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Fran et Miriam sont deux étranges jeunes femmes qui font de l’auto-stop et ramènent chaque jour leur bienfaiteur différent dans leur immense demeure abandonnée. Un jour, Fran fait la connaissance de Ted, avec qui elle développe une relation plus longue que qu’habitude. Dans le même temps, non loin de leur maison, un couple de touristes s’installe avec leur caravane…



Durant les années 70, le cinéma fantastique anglais, sous l’impulsion des productions de la Hammer, comme « The Vampire Lovers », « Lust for a Vampire » ou bien encore « Les sévices de Dracula » par exemple, bifurque vers l’érotisme et ose mêler horreur et femmes dénudées, ce qui n’est pas évident dans ce pays très puritain. En 1974, le réalisateur espagnol José Ramon Larraz, qui travaille en Angleterre, livre le film « Symptoms », rebaptisé « The Blood Virgin », qui joue lui aussi dans ce registre de l’érotisme horrifique. Conscient de l’engouement suscité par ce type de métrage auprès de la population, le producteur du film demande à Larraz d’accentuer encore plus l’élément érotique pour son prochain film. Ce sera chose faite avec Vampyres, qui se verra taillader par les ciseaux de la censure britannique, les coupes concernant certaines séquences entre les deux actrices (leur baiser langoureux avec la langue par exemple) mais aussi certaines séquences de violences. On en rigolera bien à notre époque puisque le film nous paraîtra bien sobre et plutôt soft. Il n’empêche qu’il était très difficile de le visionner en version intégrale, jusqu’à ce que l’éditeur américain Blue Underground parvienne à réintégrer les séquences censurées pour nous proposer le film en version Uncut. Quand on sait que même le réalisateur du film n’avait pas de version complète chez lui, on ne peut que féliciter l’éditeur pour son travail de restauration.



C’est donc en trois semaines et avec un budget plutôt réduit que José Ramon Larraz tourne Vampyres. Pour mettre en avant l’aspect érotique demandé par le producteur, il décide de filmer l’histoire somme toute banale de deux vampires lesbiennes (mais pas uniquement) qui attirent leurs proies dans une immense demeure laissée à l’abandon. Il donne donc les rôles principaux à deux jolies femmes : Marianne Morris et Anulka Dziubinska. La première n’a tourné que huit films dans sa carrière et s’est fait connaître en étant modèle de nue. La seconde a été élue « Playmate du mois » en mai 1973 par le magazine Playboy et n’a pas tourné plus que sa camarade. On peut dire que c’est véritablement le film Vampyres qui les a fait connaître et qui leur permet d’être encore citées comme l’un des couple de vampires les plus sexys à notre époque.

Les deux actrices vont enchaîner les séquences coquines la plupart du temps dans le plus simple appareil, nous faisant bien comprendre leur préférence pour l’amour saphique. Baisers langoureux, douche à deux, ébats sensuels nous sont présentés de manière assez récurrente tout au long du métrage. Le résultat est assez réussi et ne sombre pas dans la vulgarité. La plastique d’Anulka est à se damner, on comprend sa nomination au titre de Playmate. Les scènes érotiques du film sont proches dans l’esprit des films de Jean Rollin de la même époque, mais Vampyres leur est néanmoins supérieur par son ambiance, quasi onirique parfois, et aussi par ses excès de violence. Mais il est clair que le film de José Ramon Larraz a des points communs avec ceux du réalisateur français : des héroïnes vampires, qui parcourent la campagne comme dans un rêve éveillé, une action et un rythme plutôt lents, contemplatifs, de l’érotisme, un sens certain de l’esthétisme, des scènes non-sensiques…



Chose intéressante, il n’est jamais clairement indiqué que nos deux charmantes jeunes femmes sont des vampires. Aucune trace de canines pointues à l’horizon ne vient nous éclairer sur leur véritable nature. Les victimes sont d’ailleurs assassinées à coups de couteau et ce sont des blessures infligées qu’elles viennent se repaître de sang. L’ambiance instaurée par le réalisateur espagnol fait mouche et se distille tranquillement tout au long du déroulement de l’action. Une ambiance principalement feutrée, étrange, mystérieuse, qui contraste avec celle des scènes de violence, qui frappent par leur mise en image. Si la majorité du film reste ancré dans une sorte d’onirisme latent, la violence revêt, au contraire, un habit de réalisme cru du meilleur effet. Le meurtre du jeune garçon nommé Rupert a d’ailleurs subi les foudres de la censure britannique à l’époque de la sortie du film. Ce corps ensanglanté, dans lequel Marianne Morris vient planter son long couteau pendant que la jolie Anulka lèche le sang qui se répand sur le torse et les bras de cette pauvre victime constitue l’une des meilleures séquences graphiques du film et possède encore aujourd’hui une réelle puissance.

On appréciera également les zones d’ombre laissées par le scénario (écrit par José Ramon Larraz sous le pseudonyme de D. Daubeney) : la première séquence du film montre Marianne et Anulka faire l’amour quand un inconnu entre dans la chambre et les abat froidement par balles. Une fois le film bien entamé, on en vient à se demander si cette drôle d’introduction ne serait pas en fait la conclusion du film et si l’inconnu ne serait pas Ted, interprété par Murray Brown, désirant se libérer de l’emprise que le personnage de Marianne Morris a sur lui. D’autres séquences dans le film nous questionnent sur la linéarité des événements auxquels on assiste. Cette « irrationalité » apparente profite au film qui s’aventure dès lors à la lisière de la réalité et du fantastique. La scène de conclusion venant encore plus nous questionner sur ce que l’on vient de voir et fait vraiment baigner le métrage dans un climat d’étrangeté envoutant. A-t-on bien vécu en temps réel ces événements tragiques ou ne sont-ils issus que de l’imagination de Ted ? A moins qu’ils ne se soient déroulés il y a bien longtemps, comme le laisserait supposer la scène de l’hôtel ? Mystère, à vous de vous faire votre propre idée sur la question…



Conçu dans le simple but de jouer dans la cour du film d’horreur d’exploitation à tendance érotique, Vampyres, par son duo d’actrices des plus charmantes, par ses excès de violence inattendus, par son atmosphère irrationnelle et par l’envoutant climat poétique qui baigne ses images, s’avère largement plus intéressant que prévu et se révèle être une expérience étonnante, pour ce qui est sûrement l’un des meilleurs films de vampires érotiques de cette période. Il est d’ailleurs considéré comme un classique du genre. Pour la petite histoire, vous pouvez aller voir Anulka à Los Angeles, où elle tient un magasin de composition florale…









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