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Dans les catacombes, sous l’Opéra Garnier de Paris, vit un mystérieux individu que beaucoup surnomme « le fantôme de l’Opéra » du fait de son étrange silhouette dépourvue de nez que laisse apparaitre son ombre flottant sur les murs du bâtiment. Terrorisant le personnel de l’Opéra, ce dernier tente par tous les moyens possibles de faire de la jeune Christine, dont il est éperdument amoureux, la Prima Dona du théâtre, quitte à tuer des gens pour parvenir à ses fins. Alors qu’il vient de faire tomber le grand lustre de l’Opéra sur des dizaines de spectateurs, créant alors une panique générale, le fantôme enlève la belle Christine pour la mener à son repaire… Attention, cette critique contient un spoiler, situé dans le paragraphe avant la 3ème photo.



Le roman de Gaston Leroux a vu naître de nombreuses adaptations cinématographiques, plus ou moins réussies il va sans dire, dont deux sortent toutefois du lot : les versions de 1925 et de 1943. Deux adaptations assez différentes dans leur approche qui s’avèrent au final complémentaires : la version de 1925 portée par un remarquable Lon Chaney (l’ « Homme aux mille visages » que l’on connait entre autres pour son rôle de « monstre » dans "le Bossu de Notre-Dame") est très sombre et se rapproche plus volontiers de l’univers du fantastique et de l’horreur que la version de 1943, plus lyrique et théâtrale, nous gratifiant par la même occasion de petits passages humoristiques absents de la version précédente.

C’est donc aujourd’hui sur la version de 1925 que nous allons nous arrêter quelques instants. Une version en noir et blanc (initialement l’œuvre comportait plusieurs passages en couleurs, supprimés avant le montage final pour ne laisser apparaître qu’un plan en couleur dans tout le film) faisant partie des plus belles réussites du cinéma fantastique muet.



Plus longue que la version de 1943, cette adaptation de 1925 de l’œuvre de Gaston Leroux est cependant bien moins narrative. En effet, un manque d’informations peut se faire ressentir en voyant cette version des années 20 (Comment le personnage d’Eric est-il devenu ce mystérieux fantôme hantant l’Opéra Garnier? Quelles relations entretient-il avec la belle Christine?...), Rupert Julian préférant nous plonger d’emblée dans ce monde effrayant en nous montrant dès les premières minutes la silhouette de son fantôme sur les murs et en nous immergeant dans des attroupements de comédiens inquiets (pour ne pas dire apeurés) de ce qui se passe au sein de l’Opéra. Une immersion expéditive qui nous plonge instantanément dans cette atmosphère sombre et cette ambiance lugubre à la grande différence de la version de 1943 qui nous racontait comment Eric était devenu le fantôme de l’Opéra (ses relations avec Christine, comment il a été défiguré…) et qui au final ne laissait apparaître son véritable fantôme qu’après une longue première partie.

Plus horrifique, cette version de 1925 l’est également sous bien d’autres aspects : les jeux de lumières très présents laissant uniquement apparaître dans la pénombre la silhouette du fantôme, la façon dont meurt notre malheureux Eric en toute fin de film (lynché par une foule en colère, à l’image d’un certain "Frankenstein", avant d’être jeté à l’eau) ou tout simplement notre fantôme en lui-même, une remarquable prestation une fois de plus de Lon Chaney, terrifiant dans son rôle éponyme (la scène du lever de masque restera dans la mémoire de nombreuses personnes).



On pourra cependant peut-être reprocher au film de Rupert Julian de manquer parfois de rythme (bien qu’il n’y ait pourtant pas de passages longs d’Opéra comme la version de 1943, cette version initiale laisse parfois de trop grands vides dans son histoire) et de souffrir à l’heure d’aujourd’hui de ce noir et blanc ne mettant pas systématiquement en valeur les beaux décors de l’Opéra (ces mêmes décors qui seront d’ailleurs repris et bien plus mis en valeur dans la version de 1943 en couleurs cette fois-ci). Quelques détails qui n’iront cependant pas gâcher notre plaisir de voir cette œuvre phare du cinéma fantastique.

Pour rester dans les petits bémols, on pourrait également citer le casting du film. En effet, une fois abordé le cas Lon Chaney, véritable star du film dans son rôle de fantôme de l’Opéra, on retiendra à la rigueur le rôle de Mary Philbin (Christine) ou encore celui de Arthur Edmund Carewe (l’inspecteur Ledoux) et c’est à peu près tout… Un reste de casting peu mémorable donc mais qui a cependant cette sympathique façon de s’exprimer, très théâtrale (cinéma muet) : tout réside dans les gestes, les postures, les mimiques, les expressions faciales… Des gestes de comédiens très souvent accordés à une musique envoutante, dotée de morceaux magiques, quasi omniprésente dans le film de Rupert Julian et qui contribue sans conteste à la réussite de ce dernier.



Au final, "le fantôme de l’Opéra" version 1925 demeure un film phare du cinéma fantastique. Plus lugubre, sombre et horrifique que son petit frère de 1943 qui visait parfois la carte de l’humour, cette adaptation de Rupert Julian demeure pour beaucoup la meilleure à ce jour. Inutile de dire que la performance d’acteur de Lon Chaney n’est pas étrangère à ce succès qui a pourtant eu du mal à venir (les premières projections tests dans les années 20 n’avaient pas été concluantes et avaient donné lieu à des remontages et refilmages de séquences et plans divers, sous le regard inquiet des studios Universal).








Du même réalisateur :

FANTOME DE L'OPERA - LE (1925)