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Edmund Blackstone, un célèbre écrivain réputé pour ses écrits horrifiques est obsédé par un cauchemar récurrent dans lequel trois personnages de son dernier roman viennent le persécuter durant la nuit. Comme il se plaint à son épouse Nicole, celle-ci prévoit, pour soulager son stress, une fête en fin de semaine rassemblant plusieurs de leurs amis et associés d'affaires dans leur maison de campagne isolée. Sont ainsi conviés par Edmund, Nicole et leur fils Jason : Serge l’intellectuel, sa femme Eunice, le millionnaire Charlie Hughes, sa jeune épouse Mikki, l’amant illicite de cette dernière, Mark Frost, ainsi qu’un autre couple. Peu de temps après, des personnages de fiction semblent prendre vie pour venir les séquestrer et les convier à une série d'épreuves s’avérant mortelles alors que parallèlement, la station de radio locale informe ses auditeurs qu'un trio d’aliénés s’est échappé d'un asile de fous situé à proximité. Ces protagonistes sont-ils issus de l’imagination d’un écrivain tourmenté ou bien sont-ils réels ? Mais surtout, les convives sortiront-ils vivants de ce week-end de terreur ?



Oliver Stone est l’un des rares cinéastes hollywoodiens à qui le terme « contestataire » souvent utilisé s'applique vraiment. A force de brosser des portraits au vitriol de ses compatriotes américains, voilà la réputation que l’on récolte me direz-vous. Il est donc par conséquent normal que son chemin pour devenir l'un des réalisateurs les plus accomplis et les plus critiqués de ces quarante dernières années soit différent de ceux de ses contemporains. Alors que beaucoup de ses compères étudiaient le cinéma dans les universités spécialisées ou bien encore se faisaient les dents sur les films de série B de Roger Corman, Stone interrompit ses études à Yale pour une période de service de combat au Vietnam. Il commence sa carrière cinématographique à son retour, en s'associant avec un camarade de classe et Lloyd Kaufman, grand ponte de Troma Entertainment, sur deux comédies, en 1971 et 1973. C’est l'année suivante que Stone travaille à son propre compte : il écrit et réalise La reine du mal, l'un des films d’horreur américains les plus bizarres des seventies. Eh oui, le premier film de Stone en tant que réalisateur est un film de genre et il persévérera d’ailleurs dans son second film avec "La Main du Cauchemar", un métrage horrifique, qui a acquis une certaine réputation, du moins beaucoup plus que son prédécesseur, quasiment introuvable mais déniché par votre dévoué. J’ai ainsi fait « l’expérience » de La reine du mal, plus connu sous son titre original "Seizure" (qu’on pourrait traduire par : capture, prise d’otages). Pourquoi expérience ? Disons que ce film d’horreur « atmosphérique » traitant de l’esprit torturé d’un écrivain confronté à la peur de la mort est, par moments, totalement psychédélique et qu’il est réservé à un public averti. On se rapproche ici plus du trip expérimental abstrait que d’un long-métrage convenu. Le montage est tantôt anarchique, tantôt « parkinsonien », ce qui peut nous perdre complètement. Le tout est renforcé par l’utilisation de la lentille fisheye ayant pour particularité une distance focale très courte et donc un angle de champ très grand qui introduit une distorsion courbant fortement toutes les lignes droites qui ne passent pas par le centre. Cela a donc pour but d’obtenir des perspectives étranges et des effets spéciaux bizarrement exécutés donnant l'impression d’avoir affaire plus à un bad trip qu’à un banal mauvais rêve, d’où le terme « expérience » !



Si le scénario peut rappeler des films passés ou futurs sur les auteurs aux prises avec les affres de la création, La reine du mal c’est aussi une sorte de survival, avec ce trio infernal issu ou non de l’imagination de l’artiste (ça on ne le saura qu’à la fin, et encore…) s’invitant dans la demeure d'un célèbre écrivain et faisant passer de véritables tests de survie à tous les convives. A ce sujet, beaucoup de ces protagonistes succomberont par leurs propres vices. C'est d’ailleurs le thème que l'on voit dans les autres films d’Oliver Stone mais là sous la forme de film d'horreur. Ici, c’est à un Stone séminal auquel on à affaire et qui fera apparaître plus tard dans sa filmographie ses archétypes du mal de façon beaucoup plus subtile que nos trois lascars échappés soit d’un asile, soit de l’imagination d’un écrivain angoissé. On rencontrera alors çà et là : Tom Berenger en lieutenant amoral dans « Platoon » (1986), Michael Douglas en trader sans scrupules dans « Wall Street » (1987), Woody Harrelson en serial killer dans « Natural Born Killers » (1994). Une autre image typique de Stone dans ses métrages est l’apparition d’une figure christique qui paie voire périt pour nos péchés. Dans La reine du mal, c’est le chien de famille qui se retrouvera pendu à un arbre. Plus tard, il y aura la célèbre affiche de « Platoon », avec son soldat à l’agonie, à genoux, les bras tendus vers le ciel. On pourrait également faire valoir que beaucoup de films de Stone sont, en un sens, des « films d'horreur ». Ses films « Salvador » et « Platoon » décrivent effectivement les horreurs de la guerre, « Wall Street » et « Nixon » explorent les horreurs de la cupidité et du pouvoir. De plus, la mort occupe une place importante dans plusieurs de ses films. Le grand spectre chauve qui poursuit Jim Morrison tout au long de « The Doors » (1991) n'est-il pas proche du trio infernal de La reine du mal ?



Pour ce qui est du casting, on retiendra avant tout le trio de méchants. Ainsi, au sommet de la pyramide, on a Martine Beswick ("La Nuit de l'épouvantail", "Nuits sanglantes", "Dr. Jekyll et sister Hyde", "Un million d'années avant J.C. "), LA reine du mal en personne et véritable star du film. Provocatrice et sensuelle avec un look improbable à dominante de couleurs sombres, cette diabolique vamp représente tout ce qu'un homme peut désirer : l'éternel féminin séduisant notre âme, à la fois mère et prostituée. Mais elle sait également se montrer intraitable et effrayante, notamment dans une dernière séquence proprement terrifiante ! Aux étages inférieurs, on retrouve les exécutants des basses besognes, ceux finissant d’achever les victimes : le nain L’araignée incarné par Hervé Villechaize (la série « L’ile fantastique », "Forbidden zone") vraiment inquiétant en tortionnaire sans pitié et le Chacal, joué par Henry Judd Baker ("Vigilante") représentant une menace permanente renforcée par le fait que ce soit un géant muet, tout de cuir vêtu avec une grande hache ! Parmi les convives, le seul à sortir son épingle du jeu c’est Joseph Sirola, incarnant à la perfection Charlie Hughes, un millionnaire ostentatoire et imbu de sa personne, salaud impitoyable prêt à sacrifier tous ceux qui l’entourent afin d’avoir la vie sauve. Pour le reste de la distribution, ce n’est pas génial, notamment Edmund Blackstone, le protagoniste principal, incarné par un Jonathan Frid ("La fiancée du vampire", la série des années soixante et le film de Tim Burton "Dark shadows") un peu mièvre à mon goût.

Malheureusement, La reine du mal est un produit de son temps et une victime de l'inexpérience d’un réalisateur derrière son premier long-métrage. Le film réunit un casting de personnages variés avec peu de points communs, mais Stone n’en fait pas beaucoup pour leur donner corps, en les réduisant à un seul trait de caractère prédominant. Il y a l’artiste séducteur, le capitaliste avide accompagné de sa maîtresse qu’il expose comme un trophée, le vieux sage philosophe (dont les conversations sur le Bien et le Mal sont aussi naïves que prétentieuses) et sa femme mi oiseuse mi oisive, ainsi qu’une paire de jeunes adultes sans but carrément inutiles. Force est donc de constater que le nombre d’hôtes aurait été divisé par deux ou par trois, que cela n’aurait rien changé au déroulement de l'histoire. Ajoutons à cela que la partition musicale est un gâchis empli de percussions superflues alors que les scènes les plus efficaces étant celles baignées de silence. Enfin, Stone abuse abondement de la lentille fisheye susmentionnée par ailleurs, une technique qui n'a jamais bien fonctionné sur le long-métrage tant elle lui donne un côté « film sous acides ». Mais n’était-ce pas finalement le but recherché par Stone qui n’aura alors jamais si bien porté son nom de famille !?



Ainsi, La reine du mal est loin d'être parfait et est rempli des défauts inhérents aux premières œuvres, la faute à un Stone certainement trop ambitieux. Il est évident en regardant son métrage qu'il a probablement senti qu’il créait quelque chose transcendant le genre de l'horreur, ce qui n’est pas du tout le cas. Toutefois, à son crédit, le film est libre des clichés qui entravent généralement ce type de longs-métrages et ce n’est déjà pas si mal. Petit budget tourné au Québec, le premier « bébé » d’Oliver Stone est difficile à définir. Est-ce une réussite cinématographique, un navet sans nom ? Rien de tout cela, La reine du mal est un film qui distille un certain malaise accompagné par une ambiance malsaine sous-jacente qui fout bien les jetons par instants, tout en étant sacrément confus et brouillon la plupart du temps. Et ça, c’est un tour de force car quoi qu’il en soit, cette étrangeté rarissime est une découverte singulière qui risque de ne pas de laisser indifférent.


• Connu également sous les titres : « Queen Of Evil » et « Tango Macabre ».






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