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Dans la baie du Maryland, les habitants d’une petite ville contractent des symptômes atypiques. Très vite, la population panique et les hôpitaux se remplissent. Une journaliste sur le terrain tente de comprendre les causes possibles de cette étrange épidémie qui semble provenir des eaux de la baie…



Film en compétition lors de la vingtième édition de Fantastic’Arts, "the bay" est une réalisation de Barry Levinson, à qui l’on doit déjà des "rain man", "good morning, Vietnam" et autre "harcèlement". Porté par une affiche mettant en avant la mention « from the producters of Paranormal Activity and Insidious » (il parait que c’est vendeur de parler de "paranormal activity"…), ce long-métrage utilise un procédé que l’on voit à de nombreuses reprises depuis les années 2000 et qui semble ne pas vouloir s’éteindre de sitôt : la caméra subjective (ou plus communément appelé « caméra à l’épaule »), propre au genre « found footage ».
A l’instar de George A. Romero et son "diary of the dead", certains réalisateurs à succès n’hésitent parfois plus à utiliser certaines pratiques du cinéma contemporain (même si le genre dont il est question ici est né dans les années 80 avec un certain film de Ruggero Deodato, ne l’oublions pas…), histoire de s’essayer à ces techniques qui ont le vent en poupe et attirent un nombre parfois non négligeable de spectateurs dans les salles de cinéma.

Bien que les bases scénaristiques de "the bay" ne fassent pas trop dans l’originalité (les films de contagions, épidémies et autres contaminations-infections sont devenus légion), il faut toutefois reconnaître que Barry Levinson parvient à nous tenir en haleine durant tout son film et ce par plusieurs procédés que je vais vous énoncer.



Le premier est de donner à son film un rythme allant crescendo. Alors que le film commence dans la joie et la bonne humeur (concours des plus gros mangeurs de crabes, élection de Miss Crustacés…), très vite certains habitants de notre petite bourgade côtière vont présenter des symptômes qui, à la vue des passants, vont générer des interrogations, puis un certain stress au vu du nombre de cas grandissant pour enfin se transformer en panique générale. Et alors que nous étions tranquillement en train de participer aux festivités de cette petite ville animée, nous voilà rapidement plongés dans un hôpital entouré de personnes virulentes et ragoutantes, puis dans une salle d’opérations, dans une voiture de police qui roule à toute allure, mais également dans l’eau à la recherche de parasites très dangereux… Dans "the bay", nous sommes rapidement plongés dans cette ambiance prenante, cette panique devenue générale.

Un autre moyen qui est utilisé par Barry Levinson pour nous tenir en haleine est le fait d’éparpiller, comme savent souvent si bien le faire les found footages ("cloverfield", "the devil inside"…), des scènes chocs tout au long de son film. La bande-annonce du film en est d’ailleurs gonflée à bloc : parasite sortant tout à coup de la bouche d’un poisson, grosseurs mobiles au niveau du ventre, personne infectée surgissant de la banquette arrière d’une voiture… On se surprend à sursauter à divers moments du film.

Barry Levinson, toujours dans cet optique de tenir en haleine le spectateur, essaye également d’aller droit au but : le film est plutôt court et nous fait grâce des longues conversations sans intérêt (sinon de casser le rythme, ennuyer le spectateur et relâcher la pression) à la "paranormal activity" ou à la "grave encounters". Alors certes, certaines sous-histoires sont parfois peu intéressantes et n’apportent que peu de choses au scénario mais ces dernières demeurent relativement acceptable compte tenu de leurs durées dans le temps et leur répartition dans le film.

Enfin, une petite touche d’humour parfois bienvenue vient divertir le public de temps à autres, un paramètre non négligeable à prendre en compte (la Miss Crustacés, le concours du mangeur de crabes et ses participants qui vomissent, la journaliste qui part dans un flip qui la rend totalement ridicule, tournant en rond comme une cinglée autour d’une fontaine…).



Comme nombreux films caméra à l’épaule (dont font partie les found footages), nous retrouvons les quelques points négatifs relatifs à cette pratique : une image parfois dégueulasse (flous, gros grains…), des coupages et transitions continuels ou encore des filmages et cadrages parkinsonniens.

Mais, et c’est ce qui contraste avec bon nombre de found footages et fait de "the bay" un film à part, Barry Levinson ne s’est pas uniquement cantonné à filmer de manière subjective : afin de rendre son métrage encore plus réaliste, à la limite du documentaire, notre homme va aller jusqu’à utiliser un panel divers et varié de supports pour porter son film à l’écran. Ainsi, nous aurons droit à des séquences provenant de caméras de télévision (notre fameuse journaliste), de caméras sous-marines (lors de plongées dans la baie), de caméras de surveillance, de conversations sur Skype, de vidéos du Net, de vidéos d’iphone… Autant de supports qui permettent une immersion totale dans le film, et ce afin de nous amener sur le terrain des évènements, nous faire vivre ces incidents tels que les ressent la population.

Un réalisme permis également par des effets spéciaux de bonnes factures. Ni trop faiblards, ni trop exagérés (nous sommes par exemple loin des infections d’un "planete terreur" ou d’un "cabin fever" et leurs excès parfois grandguignolesques), ces derniers sont suffisamment mis en valeur pour nous susciter un certain dégoût. Furoncles, pustules, rougeurs, plaques, saignements abondants, hématomes : les symptômes cutanés sont nombreux et certains corps ou visages sont minutieusement maquillés pour rendre la chose la plus réaliste possible devant la caméra.

Les environnements sont également travaillés avec une précision telle que nous avons l’impression d’être dans la peau des habitants de cette petite ville ravagée par ce fléau (les rues de la ville sont jonchées de cadavres, la baie est recouverte par endroit de poissons morts qui flottent à la surface…).



Notons également que "the bay" a le mérite, à l’inverse une fois de plus des found footages habituels, d’être intelligent dans sa narration. En plus de nous confronter à diverses potentielles explications scientifiques, et donc rationnelles, à cette épidémie (utilisation de termes très professionnels, interviews de médecins…), Barry Levinson va très rapidement dans son film nous influencer dans le choix de la cause la plus probable de ce désastre en nous pointant du doigt la pollution de la baie (nous avons droit à une analyse de l’eau fort bien détaillée). Des messages très axés sur l’écologie (la pollution de la mer), l’environnement et le développement durable (extinction d’espèces aquatiques) qui nous poussent en quelque sorte à traduire cette épidémie au sein de l’espèce humaine comme la punition exercée par la Nature sur celles et ceux qui l’ont détruite en partie.
L’occasion également pour Barry Levinson de critiquer ouvertement un Gouvernement (mais également le maire de la ville) qui, comme nous pouvons le voir déjà dans certains films, préfère camoufler l’affaire plutôt que de provoquer la panique générale et l’exode des habitants hors de la ville.

Bien que les bases scénaristique de "the bay" semble sentir bon le réchauffé, Barry Levinson signe là un film très engagé, un film qui ne semble pas avoir la langue dans sa poche vis-à-vis du comportement humain de certaines entités ou sociétés (entreprise alimentaire, Gouvernement, politiciens…). D’autant plus que l’on nous vend le produit fini comme un quasi-documentaire tellement réaliste (caméra subjective, choix des thématiques abordées, effets spéciaux minutieux, arguments scientifiques à l’appui, réactions censées des personnages…) que l’on peut se demander après avoir vu "the bay" : « et si cela était déjà arrivé ou devait arriver? »(…)
Alors un found footage, oui, mais pas n’importe lequel!








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