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Après deux films déjà bien différents l'un de l'autre (le crypto-arty-thriller « Kill List » et la comédie prolo-trash « Touristes »), le cinéaste Anglais Ben Wheatley s'en revient avec un nouveau film : English Revolution. Milieu du XVIIe, la guerre civile fait rage en Angleterre. Au milieu d'un champ de bataille (dont la bataille est totalement désincarnée, simplement figurée par de la fumée et des explosions), Whitehead, l'assistant de l'alchimiste est terré dans les buissons. Il fuit son maître qui veut l'occire. Dans son échappée il fait la connaissance de trois autres déserteurs. Ensemble ils vont tenter de rallier une taverne. Mais c'est un piège : le quatuor comporte un traitre qui va leur faire avaler un breuvage aux champignons hallucinogènes. Une fois les compères bien hallucinés, le traitre les conduit à O'Neill, alchimiste éclairé et accessoirement, celui-là même que Whitehead était en charge d'appréhender suite au vol des documents de son maître. Voyons voir ce que cette « révolution anglaise » a dans le bide !



Déjà, on s'amusera de la traduction du titre... vers un titre en Anglais. Ça fait toujours plaisir, et ça mange pas de pain. C'est d'autant plus étrange que l' "English Revolution" du titre est, tout au plus, une toile de fond à l'histoire que veulent nous conter Ben Wheatley et son scénariste Amy Jump. En effet, ce qu'"English Revolution nous dépeint, c'est l'usage de narcotiques au XVIIe siècle en Angleterre. Ou comment trois déserteurs ahuris se sont retrouvés à creuser un trou au milieu d'un champ, à la recherche d'un hypothétique trésor pour un alchimiste empoudré et son sbire presque idiot.

De fait, "English Revolution", c'est avant tout 90 minutes de délires hallucinés, portées par la vision altérée des consommateurs de champignons. Autant vous dire que disséquer un tel film par écrit, c'est comme donner de la littérature érotique à un puceau.



La forme d'"English Revolution", aussi impénétrable puisse-t-elle apparaître, est aussi son fond. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le film a été monté par le réalisateur... et son scénariste ; chose assez rare pour être soulignée. Tout le film reposant sur le comportement des personnages face à leur absorption de narcotiques, le montage du film tisse son propos, et accroît l'oppression ambiante. Ce qui peut apparaître comme des artifices de mise en scène chez certains cinéastes, sont ici les fondations mêmes du film. Entre les coupes violentes, les effets stroboscopiques, la caméra possédée qui virevolte, la lecture du métrage est une expérience en soit ; pour certains elle sera désagréable, n'en doutons pas, mais pour d'autres...

Appuyant encore plus l'aspect décousu de l'œuvre, English Revolution semble découpé en saynètes, clôturé par un lent fondu au noir. Cette respiration, permet à la mise en scène de redécoller de plus bel, entrainant le spectateur dans une montagne russe psychédélique.



Au delà du montage-réalisation, l'image même du film interpelle. Dès les premières secondes du film je me suis dit « c'est quoi ce noir et blanc de merde ? ». En effet, le noir et blanc n'est pas beau, et ne semble apparemment pas particulièrement servir le propos – à moins évidemment que l'usage de champignons hallucinogènes ne fasse passer en vision désaturée.
Le résultat est plutôt terne, manque de contraste et tend plutôt vers la grisaille ambiante que vers un beau noir et blanc. « Pourtant, me dis-je, cette atmosphère et ce rendu me sont incroyablement familiers ». C'est l'esthétique du cinéma « punk », de l'expérimental sans budget, de l'intello New-Yorkais. Plus exactement, c'est le syndrome du « guerilla filmmaking » si cher à la bande à Kaufman.
Et pour cause, Ben Wheatley a tourné sa révolution narcotique dans un champ, en une dizaine de jours et pour 300.000 livres sterling. (N.B. : c'est un budget ridicule et un tournage très court)

Au final, ce noir et blanc – plutôt gris – renforce l'aspect paranoïaque du trip des trois compères, tenus de creuser un trou au milieu d'un champ. De quoi rendre certains plans, plus qu'anxiogènes.



Alors ce "English Revolution", à voir ou bien ? Si vous avez la pupille sévèrement fixée au reste de votre anatomie, et que vous supportez 90 minutes d’exsudation psychotique, alors venez, c'est par ici.

Ben Wheatley prouve à nouveau qu'il est un vrai artiste, capable d'aller au bout de ses idées – et accessoirement de bien s'asseoir sur les conventions. Son travail avec son scénariste est remarquable. Parmi ce déluge d'images foutraques, nagent des personnages que l'on sent abîmés, dont les dialogues oscillent entre une pièce de théâtre classique, des bordées d'insultes et une bonne dose de vannes en dessous de la ceinture.

Alors, oui, c'est dur à ingérer, l’œil en prend pour son grade, et l'esprit court-circuite. Mais c'est peut-être exactement ce qui manque au cinéma actuel. D'avoir les couilles de nous les mettre sur le nez – et d'oser aller plus loin, proposer du frais, quitte à se ramasser.

Tant que j'y suis, merci aussi à Film4, qui continue de produire du vrai cinéma en dépit des modes. [On notera que la sortie anglaise a aussi piétiné la chronologie des médias : le film est sorti sur TOUS supports – y compris VHS – le même jour. quitte à oser, autant oser jusqu'au bout, non ?]


Disponible chez WILD SIDE VIDEO (V.O.D. uniquement, pas de support physique)






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