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Dans sa prime jeunesse, Ahab a subi un atroce traumatisme : sous ses yeux, son père a été tué et violé par l'immonde Chris Fuchman (sic), un serial killer redoutable sévissant chaque année à l’occasion de la Fête des Pères et qui, en plus, lui a crevé un œil. Ayant traqué et exécuté Fuchman autrefois, Ahab a ensuite élu domicile dans les forêts canadiennes afin de consacrer sa vie à la fabrication de sirop d'érable. Mais il devra sortir de sa retraite quelques années plus tard car le tueur en série semble être revenu. Afin de venger la mort de son géniteur et d’exterminer l’horrible meurtrier une bonne fois pour toutes, Ahab va devoir faire équipe avec le Père John Sullivan, un jeune ado prostitué prénommé Twink et Chelsea, sa stripteaseuse de sœur. Vont-ils enfin débarrasser le monde de cet infâme « serial violeur » ?



Pour la petite histoire, Astron-6 est une société canadienne de production de films indépendants fondée en 2007 comprenant cinq cinéastes : Adam Brooks, Jeremy Gillespie, Matt Kennedy, Conor Sweeney et Steven Kostanski, le sixième membre étant a priori le spectateur, d’où le « 6 » dans le nom de leur entreprise. Un beau jour, les lascars envoient au siège de la Troma une bande-annonce de Father's Day. À leur grande surprise, la boîte de films déjantés créée par Lloyd Kaufman les contacte et leur offre la somme relativement faible de 10.000 $ pour réaliser un long-métrage. Et c’est ainsi que sous vos yeux ébahis se déroulera un produit complètement indépendant donc totalement décomplexé à ne pas réserver aux âmes sensibles. Ce n’est pas philosophique, encore moins esthétique, mais plutôt jusqu’au-boutiste, malsain à mort mais reflétant le ciné underground dans ce qu’il a de plus transgressif car il représente ce qui se fait de mieux comme alternative à un cinéma traditionnel jugé trop lisse.

Ainsi, Father's Day est un véritable hommage au style Grindhouse, mais si vous savez, ce genre de films d’exploitation américains des années 60/70 et du début des 80’s à la pellicule abimée avec une publicité minable à souhait en plein milieu du film en guise d’entracte, que l'on devait regarder dans les drive-in entre deux pelotages de nibards et trois poignées de pop-corn bien graisseux ! Vous l’aurez donc aisément compris, Father's Day est un idéal de série Z, excessif, gore, irrévérencieux et complètement barré pouvant largement supporter plusieurs visionnages. L’histoire, toute simple (quoique…) est celle d’un serial killer adipeux à lunettes nommé Fuchman s’attaquant exclusivement aux papas ventripotents de la classe moyenne, et qui est pourchassé par un borgne revanchard nommé Ahab (que l’on traduirait par « Achab », celui-là même qui poursuivait inlassablement « Moby Dick » dans le roman éponyme d’Herman Melville) aidé par sa sœur Go-Go danseuse, un homme d’église ambitieux et un ado dévoyé dont le père a aussi été victime du « Fuckman ». Si le script paraît sans surprises (du moins pour une production Troma), le plaisir est à chercher ailleurs.



Et ce plaisir, on le trouve dans une réunion d’ingrédients divers et variés que l’on n’aurait pas forcément juxtaposés de prime abord. Interdit en Australie car hautement licencieux et amoral, Father's Day a tout pour plaire aux fans de Bis qui tâche : une galerie de personnages tous aussi ambigus les uns que les autres, du gore en veux-tu en voilà, un humour tapant sous la ceinture mais efficace, une image et des effets jubilatoires, ainsi qu’une musique récréative accompagnée d’une fin surprenante à plus d’un titre. En ce qui concerne les protagonistes tout d’abord, Father's Day ne fait pas dans la dentelle entre un meurtrier sodomite libidineux au possible, un héros borgne mais incestueux, un prêtre n’ayant pas encore fait son coming out victime d’un bad trip, une stripteaseuse adepte de la tronçonneuse, un adolescent peroxydé prodiguant des fellations aux vieux messieurs pervers dans les ruelles, un monstre de merde digne de celui de "Dogma" et comme une sorte de récompense ultime pour les fans, l’apparition brillante de Lloyd Kaufman, véritable divinité de Troma dans un rôle vraiment approprié…
Notons que pour le casting, Adam Brooks, Matthew Kennedy et Conor Sweeney (trois des membres de Astron-6), se sont donnés les premiers rôles, à savoir : Ahab, le père Sullivan et Twink, ce qui démontre encore une fois le côté amateur et auto-bricolé de l’entreprise. Clin d’œil sympathique : l’actrice interprétant Chelsea, n’est autre qu’Amy Groening, la nièce du papa de « The Simpsons », série également très corrosive !




Monté à l'ancienne avec une image façon très Grindhouse (l'aspect est parfois granuleux, voire visqueux), Father's Day est, par ailleurs, esthétiquement efficient et en dépit du fait que le métrage soit une série Z, ça a de la gueule, c’est clair ! Côté gore et malsain ensuite, on a affaire ici à du lourd de chez lourd, jugez plutôt : il y a plusieurs scènes de viol d’hommes, donc des tonnes de nudité masculine, de la nudité féminine pour aller avec, de l’inceste, des intestins éparpillés çà et là, des organes arrachés, du visage matraqué et écrasé, du pénis malmené, du fœtus écrabouillé, j’en passe et des meilleurs.

Le film est également soutenu par une bande-son expressive à base de synthétiseur qui rappelle les années 70/80 voire les bandes originales de John Carpenter, des saynètes dantesques avec un sens de l’humour toujours ras des pâquerettes mais opérant (cf. l’entrainement d’Achab aux arts martiaux et sa retraite au Canada, les faux extraits de films ou bande-annonce et une visite aux Enfers) et vous aurez un métrage où le délire est permanent, ce que ne renieraient pas les réalisateurs de la firme Troma. Toutefois, les non aficionados peu habitués au politiquement incorrect auront du mal avec cette pellicule déjantée et l’on pourrait aussi reprocher au film de partir un peu dans tous les sens, de présenter quelques longueurs évitables mais bon c’est une série Z assumée, concoctée de surcroît avec un micro budget par des potes délirants amoureux fous du cinéma d’exploitation, alors tout est excusable dans ce cas et on leur pardonnera facilement ces menues imperfections.



Un scénario complètement dément (pour tous ceux ignorant les films de Lloyd Kaufman jusqu’alors) mettant en scène un tueur ignoble, du gore à profusion, une équipée éclectique dont les dialogues sont souvent ponctués d'un comique potache qui fonctionne et un dénouement complètement fou par sa localisation, il n’en fallait pas plus pour constituer un divertissement certes peu coûteux, mais ô combien jouissif. Premier essai transformé donc pour l’équipe d’Astron-6 hyper fidèle à l’univers de la Troma. Vivement la suite !









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