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En 2029, Alex Murphy, mari et père aimant, est un flic honnête faisant de son mieux pour endiguer la vague de criminalité et de corruption qui envahit Detroit. À la suite d'une blessure mortelle, Alex est sauvé par OmniCorp et la science robotique. Il peut alors retourner patrouiller dans les rues de sa ville mais avec de nouvelles capacités, mais surtout de nouveaux problèmes auxquels aucun homme ordinaire n'a eu à faire face.



A l’annonce du remake de "RoboCop", j’avais, comme beaucoup de monde, commencé à aiguisé mes armes : le film de Paul Verhoeven avait fortement marqué mon esprit dans ma jeunesse, et j’en gardais le souvenir d’un film intelligent et violent. Aussi l’idée d’un remake, qui passerait forcément par le formatage hollywoodien qui en amputerait tout le sel, le sacrifiant comme pour "Total Recall" sur l’autel du blockbuster de science-fiction insipide, ne me réjouissait guère.

Et puis, j’ai revu le RoboCop de Verhoeven. Et là, le choc : à la place du classique des années 80, j’ai trouvé une vulgaire série B d’action devenue ringarde, abîmée comme tant d’autres films de cette époque si particulière par le poids des années et par une volonté de suivre des modes qui n’auront pas passé les années. Le film a vieilli à tous les niveaux, au point d’en détruire les moments forts (la mort de Murphy), sans pouvoir être sauvé par un fond finalement très basique. Le choc fut tel face à cette œuvre aussi enfermée dans son époque, que l’idée d’un remake, destiné à moderniser le tout, ne me parut plus si scandaleuse…



Plusieurs fois repoussé, abandonné par Darren Aronofsky ("Pi", "The Fountain") en 2010, le projet est finalement relancé en 2012 et la réalisation confiée au réalisateur brésilien de Tropa de Elite : José Padilha. Ce dernier décrira d’ailleurs le tournage comme un enfer, le qualifiant de pire expérience de sa vie. En effet, la grande majorité de ses idées sont rejetées, le dégoûtant apparemment des grands studios. Pour interpréter RoboCop / Alex Murphy, c’est Joel Kinnaman ("Easy Money", "The Darkest hour") qui sera choisi, alors que Chris Pine ("Star Trek"), Michael Fassbender ("Prometheus"), Mathias Schoenaerts ("Bullhead", "De rouille et d’os") ou encore Russell Crowe furent évoqués.

Dès l’introduction, cette nouvelle version de RoboCop nous plonge dans un futur proche où les machines sont envoyées dans les pays étrangers à la place des soldats humains. Une omniprésence néanmoins impossible aux Etats-Unis, où la population reste réfractaire à l’idée de voir un robot avoir le pouvoir de tuer un être humain malgré la pression des médias. La solution, on le sait déjà, sera ce policier mêlant une efficacité surhumaine au combat à la capacité à ressentir des émotions : RoboCop. Le temps de se procurer un policier à l’agonie (Murphy aura d’ailleurs un « accident » bien différent du film de Verhoeven), de remplacer la quasi-totalité de ses organes par des machines et de trafiquer son cerveau, et le tour est joué.



Quiconque a suivi, même de très loin, le développement du film, a déjà vu les images nous montrant le nouveau look du robot-policier. On en a dit beaucoup de mal, mais il faut avouer qu’il rend beaucoup mieux à l’écran qu’en photo. Plus réaliste, l’armure dispose d’abord des mêmes couleurs que son modèle avant d’être entièrement peinte en noir (et d’être, par la même occasion, bien moins belle). Ce nouveau RoboCop peut se déplacer très rapidement, et même effectuer des sauts impressionnants, bien loin de la lenteur pachydermique de son aîné…Une réussite, même si l’on préférera sans hésiter la version de 1987, plus mémorable malgré (ou grâce à ?) un design qui a lui aussi pris un petit coup de vieux.

Jusqu’à l’apparition de RoboCop, on va surtout suivre les tentatives de l’OCP pour obtenir la légalisation des cyborgs dans la police sur le sol américain. Relayée par l’émission présentée par Samuel L. Jackson (qui sera l’un des rares éléments de cynisme du film), l’ambition du Directeur Général interprété par Michael Keaton se heurtera rapidement à l’éthique fluctuante du Docteur Norton (Gary Oldman), mais aussi de la femme de Murphy, très présente ici, qui ne reconnaît plus son mari dans cette machine peu à peu désensibilisée. En revanche, dès que le Murphy cybernétique est lâché, on va suivre un scénario qui va foncer tête baissée et ne plus s’embêter avec la moindre finesse : RoboCop enchaîne les scènes d’action, souvent poussives, fonce à travers la ville sur sa super-moto, massacre du cyborg par dizaines le temps d’un entraînement, retrouve les suspects en quelques secondes et résiste à tous les obstacles.



Evidemment, au centre du film, nous aurons les questions de la place du robot dans la société moderne, et de l’identité de Murphy, l’homme sous la machine, qui finira par refaire surface au grand désarroi des concepteurs qui chercheront alors à l’éliminer. L’absence de finesse se retrouve alors dans l’évolution de la mémoire et des réactions de RoboCop, dont les émotions seront effacées et réapparaîtront comme par magie, tandis que son principal antagoniste, apparemment lassé de ces rebondissements factices, se dévoile dans les dernières minutes sans que ses motivations ne soient particulièrement claires…

Bref, ce Robocop version 2014 n’est finalement qu’une énième série B friquée mêlant science-fiction et action. Relativement efficace, et tentant de caresser le fan du film original dans le sens du poil en reprenant certains éléments (les premières couleurs de RoboCop, le thème musical, les ED-209), il ne se démarque ni par ses scènes d’action banales, ni par son scénario très linéaire, et réussit, à l’image de "Total Recall : mémoires programmées", à ne rien apporter à une œuvre originale qui avait pourtant besoin d’être dépoussiérée…Et qui contrairement à son modèle, sera sans doute très rapidement oublié.








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