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Le film s'ouvre sur un enregistrement vidéo de Molly Reynolds qui s’excuse pour certaines de ses actions et tente de se trancher la gorge avec un couteau. Puis flashback sur le passé : la jeune femme vient d’épouser Tim et le couple s'installe dans la maison d’enfance de Molly avec l'aide de sa sœur, Hannah. Peu de temps après, les jeunes mariés sont surpris dans leur sommeil par des bourdonnements du système d'alarme. La police est prévenue, mais aucune preuve d'effraction n’est trouvée. Quelques jours plus tard, Tim, chauffeur routier de profession, doit quitter la ville pour quelques temps, laissant Molly, ancienne toxicomane, seule à la maison. S’ennuyant fermement, Molly commence à explorer la maison via son caméscope et découvre alors des photos d’elle petite, des photographies de chevaux, une pièce cachée avec une étrange inscription sur la porte, alors que quelque chose de mystérieux semble provenir d’un placard… À son retour, Tim découvre Molly nue, le regard fixe, assise sur le lit conjugal. Elle tient dès lors des propos incohérents et commence à se comporter étrangement aussi bien chez elle que sur son lieu de travail. Sombre-t-elle alors simplement dans la folie ? Sont-ce les effets de la drogue ou est-elle réellement hantée et influencée par une entité spectrale ?



Vous êtes-vous demandé ces derniers temps ce que devenait le gars derrière le "Le projet Blair Witch" ? Moi non plus, mais en dépit de notre manque de curiosité latent, Eduardo Sanchez, le coréalisateur et scénariste du film tristement célèbre précité a eu le temps de sortir son troisième long-métrage « The possession » retitré plus tard "Lovely Molly" car sorti en même temps qu’un métrage d’Ole Bornedal au titre éponyme. Après une inévitable introduction véritable marque de fabrique du cinéaste façon found footage, le film suit l’histoire de Molly (la nouvelle venue Gretchen Lodge) déambulant chez elle comme une âme en peine esseulée et désœuvrée. Son mari Tim (Johnny Lewis, jouant dans "Aliens vs Predators : requiem", "One missed call", la série « Sons of anarchy »), travaille en effet comme chauffeur de camion et laisse souvent Molly toute seule à la maison, même si elle voit de temps à autre sa sœur Hannah (Alexandra Holden vue à la télévision dans « Friends » et « Ally McBeal »). Si vous avez deviné que certains événements paranormaux allaient se produire à l'intérieur de la demeure familiale de Molly alors vous avez tout bon. Si vous n'avez pas deviné en revanche que certains phénomènes paranormaux allaient avoir lieu au domicile de Molly, alors c’est que vous ne devez pas regarder beaucoup de films d'horreur ! Cela étant, même pour moi qui en ai vus des tonnes, je dois dire que malgré mon sentiment initial hyper mitigé concernant Eduardo Sanchez, celui-ci a légèrement changé après le visionnage de ce métrage.



Il faut dire que je ne m'attendais pas du tout à cela. Ce film est loin d'être un classique du genre en matière de possession, comme je pensais que ce serait le cas. En réalité, il n'est pas du tout question de possession fantomatique étonnante comme dans "L’emprise" (de Sydney J. Furie sorti en 1981 avec Barbara Hershey qui se fait violer tout le long du film par une entité mystérieuse) ou bien démoniaque ridicule comme dans certaines productions récentes avec exorcisme à profusion, mais plutôt d'une possession psychologique menant à la folie. Ainsi, au cœur du métrage, on a une histoire très humaine sur l’addiction d'une jeune femme, sa rechute et ses tentatives de réhabilitation. Lovely Molly est avant tout le portrait d’une femme à l'état mental fragile dont le comportement change depuis qu’elle a emménagé dans la maison de son enfance et qu’elle se retrouve esseulée à cause du travail de son époux. Les agissements de plus en plus erratiques de Molly commencent alors à concerner tous ceux qui l'entourent les conduisant alors à penser qu’elle se drogue à nouveau. Ainsi, parmi ses exactions surprenantes, elle répète sans cesse « Il est toujours vivant », filme à leur insu une petite fille et sa mère qui vivent non loin de sa maison, tente de séduire le pasteur local et se balade parfois chez elle toute nue telle une somnambule au regard vague. Bref, de drôles de façons de procéder semant le doute et l’inquiétude en ce qui concerne la santé mentale de Molly aussi bien chez ses proches que chez les spectateurs.



La tension est ainsi palpable dans cet étrange métrage qui oscille entre épouvante et thriller, mais qui s’éloigne d’autres films d’horreur aux nombreuses morts, même si dans le dernier quart d’heure, ça saigne un peu plus. Il se présente avant toute chose comme une étude de caractère fascinante. Son personnage principal devient peu à peu déséquilibré dès lors que des souvenirs de son enfance refont surface de manière traumatique. Commence alors pour Molly une longue descente aux enfers où la frontière entre psychose et possession se trouble. Et c’est d’ailleurs là que le bât blesse car si c’est trouble pour elle, cela l’est également pour nous. Le film n'est en effet pas clair quant au côté surnaturel ou pas du mal être de Molly, choisissant plutôt de laisser la question sans véritable réponse et en laissant au public le soin d’y répondre lui-même. On peut alors regretter que l'on en voie pas plus. On aurait effectivement aimé en savoir davantage sur l'histoire de cette famille, le rôle de la mère, de la sœur, l'identité du père...mais non, on manquera d'informations de manière frustrante au niveau de l'intrigue, c’est comme ça ! Néanmoins, on cogite ferme, c’est déjà pas si mal ! D’aucuns pourraient également reprocher au film son lent démarrage et ses scènes s’étirant sur la longueur pouvant casser le rythme que les flashbacks ou flashforwards à la found footage style ne réussissent pas toujours à rattraper, mais c’est un choix scénaristique qui ne doit en aucun cas enlever au film certaines de ses qualités susmentionnées précédemment et au nombre desquelles figure également une bande-son hypnotique élaborée par Tortoise. Notons aussi que la chanson lancinante "Lovely Molly" entendue dans le film est un arrangement d’une ballade folk « Courting is a Pleasure » des années 1970.

En ce qui concerne le casting, on ne peut que louer la performance de la quasi débutante Gretchen Lodge que d’aucuns comparent déjà à celle de Catherine Deneuve dans "Répulsion" de Roman Polanski (1965). Celle-ci effectue une superbe interprétation en paraissant douce et gentille au début du film, en nous faisant ressentir sa peur et sa confusion dès lors que d’étonnants événements se déroulent chez elle, avant de plonger totalement dans un sombre désespoir et la folie furieuse au final. Elle est même tellement crédible que jusqu'à la fin on ne sait que penser de son personnage : possédée ou folle ? Monumental ! D’autant que l’actrice principale se donne corps et âme dans des scènes dénudées où se mêlent stupre, sueur et sang. A côté, le jeu des deux autres interprètes principaux (Alexandra Holden et Johnny Lewis) parait bien fade et donne l’impression qu’ils sont un peu sous-utilisés.



Ainsi, Lovely Molly est un film déroutant car il mêle à la fois épouvante et thriller psychologique. Le dernier bébé d’Eduardo Sanchez traite alors d'une jeune femme qui peu de temps après s'être installée avec son fiancé dans la maison familiale où elle vécut durant son enfance, se retrouve confrontée à des souvenirs qui émergent progressivement tout au long du film qui finissent par la transformer complètement. Et finissant, de fait, par faire douter ses proches et les spectateurs devant, au final, se contenter d’un bien maigre faisceau d’indices afin d’élucider la question véritable du film : Molly est-elle vraiment possédée par des fantômes semblant provenir de son passé ou bien est-ce la solitude et la drogue qui lui font perdre la raison ? Bien qu’il ne soit pas parfait car il comporte des longueurs, suggère à moitié et ne montre que très peu, Lovely Molly offre toutefois un très honnête divertissement. Par moments, la réalisation est de haute voltige et nombreux sont les éléments qui pourraient concourir alors à faire de ce film, un futur classique : un climat oppressant, une maison sinistre, des effets et des sons bien exécutés, une psychologie travaillée et une actrice au sommet. Mais comme diraient certains, il manque un petit « je ne sais quoi » à ce long-métrage pour en faire un petit bijou. En résumé, un assez bon moment d’angoisse et d’interrogations que je vous encourage tout de même à visionner afin de vous réconcilier, comme moi, un tant soit peu avec le réalisateur de "Le projet Blair Witch".


Pour ceux qui voudraient en savoir plus, il vous suffit de taper «Orobas» dans n’importe quel moteur de recherche digne de ce nom…






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