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Cameraman pour le cinéma et photographe de jeunes femmes pour de la photographie érotique, Mark Lewis est le fils d’un scientifique de renom, spécialisé en psychologie de la peur et plus particulièrement sur les réactions du système nerveux face à la peur. Traumatisé étant jeune par les travaux de son défunt père qui le filmait et le photographiait sans cesse pour capturer la moindre de ses peurs, Mark Lewis est devenu obsédé par cette perception des moindre détails émanant d’une personne face à une menace, pire à une mort ressentie. A ses heures perdues, le jeune homme arpente alors les rues de sa ville en quête de jeunes femmes qu’il va assassiner dans l’unique but de capturer sur pellicule leurs derniers effrois et cette longue agonie qui s’ensuit.



L’année 1960 aura marqué les esprits dans le domaine du Septième Art. En effet, cette année sortiront deux films cultes et chefs de files mettant en scène des malades mentaux. Le premier, "psychose" ("psycho" pour son titre original), chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock, sera un immense succès, remplissant les salles de cinéma et terrorisant un public encore peu habitué à des psychopathes tels que l’effrayant et inquiétant Norman Bates et surtout peu informé de l’intrigue du film au moment de visionner ce dernier ("psycho" ayant fait l’objet d’une grande médiatisation et surtout d’une grande discrétion quant à son déroulement final).

A quelques mois d’intervalle sortira un autre film qui sera quant à lui qualifié bien plus tard de chef-d’œuvre du cinéma de genre : "peeping tom" (plus connu dans nos contrées sous le titre "le voyeur"). Une reconnaissance très tardive en raison d’un accueil très rude et violent lors de sa sortie en salle. Jugé trop pervers et malsain, le film de Michael Powell sera en effet retiré des salles de cinémas après seulement deux-trois avant-premières et ne sera même pas distribué au Royaume Uni, le pays natal du réalisateur. Un film qui démolira la carrière du pourtant célèbre Michael Powell ("les contes d’Hoffman", "les chaussons rouges", "colonel Blimp"…) ainsi que celle de l’acteur principal, Karlheinz Böhm (que l’on peut également retrouver sous le nom Carl Boehm), à qui on interdira tout bonnement de tourner sur le sol allemand suite à ce film.



Imaginée par un certain Léo Marks, ancien espion britannique durant la seconde guerre mondiale, l’histoire de "le voyeur" a été ensuite confiée au réalisateur Michael Powell. La rencontre de ce novice du Septième Art et de ce réalisateur de grande renommée donnera naissance à ce qui sera l’un des précurseurs de différents genres cinématographiques dont principalement le film de serial killer, le giallo ou encore le snuff movie. Malgré son amateurisme dans le métier de scénariste, Léo Marks avait déjà tout calculé en écrivant le scénario de "peeping tom" : les expressions du visage des personnages, les cadrages, les principaux plans… et Michael Powell décida de lui faire confiance et retranscrit au détail près tout ce qu’avait imaginé son acolyte.

Même si l’on pourra reprocher aujourd’hui au film de Michael Powell de souvent manquer de dynamisme (certaines séquences sont en effet très longues, en témoigne par exemple une scène de danse et d’échauffements d’une doublure au cinéma qui s’éternise), de traîner parfois en longueur, ce dernier a cependant de nombreux atouts qui justifient amplement ce statut de film culte et même de chef d’œuvre du cinéma.



Très hitchcockien dans son approche (que ce soit pour le déroulement de l’intrigue ou encore la photographie), le film fit l’effet d’un véritable coup de poing lors de sa sortie en raison de cette faculté qu’il a à mettre le public dans la peau d’un voyeur, d’un témoin de crimes perpétrés par un esprit malade sur des femmes sans défense. En effet, que le public le veuille ou non, il doit suivre le quotidien de Mark Lewis, partageant même par moments sa place derrière la caméra (vue subjective, sous l’œil de la caméra) alors que ce dernier s’apprête à assassiner ses victimes.
Une bien belle et atroce façon de mettre mal à l’aise son public, d’autant plus que, à l’inverse de Norman Bates, on fait tout pour nous dépeindre Mark Lewis comme un petit agneau tout au long du film : beau blond au regard innocent, réservé, buvant du lait… On en vient à avoir de l’empathie pour ce jeune homme, traumatisé étant gamin par les excès de son père l’exposant constamment à son objectif et prenant notes sur notes sur les peurs de son enfant bien souvent déclenchées par le paternel, pour le bien de la Science.

En ressort de ce passé un être marqué, adepte de scoptophilie (terme définissant le besoin de regarder la peur d’autrui) et se transformant en voyeur assassin. Des meurtres d’autant plus sadiques que Mark Lewis souhaite également que ses victimes se voient mourir (ce dernier ayant installé un miroir au-dessous de sa caméra elle-même munie d’une grande lame aiguisée pour embrocher les malheureuses jeunes femmes), afin d’avoir les meilleures captures possibles d’effroi puis d’agonie de ces dernières. Le public, transformé pour l’occasion sous l’œil de la caméra en voyeur également, prend part alors à des scènes de meurtres réussies, à l’éclairage saisissant et sous des notes de piano prenantes par moments.



Contrairement à certains confrères dont nous pouvons souvent lire dans les livres traitant du cinéma de genre, voire même dans certains articles de presse (proches parfois de travaux de thésards), des analyses mêlant psychologie, principes freudiens et autres recherches scientifiques (et dont nous ne comprenons parfois pas grand-chose au final soyons honnêtes), j’ai décidé de ne pas me lancer dans ce genre de dissections parfois barbares et aller dans le vif du sujet pour vous critiquer "peeping tom".

De part notamment cette qualité qu’il a à nous mettre à la place de l’assassin, et par conséquent d’un voyeur sadique, "le voyeur" réussit à l’époque (peut-être moins maintenant, le film ayant quelque peu vieilli il faut le reconnaitre, même si l’ingéniosité du scénario est toujours mise en avant à ce jour) le pari de mettre mal à l’aise le spectateur. Un grand film du cinéma de genre assurément!








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