RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Réalisation
Billy Tang

Scénariste
Wong Ho Wah

Date de sortie
1994

Genre
Rape and revenge

Tagline


Cast
Chung Chu-Huei
Lu Min-Yi
Ng Yi-Chiang
Tai Chih-Wei…


Pays
Hong Kong

Production


Musique
Wong Bong

Effets spéciaux



Cliquez pour noter..
Suite à la mort accidentelle de son père, la jeune Ming Ming est rapidement prise en charge par une assistante sociale, Miss Cheung. En effet, déficiente mentale, la jeune fille de 21 ans ne peut vivre seule et cette dernière est alors placée dans un institut spécialisé. Alors que Ming Ming prend goût à cette nouvelle vie où elle effectue de nombreux ateliers avec d’autres attardés mentaux et où elle peut s’évader en faisant de la danse, son principal hobby, la malheureuse jeune fille va se faire violer. Après être parvenue à dénoncer son agresseur, Ming Ming va devoir l’affronter au tribunal. Peine perdue pour la malheureuse déficiente mentale qui perd le procès et voit son agresseur remis en liberté. Pire, ce dernier continue de vivre non loin d’elle...



Un an après son puissant "run and kill", Billy Tang nous offre un nouveau film choquant intitulé "red to kill". Classé immédiatement dès sa sortie parmi ce que l’on appelle à Hong Kong la « catégorie 3 » (une classe cinématographique du CSA asiatique recensant les films violents, érotiques et transgressifs), "red to kill" nous est parvenu en France sur support laser par Seven Sept. L’éditeur Metropolitan a en effet sorti une bien belle collection de cinq titres provenant de la terrible catégorie 3 pour le plus grand plaisir des fans : "red to kill", "run and kill", "daughter of darkness", "raped by an angel" et enfin le plus connu "ebola syndrome".

Si "red to kill" a été classé en catégorie 3, ce n’est pas un hasard. En effet, le film de Billy Tang mérite amplement cette classification de par ses scènes crues, fort explicites, teintées de violence et de sexe.

Dès le début du film, nous sommes mis face à un kidnapping violent suivi d’un viol filmé de façon bien particulière, rendant le crime davantage dérangeant que dans d’autres rape and revenge. En effet, alors que la victime nous est exposée sous tous les angles, le visage du violeur, lui, ne nous apparait pas, caché dans la pénombre ou tout simplement hors-champs, renforçant ce sentiment d’inquiétude et nous interrogeant sur l’identité de ce dernier. Cependant, sa musculature impressionnante et ses cris nous donnent l’impression d’une véritable bête, synonyme d’impuissance pour la malheureuse victime qui ne peut lutter contre cette imposante menace. Le viol prend alors une tournure inattendue et va donner l’impression d’un acte banal, la victime ne criant pas, ne pleurant pas et ne cherchant même pas à se débattre, le combat semblant perdu d’avance pour elle.

Violent (coups de reins brusques, étranglements), ce viol est également filmé de façon exemplaire, avec des éclairages de toute beauté et des angles fort bien choisis (le recul de la caméra, souvent utilisé lors de certaines scènes du film, marque l’isolement des malheureuses victimes mais également l’éloignement de potentiels sauveteurs). Teintée de couleurs froides (bleu et noir), cette scène nous donne une sensation désagréable, cette tension qui vous glace le sang.

"Red to kill" nous gratifiera également d’autres scènes de violence et/ou de sexe. Entre le film de serial killer et le rape and revenge, nous aurons ainsi droit à d’autres agressions/viols (sans oublier cette scène poignante où la jeune Ming Ming se mutile au rasoir le pubis pour se débarrasser de cette impureté qu’elle pense avoir en elle suite au viol dont elle a été victime) mais également à un final mettant en scène une vengeance particulièrement poignante et virevoltante. Un final qui nous fera d’ailleurs pensé à un certain "class 84" de par sa sauvagerie mais également l’utilisation d’un outil tranchant bien particulier et terrifiant (que l’on retrouvera également dans "frontière(s)")...



Mais derrière toute cette violence graphique et ses excès d’immoralité, "red to kill" nous offre là une véritable réflexion sur la tolérance, notamment à l’égard des personnes mentalement déficientes. Mais le film de Billy Tang porte également un regard sur notre société d’aujourd’hui dans laquelle sont parfois stigmatisés les personnes différentes de ce que l’on qualifie souvent à tord de « la normale ». Ainsi, face à tous ces viols et agressions en série, les habitants du quartier se ruent sans réfléchir vers l’institut spécialisé, persuadés que ces crimes odieux sont perpétrés par un simple d’esprit, par quelqu’un ne pouvant faire la distinction entre le Bien et le Mal et ne pouvant se rendre à l’évidence que ses actes sont immoraux et barbares. Plus tard, ce sera l’avocat de l’agresseur lui-même qui n’hésitera pas à dénoncer la pauvre Ming Ming en raison de son handicap mental.

Pris pour cible par bien des personnes extérieures à l’institut spécialisé, les malheureux déficients mentaux endossent les rôles de méchants. Une victimisation d’autant plus forte que l’on nous met face à des êtres sans défense, des personnes niaises, toujours souriantes, innocentes… Bref des proies faciles et des coupables idéaux.
Une injustice que Billy Tang va rapidement réparer en nous dévoilant la véritable identité de l’agresseur et en nous discréditant l’unique (fausse) piste que nous avions réellement (celle d’un jeune homme quelque peu attardé lui aussi et livrant du papier toilette à l’institut). Le masque tombe : une personne normale serait donc le coupable de tous ces viols… Mr Chan, l’un des employés de l’institut spécialisé! Coup de théâtre! (rassurez-vous, aucun spoiler n’est fait ici car l’identité de l’agresseur nous est dévoilée dans le résumé du film)



Concernant le casting du film, on ne pourra que féliciter les acteurs et autres figurants pour leur travail. Rarement nous n’avions perçu une émotion aussi palpable en parcourant un institut spécialisé dans les déficiences mentales (que ce soit des asiles psychiatriques, des prisons pour fous dangereux… et les exemples ne sont pourtant pas rares). Billy Tang nous plonge dans cet univers douloureux (et pourtant ils ont l’air si heureux entre eux!) et si particulier avec une telle sensibilité, un tel réalisme, que nous ne pouvons que féliciter le travail accompli. Les acteurs nous offrent d’ailleurs une bien belle performance, tout en mimiques et gestuelles mais également dans leur façon de converser.
On suit notamment le personnage de Ming Ming qui vit une véritable descente aux enfers : après s’être remis comme elle a pu du décès de son père, elle se fait violer, puis agresser verbalement par un avocat pour ensuite voir son agresseur relâché et vivre non loin d’elle…

De l’autre côté, du côté sombre du casting, nous retrouvons Mr Chan, notre agresseur nocturne. Le psychopathe par excellence : un être complètement fou à deux personnalités totalement opposées. Tantôt grand samaritain au sein de son institut, tantôt obsédé sexuel et détraqué violent dès que ce dernier voit une jeune femme habillée de rouge se présenter devant lui (une couleur qui lui rappelle la robe de sa mère lors d’un drame familial quand il était gamin, poussif mobil de ses actes barbares à l’âge adulte). Un serial killer tout ce qu’il y a de plus dérangeant : un personnage fort bien travaillé qui fait froid dans le dos, notamment quand ce dernier arpente les couloirs sombres à la recherche d’une proie féminine (les plans faits sur ses mollets très musclés, en mouvement saccadé, sont terrifiants, tout comme sa démarche lente et lourde similaire à celle d’un Michael Myers ou d’un zombie romeresque).



Au final, "red to kill" est un film certes immoral, transgressif et fort violent méritant sa classification en catégorie 3 mais demeure également une bien belle leçon sur la tolérance. Fort d’un casting de haute volée, d’un contexte contemporain peu ordinaire et de scènes très choquantes, le film de Billy Tang mérite amplement le détour, si vous avez le cœur bien accroché. On fera exception des quelques lacunes dans le scénario (notamment cette séquence dans le tribunal trop simpliste et quelque peu décevante au vu du reste du script, ou encore quelques lenteurs dans la première partie) pour se focaliser sur les atouts indéniables de cette œuvre méconnue dans nos contrées.








Du même réalisateur :