abordant des thématiques cinématographiques diverses et variées (film de fantômes, de vampires, de sorcellerie, de magie noire, de combat…), "rigor mortis" va rapidement perdre ce semblant de casquette de film tragique (qu’on lui donnerait pendant les 10 premières minutes) pour virer dans le fantastique à multiple facettes. Mais là encore le public est bluffé : alors que l’on s’attendait, dès l’apparition de nos spectres, à finalement tomber sur un énième film de fantômes asiatiques aux cheveux longs et noirs, le scénario prend soudainement une drôle de tournure (une scène de combat assez inhabituelle dans ce genre de film, des fantômes à la démarche des plus étranges…) et nous montre rapidement que nous sommes face ici à un véritable ovni du cinéma de genre se plaisant à brasser de nombreuses thématiques du cinéma fantastique entre autres.



Fort original, "rigor mortis" l’est assurément de par son scénario composé de deux histoires distinctes mais qui finiront par montrer des similitudes pour finalement s’assembler et nous donner un final renversant. D’un côté, nous avons cette histoire de chambre d’hôtel hantée qui a été le lieu de plusieurs homicides et qui s’avère aujourd’hui parcourue par deux fantômes de jeunes filles. Dans la seconde histoire, en parallèle, nous apprenons le décès d’une personne habitant le même immeuble et qui va se retrouver ressuscité en un vampire par une sorte de sorcier adepte de magie noire.

A ces deux histoires s’ajoutent des personnages dits « électrons » qui vont servir de « ciment » entre les deux récits : un homme perdu (ancienne star de cinéma aujourd’hui sur le déclin), le cuistot de l’hôtel (l’homme-sage de notre histoire dirons-nous), une femme et son enfant, tous deux cherchant la chaleur d’un toit et squattant l’immeuble… Un casting d’ailleurs de bonne facture comprenant d’une part ses personnages au destin tragique (Chin Siu-Ho, le petit enfant et sa mère, la femme du voisin décédé) et d’autre part des personnages plus stables dirons-nous (le sorcier, le cuistot de l’hôtel, le concierge).

Si l’on revient un instant sur les deux histoires qui nous sont dépeintes simultanément, nous avons donc deux âmes perdues d’un côté (les fantômes) et un corps dépourvu d’esprit de l’autre (le corps du voisin revenu à la vie) : la combinaison maléfique et surnaturelle de ces deux entités apparaît alors logique aux yeux de chacun et "rigor mortis" se transforme en guide de confection du parfait vampire. Machiavélique, dramatique et original à la fois, le scénario du film de Juno Mak n’en finira cependant pas de nous surprendre.

Car hormis cette ingéniosité scénaristique, "rigor mortis" nous plonge également dans des scènes de bagarre qui, à la façon du très brutal "the raid", en mettent plein la vue au spectateur. Percutantes, fort bien orchestrées, ces séquences d’action ne vous laisseront aucun répit (malgré des ralentis à la "matrix" utilisés dans certains mouvements) et vous amèneront à un final ravageur, un duel qui ne semble pas vouloir se terminer et où les coups volent et font très mal. Une fin brutale et très sauvage (et pourtant si loin de ce que l’on pensait découvrir dans ce film) qui vous scotchera à votre siège sans nul doute.
A noter également quelques scènes qui, sans être pour autant des scènes de bagarre, sont suffisamment brutales pour nous surprendre (une chute mortelle dans des escaliers et un flash back violent avec viol et meurtre à la fois) et rappellent la violence de films asiatiques récents que sont par exemple "dream home" ou encore "bedevilled".

Mais "rigor mortis", c’est aussi une ambiance, une atmosphère. Ce semi-film de fantômes dirons-nous nous plonge dans des décors délabrés, sinistres, glauques, au rendu parfois très sombre et triste à la fois. Des séquences quelque peu frissonnantes où la mort semble rôder à chaque coin de l’immeuble et qui s’avèrent diamétralement opposées de ces scènes de bagarres très violentes citées ci-dessus et qui nous rappellent que nous n’avons pas affaire uniquement à une ghost-story banale et maintes fois vue dans le cinéma asiatique.



D’un point de vue esthétique, on ne peut également pas reprocher grand-chose à "rigor mortis". Des fantômes bien conçus (même si leur façon de se mouvoir est très particulière), un vampire monstrueux, des décors glauques et sinistres à souhait… Bref du bon travail que voilà!

Alors certes, on pourra toutefois reprocher au film de Juno Mak d’être parfois très instable. Entendons par là que "rigor mortis" réussit souvent à surprendre son public par des choix qui semblent plus qu’étranges et presque en inadéquation avec l’histoire qui nous est contée. Ainsi, certains crieront au scandale devant certaines séquences quelque peu tirées par les cheveux, à la limite du risible (des mimiques lors des combats, des clins d’œil aux mangas et films de karaté, des réactions bizarres qui interpellent parfois…), tandis que d’autres (comme votre rédacteur) trouveront que ces petites touches humoristiques se marient fort bien avec cette narration et cette réalisation si soignées et apportent indéniablement une petite touche de fraîcheur, certes un peu fofolle, à cette histoire sombre que nous livre Juno Mak.

Comme dit tout au début de ma critique, beaucoup trouveront le film un peu lent par moments et parfois très bavard (notamment la scène se passant dans le restaurant de l’hôtel entre le cuistot et Chin Siu-Ho). Une dynamique parfois différente, des rythmes très changeants, qui représente bien souvent l’une des marques de fabrique du cinéma de genre asiatique. On s’arrête parfois, le temps d’une longue conversation, sur des éléments certes peu essentiels à l’histoire, mais relatifs à la culture asiatique (tels que les croyances religieuses ou encore l’importance de la nourriture et de la cuisine dans les traditions ancestrales asiatiques), des passages pouvant paraître bavards et lents qui parfois nous échappent un peu à nous les européens notamment.



Surprenant, "rigor mortis" l’est assurément. Aimant mélanger les thèmes du cinéma de genre avec habileté, le film de Juno Mak mérite les éloges faites dans plusieurs festivals. Un véritable ovni dans le cinéma de genre asiatique à voir ou à redécouvrir!
Je me tâte entre le 4 et le 5/6 pour clore cette critique, allez lâchons-nous…






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