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Réalisation
John Carpenter

Scénariste
John Carpenter, Dan O'Bannon

Date de sortie
1974

Genre
science-fiction

Tagline


Cast
Brian Narelle
Cal Cuniholm
Dre Pahich
Dan O’Bannon


Pays
Etats-Unis

Production


Musique
John Carpenter

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 3.2
(7 votes)
Doolittle, Boiler, Talby et Pinback sont quatre astronautes en voyage dans l’espace depuis vingt ans à bord de l'Etoile Noire. Feu le commandant Powell est stocké à l'état congelé dans les coursives souterraines de la navette aérospatiale, où il est consulté lors de certaines situations critiques. La principale mission de cet équipage est de détruire des planètes lointaines instables dans un but de colonisation interstellaire. Quasi sans contact avec la Terre pour cause de distance (les messages étant transmis avec dix ans de retard), nos protagonistes trompent leur ennui comme ils le peuvent entre : s’occuper de l’extraterrestre pris à bord comme mascotte, les mauvaises blagues de certains, quelques confessions via un écran ou des discussions improductives. Mais un jour, une avarie importante se produit…



Initialement, Dark Star ou Dark Star - L'étoile noire est une comédie de science-fiction écrite, réalisée et produite par John Carpenter sur un scénario coécrit avec Dan O'Bannon (qui scénarisera plus tard le célèbre "Alien") d’une durée de quarante-cinq minutes. Mais John Carpenter, alors en dernière année d'études, trouva un distributeur qui accepta de lui fournir soixante-mille dollars, une fois son diplôme obtenu, afin d'en faire un long-métrage. C’est donc un film de potes fait maison dont il s’agit là. D’ailleurs Dan O'Bannon interprète le personnage de Pinback et Carpenter a écrit la musique, ce qui deviendra par la suite sa marque de fabrique. Le script cosigné par les deux compères précités se veut comme un « En attendant Godot » dans l’espace. Rappelons pour les incultes que ce roman phare de Samuel Beckett relate l’histoire de deux vagabonds se retrouvant dans un non-lieu à la tombée de la nuit pour attendre Godot, un homme symbolisant l’espoir du changement, mais qui ne viendra jamais. En l'attendant, les deux amis vont tenter de trouver des occupations, pour que le temps passe. Et c’est exactement ce qui se produit ici ! Nos protagonistes au look de surfeurs barbus aux cheveux longs qu’on devine lecteurs de MAD Magazine s’ennuient dans l’espace en attendant on ne sait quoi. Alors ils s’occupent comme ils peuvent : Doolittle fantasme sur le surf, allant même jusqu'à façonner lui-même une cabine de fortune de bronzage à partir de pièces de vaisseau, tandis que Boiler s'est isolé dans le dôme d’observation afin de regarder une ceinture de météores mythique. Et puis, il y a le discret Talby, qui passe son temps à se chamailler avec Pinback, le personnage joué par O'Bannon et véritable ressort comique du film à qui il arrive toute une série de mésaventures. Ce protagoniste ne fait que se plaindre en radotant sévère. Il n’arrête pas de clamer qu’il est tombé dans ce vaisseau par hasard, car il n'est pas astronaute à l'origine. Comme personne ne semble l’écouter, il se confesse à un écran vidéo et se repasse les bandes en boucle : il est devenu son émission de télévision personnelle en se donnant le premier rôle. Comme si cela ne suffisait pas, ce looser de première a apporté un alien à bord, non pas par curiosité scientifique ou afin d'établir une connexion intergalactique mais juste pour que l'équipage ait une mascotte ! Maintenant il se plaint quand il doit le nourrir ! La bestiole, lui fera d’ailleurs payer en le rendant complètement chèvre lors d’une séquence d’anthologie. Mais ce n’est pas tout concernant notre amuseur spatial patenté ! En effet, il va pendant vingt minutes environ se retrouver bloqué dans un ascenseur et tenter d'en sortir par tous moyens tout en étant confronté à des situations de plus en plus cocasses : il manque tout d’abord de tomber, l’ascenseur d’une voix mélodieuse lui propose d’écouter un morceau de musique classique très connu et enfin il doit évacuer la cage de l’élévateur sous peine d’exploser car il a actionné un bouton recommandé par la voix ! Grandiose !



Vous l’aurez compris, Dark Star est un véritable OVNI cinématographique emprunt de moments très drôles mais il est aussi très singulier dans son genre. D’une part à cause de son côté décalé, ses personnages burlesques, ses situations invraisemblables mais d’autre part, grâce à son côté kitsch assumé pour cause de budget serré. Il faut voir les maquettes de vaisseaux en plastique censés naviguer dans l'espace mais aussi l’aspect de l’extraterrestre pris à bord et ressemblant à une sorte de gros ballon de plage doté de pieds aux couleurs que ne renieraient pas les "Killer klowns from outer space", un vrai régal pour les mirettes ! Cependant, il ne faudrait pas vraiment prendre ce film pour une véritable comédie car la dimension tragique monte crescendo et culmine d'ailleurs à la fin du métrage de façon cynique. On en veut pour preuve notamment la scène de la bombe qui ne cesse de rentrer et sortir de son socle, car elle ne sait s’il elle doit exploser ou non. Cela nous vaudra d’ailleurs des dialogues philosophiques très croustillants avec Doolittle, qui tente de détourner son attention pour sauver le vaisseau ! Extrait :
DOOLITTLE : « Comment pouvez-vous savoir que vous existez ? »
LA BOMBE : « Intuition ».
DOOLITTLE: « Vous ne pouvez pas baser tout sur l'intuition ».
LA BOMBE: « Je pense, donc je suis ».
Cet échange verbal est un vrai délice pour tout Cartésien qui se respecte !


Pourtant Dark Star n’est pas qu’un déroulement de situations rocambolesques mâtinées d’humour plus ou moins noir, non ce serait par trop réducteur de le définir ainsi. De par les thèmes qu’il aborde, Dark Star pourrait être un creuset de vues de l’esprit, ce qui ne serait pas étonnant venant de la part d’étudiants en dernière année encore chargés à ras bord d’anarchisme. Bien qu'ils ne reçoivent que des demandes ponctuelles de la Terre, nos quatre astronautes n'ont pas de figure d'autorité de référence depuis que le commandant du navire a été tué dans un accident bizarre. Mais il continue d'exister dans un état de congélation intense et est toujours disponible pour consultation. Ainsi, ils se comportent comme des enfants qui cherchent les conseils d'un parent en communiquant avec la conscience de l’homme mort. Il y a alors un parallèle évident avec la guerre du Vietnam. Ici, la présence d'armes destructrices utilisées par de jeunes idiots sans qu’ils soient supervisés par une puissance supérieure fait étrangement écho au comportement de soldats juvéniles qui se sont peut-être servis sans en connaître forcément les risques, non seulement de bombes qui détruisent la Terre, mais aussi de fusils d’assaut qu'ils ont traités comme des jouets, un peu comme nos quatre farfelus avec leurs lasers et leur explosifs éradiquant les planètes. Si l’on poussait encore plus loin l’analyse, Dark Star pourrait également nous interpeller quant aux risques pouvant être générés par les ordinateurs ou toute autre intelligence artificielle nous dépassant, mais aussi par rapport aux risques psychologiques résultant de l’isolement et de la routine voire également nous questionner sur l’existence ou non de toute forme de vie extraterrestre…



Dark Star c’est de plus, un conglomérat de références de tout ce qui se faisait de mieux à l’époque en termes de science-fiction. En effet, l'idée de cryogéniser les morts (ici le commandant Powell) et être capable de parler à leur conscience grâce à un dispositif électronique est inspirée par des nouvelles et romans de Philip K. Dick, dans des œuvres comme « Ce que disent les morts » (1964) ou « Ubik » (1969). De même que la bombe désobéissante ainsi que les voix d’hôtesse de l’ordinateur et celle de l’ascenseur renvoient directement au « Hal 9000 » de "2001 l’odyssée de l’espace", chef-d’œuvre de Kubrick de 1968. Toutefois, contrairement à l’ordinateur du père Stanley, Carpenter et plus spécialement O'Bannon ciblent plus la satire (l’affiche proclamait d’ailleurs le sous-titre « the spaced-out spaceship» autrement dit « le vaisseau spatial planant complètement »), ici les outils de l'homme ne se transformant pas en éradicateurs conscients : ils oppriment les êtres humains frêles par leur simple existence. Pour Kubrick, l'espace est le destin de l'homme. O'Bannon le considère quant à lui comme quelque chose de trop insondable pour l'être humain et envoie ses hommes détruire les astres. Dark Star inspirera aussi des œuvres futures. La séquence avec l’extraterrestre au look de ballon est souvent considérée comme une répétition à petit budget de "Alien". Comme chez Ridley Scott, on y voit : de longs couloirs, une créature se cachant dans l'obscurité, des difficultés à mal évaluer la dangerosité de la bête...

Comme souvent chez Carpenter, la musique joue un grand rôle dans la bonne tenue du métrage. Elle stimule ici notre représentation du vide intersidéral dans lequel les protagonistes sont plongés avec son silence prolongé presque caverneux qui caractérise l’espace infini. Elle sait se montrer aussi angoissante que drôle (voir la séquence avec l’extraterrestre et celle de l’ascenseur) et démontre déjà le savoir-faire d’un futur grand artisan du cinéma de genre. Mais il faut attendre la fin pour l’apothéose. Le rythme de la partition jouée sonne alors gaiement à nos oreilles pour agrémenter la conclusion d'un éclat de rire général, l’extrait choisi étant une farce en soi…

Malgré tout cela, Dark Star se voit plombé par des effets techniques aujourd’hui risibles pouvant néanmoins avoir un certain charme et aussi par un casting vraiment léger, les quatre astronautes n’étant pas interprétés par de vrais acteurs mais plutôt par une bande de potes d’hippies ressemblant avec leurs grosses barbes à des troglodytes ! Comme vous le savez désormais, l'équipe a cependant fait ce qu'elle a pu avec les maigres moyens mis à sa disposition.



Au final, Dark Star de John Carpenter, conçu de A à Z par un groupe d'étudiants avec beaucoup d'imagination et de débrouillardise, débouche sur une promenade dans l'espace pleine de petits délires et de clins d’œil référentiels au charme désuet mais communicatif. Ici, l'humour qu’il soit potache (voir les scènes avec l’extraterrestre) ou bien teinté de cynisme (la scène de la bombe récalcitrante, par exemple) côtoie la folie à travers un huis clos situé dans une fusée spatiale, mais aussi l'angoisse (cf. la scène de l'ascenseur). Dommage alors que le premier film de Big John soit handicapé par des effets spéciaux sans budget qui font souvent sourire avec des acteurs non professionnels qui semblent tout droit sortir du troquet du coin ! Reste l’originalité du scénario pour une amusante parodie des films de science-fiction qui en inspirera bien d’autres. Pour ma part, Dark Star demeure tout de même un incontournable du genre SF qui ne pourra pourtant pas séduire le premier venu. Toutefois, il serait dommage de se passer de cette « petite perle » cinématographique à l’univers si insolite.