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Après avoir vu un film d’horreur avec sa mère Sarah, Tim, un enfant de neuf ans et cette dernière sont enlevés sur le parking du cinéma, par un chauffeur de taxi. Celui-ci prénommé Bob, n’est autre qu’un serial killer redoutable et Sarah finit très vite par se faire occire. Aussitôt sa génitrice tuée, Tim, rebaptisée Rabbit, devient le prisonnier du tueur en série mais aussi son esclave corvéable à merci. Il doit en effet nettoyer la maison après les meurtres, s’occuper de faire disparaître les cadavres sous la baraque, servir à manger à l’assassin mais aussi collecter tous les articles de journaux relatifs aux méfaits perpétrés par Bob, archivant tous ses crimes. Après une dizaine d’années d'asservissement, et désormais adolescent, Tim apprend qu'il ne gagnera sa liberté qu’à une seule condition : qu’il devienne lui aussi un tueur en série…



Vous l’aurez aisément compris à la lecture de ce résumé, Chained est un film d’une noirceur rarement vue à l’écran d’autant qu’il attaque de plein fouet l’une des valeurs les plus représentatives des Etats-Unis d’Amérique : la famille. Cela dit, ce n’est peut-être pas un hasard si ce long-métrage est l’œuvre de Jennifer Lynch, la fille de David. Longtemps critiquée et attendue au tournant car l’ombre de son papa plane au-dessus d’elle, Jennifer n’a jamais cessé toutefois de faire ce qu’elle aimait, à savoir du cinéma brutal, frontal voire immoral, pour notre plus grand plaisir, nous autres amateurs de cinéma hors norme. Quasiment conspuée à la sortie de son premier métrage ("Boxing Helena"), ayant connu un échec retentissant avec sa femme-serpent aux faux airs de Bollywood ("Hisss"), Jennifer Lynch n’aura connu qu’un petit succès d’estime avec "Surveillance", son second film. Espérons alors que son quatrième long-métrage remettra les pendules à l’heure une bonne fois pour toutes et sacrera cette réalisatrice de films de genre à part entière on ne peut plus méritante car entièrement dévouée à son art ! Que les fans se rassurent tout de suite, on n’en doute pas une seconde au vu de ce que l’on a visionné ! Précisons d’entrée de jeu que ce n’est pas de l’horreur pure à laquelle nous sommes conviés, mais c’était certainement plus vendeur pour ceux qui ont produit le Blu-Ray de le mettre sur leur jaquette ! On est ici beaucoup plus proche des "Henry portrait d’un serial killer", "Ed Gein" et autres "Gacy" qui nous font rentrer dans le quotidien d’un tueur en série. Il s’agirait donc plutôt d’un thriller psychologique qui sert sans doute de catharsis à la fifille de Lynch car il faut bien un jour tuer le père pour pouvoir voler de ses propres ailes !



Ici, Jennifer Chambers Lynch de son nom complet, va avec Chained nous montrer l’enfance d’un gamin enlevé et séquestré comme un animal pendant dix ans. Dix ans à servir de bonne à tout faire à un déséquilibré mental, à nettoyer les scènes de crime, à racler le fond des bols et des assiettes du bourreau pour se nourrir. Mais son tortionnaire va devenir son seul lien avec la société, un parent en quelque sorte, même si au début, c’est loin d’être gagné. « Je n’ai pas demandé à ce que tu sois ici ! » déclare d’ailleurs Bob à son otage, « mais comme tu es là, je vais en profiter ». Des années plus tard, l’homme et l’enfant (désormais enchaîné suite à une tentative d’évasion infructueuse) se sont installés dans une horrible routine de famille dysfonctionnelle. Leur unité de « vieux couple » n’est finalement rompue que par le contraste frappant entre leurs apparences physiques : Rabbit qui se nourrit exclusivement des restes de son ravisseur, est squelettique à la limite de l’anorexie, alors que Bob, mangeant et buvant tout son saoul est ventripotent, la plupart du temps affalé sur son fauteuil à regarder la télévision. On a donc l’impression d’avoir Laurel et Hardy sous les yeux ! Bob est un meurtrier tourmenté, mais des flashbacks impressionnants montrent que lui aussi, a dû subir une éducation extrêmement violente faisant de lui ce qu’il est aujourd’hui : un monstre, mais un monstre qui éprouve néanmoins une tendresse sincère pour son captif, ainsi qu’un intérêt certain pour son éducation. Ne permet-il d’ailleurs pas à Rabbit de consulter des livres ? Bon certes d’anatomie humaine et de dissection, mais c’est un début ! « Tu ne veux pas être enchaîné à la maison toute ta vie, si ? » lui demande-t-il un jour, alors qu’il a atteint l’âge où l’on quitte le domicile familial. Curieux recours à la métaphore qui n’en est pas une puisque Rabbit a été attaché quasi toute son enfance ! Inutile de dire que c’est l’un des films les plus sombres qui soit. De la première à la dernière minute, il est sans relâche pessimiste mais montre que tous les personnages peuvent néanmoins être proches sous certains aspects car ils connaissent ou ont connu des peines psychologiques liées à l’enfance et qu’ils peuvent tous faire, à un moment donné de leur existence, preuve d’humanité. Tout n’est donc pas perdu, si ?



Le cinéma de Jennifer Lynch est donc violent et pervers, mais toujours intelligent. Ici, tout le mérite de son art réside, la plupart du temps, dans la suggestion de l’horrible, de l’indicible, en filmant cette singulière relation père/fils mâtinée de syndrome de Stockholm qui trouve toute son essence dans un huis clos presque parfait. Ainsi, Chained (signifiant «enchaîné» en anglais) nous parle de deux prisonniers : l’un réel, c’est Rabbit, retenu pendant dix ans contre son gré et l’autre virtuel, c’est Bob, enchaîné à un passé qui le hante et détermine quasiment toutes ses actions au quotidien. Mais ce rapport d’amour/désamour/dépendance ne serait rien sans les deux acteurs principaux. Vincent D’Onofrio ("Men in black", "The cell", "Strange days" "Ed Wood") non content de truster les écrans télé avec sa série « New-York, Section criminelle » occupe là tout l’espace de la pellicule. Il incarne Bob, un gros bonhomme un peu niais, touchant par sa brutalité animale dissimulant un enfant tourmenté par son histoire mais s’avérant être un psychopathe impitoyable. Un mot résumera très bien sa prestation : exceptionnelle. Sous ses allures de nounours dodu, il est terrifiant parce qu’il est avant tout un tueur sans remords, qu’il est imprévisible et qu’il obéit à tout un tas de règles obsessionnelles le rendant encore plus captivant et mystérieux. A ses côtés, on a Eamon Farren, incarnant Rabbit, qui est tout aussi épatant en jeune homme privé d’enfance à la recherche d’une force intérieure afin d’échapper à la toxicité de cette atmosphère de violence. Un acteur à suivre assurément dans le futur. Parmi les seconds rôles, on notera la présence de : Julia Ormond ("Surveillance", "L’étrange histoire de Benjamin Button"), Gina Philips ("Jeepers creepers", "Dead and breakfast") et Jake Weber (le mari d’Allison DuBois dans la série « Médium » et vu aussi dans "The cell" et "Dawn of the dead"), dont le temps de présence est malheureusement trop furtif mais pas moins qualitatif.



Subversif, d’une violence psychologique inouïe, Chained marquera les esprits, c’est presque sûr. Mais il consacrera définitivement Jennifer Lynch, c’est certain. Réalisatrice sans concession, elle confirme avec cette œuvre ô combien malsaine, sa digne place aux côtés de son père et des cinéastes à surveiller de très près. Chained indispose, interpelle, mais il nous amène surtout à nous demander si une longue exposition au mal, nous rend nécessairement mauvais au sens « méchant » du terme ? Est-ce que l’enfant séquestré par un tueur pendant toute sa jeunesse va finir comme lui et saisir cet « héritage maudit » qui lui tend les bras, aussi décharnés soient-ils ? Tout le film tourne finalement autour de cette question et tente d’y répondre…ou presque, à vous de voir !









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