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Fou de rage que l’on ait osé voler sa musique, un compositeur de l’Opéra de Paris se retrouve défiguré après une altercation très musclée avec les dits-voleurs. Une musique qu’il comptait vendre afin de pouvoir aider en secret une jeune et belle soprano (pour laquelle il était tombé éperdument amoureux) à percer dans le milieu. En effet, ne pouvant plus aider financièrement et de manière anonyme la jeune femme comme il l’avait toujours fait jusqu’à son licenciement de l’Opéra de Paris, Claudin se devait de vendre sa musique à des éditeurs. Contraint à se cacher suite au meurtre du voleur, ce dernier trouve refuge dans les sous-sols de l’Opéra de Paris et fera tout pour continuer à aider la jeune femme à devenir une star. Gare à celles et ceux qui ne se soumettront pas à ses volontés…



L'AVIS :

En 1925, les Studios Universal adaptent le roman de Gaston Leroux en noir et blanc et avec comme fantôme le talentueux homme aux mille visages, Lon Chaney. Un véritable succès qui donnera lieu cinq ans plus tard à une version rallongée et non muette.
Mais il faudra attendre 1943 pour revoir l’œuvre littéraire de Gaston Leroux côtoyer de nouveau le monde du cinéma avec les Studios Universal toujours, mais avec cette fois-ci un autre acteur bien connu des fameux studios : Claude Rains ("l’homme invisible").

Même si les deux versions demeurent dans le haut du panier de ce qu’il existe à l’heure actuelle comme adaptations du roman de Gaston Leroux, il faut reconnaître que leur traitement est très différent. Alors que la version de 1925 était plus sombre, plus effrayante et jouait davantage la carte du fantastique, la version de 1943 réalisée par Arthur Lubin s’avérait plus lyrique, plus théâtrale.



Un contraste permis notamment par l’apparition de la couleur pour la version de 1943 et plus particulièrement d’un procédé très en vogue à ce moment : le technicolor trichrome. Un procédé visuel très coûteux et nécessitant beaucoup de soin permettant de tout filmer en couleur à l’aide de trois négatifs (l’un sensible au bleu, l’autre au rouge et le dernier au vert) qui, une fois superposés, donnait une image colorisée exemplaire pour l’époque. Une technique apparue en 1932 et ayant à ce moment déjà fait ses preuves avec des films tels que "le magicien d’Oz" et "autant en emporte le vent".

Un procédé ambitieux et onéreux qui incita d’ailleurs Arthur Lubin à réutiliser les décors de l’adaptation de 1925 pour des raisons économiques. Un choix par forcément déplaisant car il faut admettre que les décors utilisés dans la version noir et blanc étaient somptueux : les contempler en couleurs ne fait que les mettre un peu plus en valeur.

Mais ce qui est un point fort de la version de 1943 (décors superbes, univers théâtral omniprésent) en fait également un point faible par la même occasion. En effet, à trop vouloir nous impressionner avec le procédé du technicolor trichrome en nous plongeant dans de longues séquences d’opéra, on en oublierait presque le côté fantastique du roman de Gaston Leroux, le côté effrayant de cette histoire mêlant drame et horreur.
En découle ainsi un rythme inégal mêlant morceaux d’opéra bien longuets et apparitions du fantôme bien trop courtes. La fin du film arrive également comme un cheveu sur la soupe (nos « détectives » en herbe trouvent bien vite l’entrée de la cachette de notre tueur fantomatique), laissant penser que la fin du long-métrage a été quelque peu bâclée et que le plus important ici (retranscrire l’histoire du fantôme dans cet univers hautement théâtral, haut en couleurs et en sons) a de toute façon déjà été immortalisé sur pellicule quelques minutes auparavant.



On ne peut pourtant pas reprocher au film d’Arthur Lubin de ne pas respecter le matériau originel, tous les éléments étant présents pour nous faire revivre cette histoire fantastico-dramatique. Il s’agit tout simplement d’une autre approche, plus lyrique et avec une petite touche d’humour (le duo formé par le policier et le baryton, tous deux amoureux de la belle soprano, donne la touche humoristique au film), faisant quelque peu perdre effectivement ce côté fantastique, effrayant et dramatique à l’histoire.

Le casting demeure cependant de très bonne qualité, avec notamment un Claude Rains très bon dans son rôle de fantôme de l’Opéra (d’ailleurs, notre « homme invisible » ne l’est pas tant que cela dans le film d’Arthur Lubin, ce dernier apparaissant à visage découvert durant une grande partie du film). Dommage encore une fois que ce dernier soit parfois quelque peu effacé par cette volonté à vouloir nous en mettre plein les mirettes avec le procédé technicolor et ces longs passages d’opéra…



Au final, cette version de 1943 du "fantôme de l’Opéra", plus lyrique, plus théâtrale, s’avère complémentaire de l’œuvre de 1925, plus sombre et effrayante. Ni décevante ni exceptionnelle, nous avons là une œuvre devenue à ce jour l’un des grands classiques des Studios Universal. Un film qui a su donner au roman de Gaston Leroux une atmosphère différente, et pas forcément déplaisante, de ce que nous avions pu voir sous l’ère Lon Chaney. Certain(e)s pourront cependant reprocher au film de ne pas suffisamment faire la part belle au côté fantastique.








Du même réalisateur :

FANTOME DE L'OPERA (1943) - LE