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Alors qu'il est sur le point de mourir suite à un accident domestique, Lothar Schramm, serial killer de son état, se remémore les trois derniers jours de sa vie ainsi que certains souvenirs plus anciens.



C'est pour moi un honneur de vous parler de Schramm réalisé par ce curieux monsieur Buttgereit. Mais avant d'aller plus loin, il convient de parler de ce qui est devenu un des plus fameux réalisateurs du cinéma underground.

Né en 1963 à Berlin, Jorg Buttgereit fait partie de ces réalisateurs suscitants à chaque fois la polémique. N'ayant au final réalisé que quatre films, il a pourtant réussi à créer une œuvre d'une incroyable complexité et d'une grande cohérence, mais il n'a jamais cherché à placer le spectateur dans une place confortable. Ni "Nekromantik" un et deux (1987 et 1991), ni "Le Roi des morts" (1989) et encore moins "Schramm" ne sont des produits filmiques basiques répondants à la demande de l'époque. Tous explorent les faces sombres de la psyché humaine. Jorg ne cherche jamais à ménager celui qui regarde, dans son monde les chairs sont malmenées, torturées ou encore en putréfaction. Et si le corps est secoué, l'esprit n'est pas en reste. Les tourments dominent le mental de ses antihéros qui font ce qu'ils peuvent pour ne pas s'éloigner de la réalité et qui trouvent leur jouissance dans la mort. Dans l'univers de Buttgereit, le sexe se mêle à la mort dans un déluge de sperme et de sang.



Mais Jorg est loin de faire l’unanimité auprès de ses pairs, certains le renient, d'autres le considèrent comme un artiste à part entière. C'est d'ailleurs cette reconnaissance qui le sauvera à la sortie de "Nekromantik 2", lorsqu’il fut menacé par la justice de destruction de son film en plus de l'interdiction de ce dernier dans plusieurs pays. Jorg Buttgereit est selon moi plus qu'un réalisateur, plus qu'un artiste, c'est un génie et Schramm ne fait que confirmer mon opinion.

Ce film très court est une plongée sans retour dans l'esprit d'un fou. Cette trame vous rappelle sans doute quelque chose et c'est tout à fait normal puisque de nombreux métrages emblématiques tels que "Maniac" de William Lustig (1980), "Schizophrenia - le tueur de l'ombre" de Gérald kargl (1983) ou "Henry, portrait d'un serial killer" de John McNaughton (1986) empruntent la même voie et de façon exemplaire. Alors pourquoi refaire quelque chose de similaire ? Tout simplement car Jorg Buttgereit souhaite réaliser quelque chose de semblable mais de manière beaucoup plus approfondie. Le résultat ne peut que lui donner raison tant le film est surprenant.



Dans sa tonalité tout d'abord, la musique atonale et hypnotique nous cueille l'oreille et le premier plan s'ouvre sur Lothar. Homme au physique banal, gras, étrangement présent qui cache en fait un goût mortifère pour les corps inanimés ainsi que les environnements stériles. Hantés par les souvenirs d'une enfance lointaine, Lothar affronte son quotidien en luttant contre les pulsions de destruction qui l'habitent. Mais pour lui le chemin n'est pas simple car l'envie de destruction est fréquente et cela d'autant plus qu’il est perpétuellement perdu entre ses désirs, ses souvenirs ainsi que ses peurs les plus primales. Dans l'esprit de Lothar tout se mélange. Le génie de Buttgereit repose sur le fait qu'il parvient à déconcerter le spectateur en l'incluant au plus près de ce maelström de pensées délirantes.

Pour parvenir à ses fins le réalisateur a écarté toute linéarité dans son récit, tout est éclaté. Les scènes réelles succèdent à celles fantasmées ainsi qu'aux souvenirs. Le film suit alors le quotidien d'un homme qui le vit comme un délire hallucinatoire poisseux et éprouvant. Schramm peut alors être considéré comme un somptueux poème noir où la froide réalité côtoie le surréalisme dans un ballet étourdissant et hypnotique. D'ailleurs une séquence du film fait référence au chef d’œuvre cinématographique en matière de surréalisme : "Un chien andalou" de Luis Bunuel et Dali.



Schramm fait aussi preuve d'une violence brute, sale, poisseuse et n'épargne rien au spectateur, mais attention aux fans de gore ce film n'en est pas un, en tout cas ce n'est pas sa vocation première. Incroyable incursion dans l'univers interne d'un fou, ce film est plus une expérience d'une force assourdissante qui marquera les esprits que vous l'aimiez ou non. Et si Jorg Buttgereit est un réalisateur à part c'est simplement car il est l'un des pionniers du cinéma sensitif qui joue avec les codes cinématographiques. Schramm, un chef d’œuvre qu'il ne vaut mieux pas oublier mais qu'il ne faut pas destiner à un public fragile.