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Un groupe d’hommes braque un magasin d’or en plein jour. Les comparses arrivent à échapper aux forces de police en prenant en otage un chauffeur de taxi. Ils se dirigent vers la frontière dans le but de se réfugier en France. Mais arrivés près de la frontière française, dans le village très ancien de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes...



Le réalisateur le plus imaginatif du cinéma espagnol (qui comporte pas mal de pointures) est de retour au travers d’une comédie fantastique forcément déjantée. Mais qui repose sur une expérience personnelle du malheureux Alex de la Iglesia («Le jour de la bête », « Balada Trista »), qui met beaucoup de lui-même dans cette parabole sur les différences des sexes. Echaudé par un divorce qui lui a laissé quelques séquelles, il fait des hommes les victimes consentantes de la gent féminine, grimée ici soit en groupe de sorcières, où soit en ex-femme totalement hystérique dont le seul but dans la vie semble être de rendre fou son ancien mari (qui se trouve en position de victime dès le début du long-métrage en intervenant dans le braquage déguisé en Christ sacrifié).



L’hystérie, qui est attribuée de manière bien fréquente aux femmes poursuit nos braqueurs qui vont tomber sur une famille de sorcières, dont la plus jeune va déclarer sa flamme de manière possessive à notre papa divorcé. Une séquence à la fois cocasse et effrayante, il est facile d’en sourire du fait que chacun d’entre nous peut y retrouver des éléments de sa propre vie. Cette charge au vitriol fait souvent rire à gorge déployée mais sans tomber pour autant dans un excès de sexisme qui pourrait être finalement si facile. D’ailleurs, le dernier acte – que je vais éviter de trop déflorer afin que la surprise soit préservée- est empli d’une irrévérence mais cette fois-ci contre la religion.



Et pas que la religion, puisque lors de leur sabbat, nos sorcières se livrent à une critique du système patriarcal ayant transformé la Déesse Mère en un Dieu barbu et masculin. Cette duperie historique serait donc une explication à la colère féminine. Alex de la Iglesia n’épargne de ce fait personne. On aura quand même un peu mal pour le malheureux chauffeur de taxi qui est destiné à souffrir régulièrement, mais on avouera qu’on aime ça. Cette société de sorcières tient quand même à rester entre femmes (avec la présence de deux travestis lors de la réunion) au point de sacrifier sa propre progéniture comme on le voit lors de la découverte du fils caché totalement difforme et destiné à vivre dans les excréments.



Bien que n’étant pas le sujet primordial de cette aventure, l’état de la société espagnole victime de la crise économique est effleuré avec une certaine nostalgie du passé : la diffusion en boucle d’une VHS retraçant la chute du mur de Berlin. Une époque où le monde était plein de promesses d’un avenir radieux et où l’Espagne connaissait un développement économique assez exceptionnel. Le contexte social est donc là en filigrane (comme le montre le braquage de départ, brillamment mis en scène) pour un film fantastique qui bien que prompt à aller sur les terres du délire (Cf. la séquence des chiottes en apparence surréaliste) et de l’imagination débridée. Débridé comme le comportement de ces sorcières féministes jusqu’au bout des ongles.