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Pauline est une frêle adolescente en plein âge ingrat, mise à l’index par ses camarades de lycée et qui vit dans son monde en ayant de bien curieux rêves : pratiquer des opérations chirurgicales sur des inconnus. A la maison, ce n’est pas non plus très gai puisque seule sa sœur atteinte de mucoviscidose semble la comprendre. Ses parents, en effet, éprouvent de grandes difficultés à communiquer avec elle. Entre un père effacé aux abonnés absents et une mère surprotectrice refusant de l’amener voir un psychologue car lui préférant le prêtre du quartier, Pauline finit par s’enfermer dans son univers fait de rêveries oniriques à la fois érotiques et hyper gore. Et lorsque la jeune fille décide de perdre sa virginité, on n’ose à peine imaginer jusqu’où ses penchants morbides pourront la mener…



Alors non, le titre n’a rien à voir avec cette pratique barbare pratiquée sur les parties génitales des femmes dans certaines régions d’Afrique noire. On sait juste qu’il s’agit du premier film de Richard Bates Jr. (aussi scénariste) qui adapte là son court-métrage éponyme de 2008 et nous présente un long-métrage surprenant qui oscille entre le malsain, le caustique et surtout le gore parfois très trash. Ainsi, on part à la rencontre de Pauline, une ado atypique traitée comme une paria par ses camarades majoritairement à cause de son apparence négligée : elle a le teint pâle, les cheveux gras, des boutons sur le visage, porte des lunettes et surtout s’habille comme un mec. Comme si ça n’était pas assez compliqué pour elle, Pauline doit aussi faire face à une mère ultra catholique envahissante avec qui elle entretient de mauvais rapports. C’en est trop pour cette jeune fille qui, pendant ses rêves, a des visions de scènes de sexe, avec des gens nus, torturés voire opérés chirurgicalement par elle. Et l’on va suivre dès lors son parcours alors qu’elle a décidé de se donner pour la première fois à un garçon.
Bien loin des adolescents déjantés de "Detention" mais plus à l’image du formidable "Donnie Darko", Excision explore les méandres de l’esprit d’une ado mentalement perturbée et surtout très seule (à l’instar de l’héroïne de "May" de Lucky McKee). Celle-ci souffre de désordre mental, mais tout le monde semble l'ignorer ou tout du moins, ne dit rien, se voile la face. Ses « congénères » lycéens la prennent pour une cintrée du ciboulot, alors que sa mère, catho à mort et super ferme ne lui montre aucun signe d’affection, tout cela parce qu’elle est différente, la laissant sombrer dans sa propre folie…



Présenté au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg de 2012 où il a reçu la mention spéciale du jury (jury dirigé par Mike Garris), Excision apparaît comme un film d'horreur plutôt psychologique reposant sur les délires anormaux d'une jeune fille marginale. Pour le coup, les scènes de fantasmes sont assez trash, mais restent toujours dans un certain excès délirant, ce qui n'en fait pas des scènes d'horreur pure mais plutôt oniriques en provenance d’un esprit malade. D’ailleurs ces saynètes sont contrebalancées par l’insertion de scènes de suppliques adressées à Dieu étant aussi profondes que décalées, apportant une dose d’humour noir caustique à l’ensemble. De plus, le métrage joue sur les tensions psychologiques entre les différents protagonistes et nous interpelle à propos de l’état mental de Pauline (véritable génie de la chirurgie incomprise ou folle à lier future meurtrière ?) et l’on se demande en effet si la situation va pouvoir s'arranger car l'atmosphère est vraiment de plus en plus pesante et délétère. Mais Excision c’est surtout une satire de la société américaine actuelle très subtile. Pauline, parce qu’elle n’est pas comme les autres lycéennes de son âge est mise à l’écart par une mère trop religieuse carrément austère préférant lui faire consulter le prêtre local qu’un véritable psy. De fait, parce qu’elle ne peut aimer sa fille, la maman préfère la laisser sombrer dans sa folie car il est pour elle honteux de reconnaître que son enfant souffre d’un « handicap » nécessitant des soins psychiatriques. Cependant, on peut se demander si la religion stricte et l’éducation sévère que la mère lui donne, ne sont pas le facteur déclencheur de son trouble mental ? Ce dernier ne va-t-il d’ailleurs pas prendre le dessus sur elle ? C’est la question qui constitue le fil conducteur de tout le métrage et qui trouvera une réponse dans un final ô combien surprenant car inattendu…



Que dire de l’actrice principale Annalynne McCord, déjà obsédée par la chirurgie esthétique dans la série « Nip/Tuck »? Eh bien qu’elle est méconnaissable car totalement enlaidie et rajeunie pour le rôle (elle a quand même 25 ans et non 15), mais surtout qu’elle est une formidable interprète tant elle incarne à la perfection une jeune fille asociale et psychologiquement tourmentée habitée par de morbides fantasmes. A ses côtés, on notera la présence de seconds couteaux tous connus : le réalisateur John Waters ("Desperate living", "Serial mother") dans le rôle à contre-emploi d’un homme d’église, Malcolm McDowell ("Orange mécanique", "C’était demain", "Antiviral") interprétant un professeur, Ray Wise ("Twin Peaks : fire walk with me", "Jeepers creepers 2") dans la peau du proviseur, Roger Bart (le pharmacien psychopathe de la série télévisée « Desperate Housewives ») en père timoré et l’ex star du porno Traci Lords ("Blade") étonnante et complètement habitée dans le rôle d’une maman rigide, hyper catho de surcroit, ne parvenant finalement pas à aimer sa fille comme il le faudrait car elle est singulière. Bref, un casting plus qu’intéressant et surtout osé !



Véritablement intelligent par la thématique psychologique et sociologique véhiculée, Excision n’est donc pas une œuvre quelconque. Richard Bates Jr., le réalisateur, a su nous choquer par les pensées oniriques gore de Pauline, tout en insérant dans son film des moments de poésie pure. C’est visuellement très travaillé, l'actrice principale est incroyable, et c'est également une superbe satire de la société américaine. La vie compliquée d’une adolescente pas comme les autres est ainsi très bien brossée et la fin du métrage est très bien amenée, ce qui en fait une production de genre qualitative agréable car délicate, intelligente et violente à la fois. Bref un petit bijou à découvrir et un metteur en scène à suivre…









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