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Dans les rues qu'on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps se remet en chasse. Frank est le timide propriétaire d'une boutique de mannequins. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l'aide pour sa nouvelle exposition. Alors que leurs liens se font plus forts, Frank commence à développer une véritable obsession pour la jeune fille. Au point de donner libre cours à une pulsion trop longtemps réfrénée - celle qui le pousse à traquer pour tuer...



On peut dire qu'on attendait ce "Maniac 2012" au tournant...et pas forcément en bien. Les aprioris négatifs ont la dent dure et le projet en comptaient un certain nombre peu négligeable : tout d'abord, l'idée d'annihiler la force même du film d'origine, dont l'intérêt résidait avant tout dans sa texture crasse et son cadre new-yorkais, liés en grande partie à une époque maintenant révolue. Vient ensuite l'annonce de remplacer feu Joe Spinnel par Elijah Wood (soit opter pour son radical opposé) et l'évincement progressif d'Aja et de son comparse Gregory Levasseur pour Frank Khalfoun, à qui l'on devait un "Deuxième sous-sol" de bien sinistre mémoire. C'est pourtant oublier qu'il n'était pas interdit ces derniers temps de se laisser surprendre par la flopée de remakes vomis inlassablement par Hollywood : en dehors du cas Aja, on citera volontiers "L'armée des morts", "Black Christmas 2006", "Halloween 2007", "Massacre à la tronçonneuse 2003", "La dernière maison sur la gauche" ou "Mother s Day 2010" ; certains d'entre eux allant jusqu'à détrôner le film original. Tous souffraient des mêmes préjugés que ce "Maniac 2012", et toutes leurs montures originales bénéficiait de cette saveur surannée, cet arrière goût dont aucun remake ne peut prétendre remplacer. Retenter, réécrire, redisposer, sauver : voilà où se trouvait leur bonne grâce. Et ce "Maniac 2012" les rejoint sans hésitation...



Le trio Aja/Levasseur/Khalfoun a vite compris que l'intérêt n'était pas dans l'imitation (tous ont conscience de l'héritage trimbalé, en témoigne quelques clins d'oeils discrets comme la reproduction de l'affiche de l'original lors d'un court plan ou l'utilisation de l'hallucinant morceau Goodbye Horses, la chanson préférée du Buffalo Bill du Silence des Agneaux) : certes nous retrouvons bien un serial killer amoureux entouré de ses scalps sanglants, qu'il fait revivre à travers des mannequins inanimés ne retrouvant chair que dans ses fantasmes interdits. Mais à la ballade crapoteuse de Lustig, encore hantée par les néons des rues malfamées, ce nouveau Maniac nous malmène en prenant à la lettre la recette du film de psycho-killer, entendre par là cette race de films préférant s'attarder sur les performances macabres de l'assassin que des mésaventures de ceux qui les traquent ; "Maniac" avait ouvert la voie vers d'autres grands films ("Schizophrenia", "Henry Portrait of a Serial Killer", "Clean Shaven" ou "Schramm") mais aussi des rejetons en tous genres. Les étrangleurs, les nécrophiles, les découpeurs, les écorcheurs, les collectionneurs : on avait tous eu, si ce n'est tout en même temps ! La nouvelle monture de Maniac n'étonne guère à l'écriture, et vise tout sur le visuel : d'où le choix de la vue subjective, prison du spectateur et prise d'otage mentale (tout comme l'était "Schizophrenia", qui plongeait sans répit dans le cerveau de son psychopathe) rappelant d'ailleurs le clip Smack my bitch Up.



Les surprises ne se situent donc plus au niveau de l'histoire, intacte, mais au niveau de son traitement sensitif : la poésie maladive et macabre du premier film, celle-là même qui traversait la superbe séquence où le Frank Zito de Lustig admirait les mannequins de femmes à la nuit tombée, est ainsi ré-apprivoisée et même amplifiée (on s'approche encore plus du Giallo), tout en recréant impitoyablement le calvaire psychologique de ce tueur désespéré. La jeunesse vibrante de Wood (qui avait déjà joué un serial-killer dément dans "Sin City"), très éloignée de la carrure imposante et sale de Spinell, louche vers le Norman Bates des villes : il est la silhouette frêle, l'ami timide, le garçon qu'on ne voit pas. Mais aussi celui que les filles approchent. Pour l'ancien interprète de Frodon, le contre emploi est salutaire.



Les traumas initiales sont creusés (tout ce qui se trouve lié à la terreur maternelle et aux mannequins), affinés, mais les couleurs, les décors, tendent ailleurs. A défaut de retrouver le NY parfum poubelle, Aja et ses camarades plongent dans le centre dévasté et bigarré de L.A, atmosphère de cauchemar magique qui planait déjà parfois sur Drive. L.A, le diamant noir ici sublimé comme l'était, non pas le NY de Lustig, mais le NY d'Argento dans Inferno, où la grosse pomme s'apparentait à un tableau hanté en mouvement constant. Maniac s'approprie à nouveau cette âme urbaine à double tranchant, où l'on peut massacrer de jolie danseuses dans un parking miteux, au dessous de buildings luxueux et étincelants. De même que pour Argento, l'idée est de s'appuyer sur la stylisation de l'innommable, d'en tirer de préférence une substance baroque (l'incroyable utilisation de l'Ave Maria de Schubert lors d'une dérangeante scène d'intrusion) : le travail du compositeur Rob, planant, électrique et lyrique, épate à tous les niveaux. Quant au travail de KNB, il parachève cette boucherie en retrouvant la sauvagerie gerbante des maquillages de l'original : les sensations y sont même décuplés (ça fait mal !), en particulier lors de la démente scène de torture câline d'une quinca qui connaîtra les joies du scalp à vif. Qui aurait cru que ce Maniac jouirait aussi bien de la beauté du mal ?









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