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Un soir en pleine campagne, dans une maison, éclate l'horreur. Dans un déluge de fureur des objets s'animent. La famille ne sait plus comment faire car leur fille croit dur comme fer que les objets bougent et leur veulent du mal à cause d'elle. Puis un autre soir, le sort de la gamine va basculer dans l'inexplicable quand, face à une contrariété, elle va voir sa rage intérieure guider les objets qui l'entourent pour détruire la cause de ses angoisses, c'est à dire ses parents. Mais cette sombre nuit n'est rien à comparer à ce que va réaliser cette petite fille sur son sort, ni sur ce que cela va déclencher.



Comme vous le savez, j'aime les histoires et j'aime les personnages, et le moins que l'on puisse dire c'est que Marina de Van rentre parfaitement dans ce créneau. Comédienne chez François Ozon dans deux courts et un long ("Sitcom", métrage français où une famille incestueuse part en vrille), réalisatrice de deux longs métrages aux accents psychanalytiques fortement marqués ("Dans ma peau" sur le thème de la souffrance du corps physique et psychique par l'automutilation d'une femme et "Ne te retourne pas" sur la perte d'identité) et titulaire d'une maîtrise de philosophie, Marina de Van revient aujourd'hui avec une nouvelle proposition cinématographique qui aborde l'horreur et le fantastique de manière plus frontale.

Avant d'aller plus loin, il convient de revenir sur les explorations thématiques de cette réalisatrice qui illustre bien la cohérence de son travail. Le court nommé "Bien sous tous rapports" parlait d'une famille bourgeoise qui, attachée à ses bonnes manières, montrait à sa fille comment on pratique une bonne fellation. Film qui met le malaise, tout à fait, mais qui reste surtout une satire génialement froide et hautement cynique servie par un casting adapté et une réal' au poil.



"Dans ma peau", lui, évoque le cauchemar réel d'une femme qui après un accident commence à se lacérer la peau. Ici les qualités techniques sont évidentes et l'histoire est une intéressante réflexion psychanalytique sur l'auto-mutilation. Son deuxième long ne transformera pas l’essai car trop hermétique pour le grand public. Et cela est d'ailleurs une sacrée injustice tant le film dégage une inquiétante étrangeté nappée d'une histoire qui met mal à l'aise.

Alors le troisième long métrage allait-il faire l'unanimité ? Etant conquis depuis longtemps, je ne me faisais aucun souci sur les éventuelles qualités de Dark Touch mais ceci dit, je fus quand même surpris par l'incroyable réussite graphique et thématique qu'il constitue. La scène d'entrée donne le ton, le son enveloppe, le cadre se tort et la clarté se fait floue. Les hurlements déchirent le silence et l’immobile se déchaîne sous les yeux d'une jeune fillette chargée de mélancolie et d'incompréhension.



Tout est là, l'envie évidente de retrouver la peur, la vraie celle qui par quelques effets ainsi qu'une véritable ambiance oppressante entre dans les inconscients collectifs de ceux qui la voient. Comme "Shining" à son époque, Dark Touch parle avec brio du malaise de l'esprit humain. Tout comme ce chef d’œuvre, Dark Touch est un trésor de flippe teinté d'une brume glauque et froide comme la mort qui nous hante longtemps après l'avoir vu.

Le film bénéficie d’un très bon casting, parmi lequel une incroyable fillette parfaite pour ce rôle de gamine terrifiée et terrifiante perdue dans un monde qu'elle ne comprend pas. Le plus cruel dans l'histoire c’est qu'elle se trouve dans l'impossibilité de faire entendre aux adultes l'horrible réalité qui la tourmente. Le scénario intelligent va à la fois du côté de "Carrie au bal du diable" de De Palma (pour le côté jeune fille tourmentée aux étranges pouvoirs télékynésiques) ainsi que du côté de "Les Révoltés de l'an 2000" de Sérador ( Avec ses enfants tueurs ), avant de s'offrir un dernier acte ultra personnel où tout va basculer dans une sorte de poème morbide où l'espoir n'as plus de place. La conclusion n'étant ni plus moins qu'une illustration de la cruauté du sort de la jeune fille. En effet, si ces souffrances déclenchent des réactions surnaturelles, alors que se passe t-il si elle devient le catalyseur de tous les enfants qui souffrent sous les violences des adultes dans l'obscurité des maisons silencieuses qui nous entourent ? La réponse apportée est assez édifiante. Marina de Van livre son film le plus abouti, le plus beau, le plus maîtrisé et le plus respectueux du genre qu'il m'ait été donné de voir. Une œuvre qui reste une œuvre cinématographique efficace et étrange; qui sait être à la fois mainstream et indépendante. Une œuvre intime teintée d'une mélancolique éclatante nourrie par un travail sonore hypnotique et une imagerie absolument sublime.



Le film tient sa réussite dans la parfaite imbrication d'un drame humain résultant d'un autre surnaturel et de ce que cela peut avoir comme conséquence dans l'esprit et la vie d'une jeune fille, tout en étant une parabole habile et terrifiante sur les dégâts de la maltraitance. Oui, bien que le film assume pleinement son appartenance horrifique, il parvient à délivrer un message fort réaliste sur la destruction psychologique des victimes de maltraitance.
On retombe alors sur les sur les thèmes de prédilection de la réalisatrice qui explore à nouveau le malaise pour en tirer un aller simple en enfer où l'innocence se perd sous le poids de la colère

Pour son troisième long métrage, Marina de Van livre son meilleur film et flirte avec le titre suprême de chef d’œuvre.
Et de mémoire de cinéphile je n'avais que rarement été aussi bouleversé par un regard de petite fille ravagée par la tristesse de réaliser la triste condition du monde dans lequel elle vit.

Tétanisant, effrayant, mélancolique, puissant: Dark touch l'est assurément.








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