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Dans le Edimbourg du 19ème siècle, le docteur MacFarlane fait appel aux services du voleur de cadavres Gray pour obtenir des corps à disséquer, en vue d’approfondir ses connaissances anatomiques. Mais alors que la surveillance autour des cimetières s’intensifie, Gray doit trouver une nouvelle façon de fournir des cadavres, tandis que MacFarlane doit s’occuper du cas d’une jeune fillette, dont l’opération très compliquée nécessite des connaissances pointues...



Après avoir officié comme monteur, notamment sur "Citizen Kane", Robert Wise se tourne vers la réalisation lorsqu’il dut remplacer, en 1944, Gunther von Fritsch, jugé trop lent, sur "La Malédiction des hommes chats". Après "Mademoiselle Fifi", adapté de Maupassant, Wise va réaliser son 3ème film, dans une très longue série qui comportera notamment "Le Jour où la Terre s’arrêta", "La Maison du diable", "Star Trek : le film", ou dans le domaine non-horrifique les chefs-d’oeuvre "West Side Story" ou "La Mélodie du bonheur". "Le Récupérateur de cadavre" est inspiré de la nouvelle "The Body Snatcher" de Robert Louis Stevenson, dont l’histoire sera réadaptée pour le film par le producteur Val Lewton, sous le pseudonyme de Carlos Keith. La nouvelle de Stevenson serait tirée d’une histoire vraie, connue sous le nom de meurtres de West Port, affaire durant laquelle Burke et Hare assassinaient des personnes pour en revendre les cadavres au Dr. Knox. L’histoire est d’ailleurs évoquée à plusieurs reprises dans le film, et inspirera également "L’impasse aux violences" ou "Le Docteur et les assassins".



L’attraction principale du film pour les amateurs de fantastique, en plus du nom de Wise, vient de la présence de deux noms mythiques du cinéma d’horreur : Boris Karloff, dont le nom restera éternellement attaché à la créature de "Frankenstein", et Bela Lugosi, l’homme sous la cape de "Dracula", à côté de dizaines d’autres rôles. Si, imposé par la RKO qui désirait réunir les deux monstres sacrés dans le même film, ce dernier est plutôt en retrait dans le rôle d’un serviteur du Dr. MacFarlane, Boris Karloff crève littéralement l’écran dans le rôle de Gray, mettant son physique particulier au service d’une magnifique interprétation, et non son interprétation au service de son physique comme dans les frankenstein par exemple. Il fait ainsi parfaitement ressentir la noirceur de son personnage, même quand celui-ci se montre poli ou attentionné, un personnage excellant dans le domaine de la manipulation, obtenant habilement ce qu'il souhaite de ceux qu'il côtoie. Mais si ce personnage se montre particulièrement malfaisant, les personnages présentés comme respectables ont également leur part d'ombre, et vont sombrer également dans une noirceur certaine.



Ainsi le Dr. MacFarlane, interprété par Henry Daniell, n'apparaît pas comme sympathique mais plutôt comme un chirurgien renommé, sûr de son fait et inflexible, plus intéressé par le résultat que par le rapport humain. Une froideur et une rigueur scientifiques assez classiques finalement qui, si elles rendent le personnage plutôt antipathique, ne le présentent pas comme malfaisant. Pourtant, on s'aperçoit qu'il va rapidement se laisser entraîner par Gray, n'ayant que peu de scrupules vis-à-vis de la provenance des cadavres que ce dernier lui fournit, et réussissant à justifier ces actions peu honorables par une volonté de faire progresser la science. Un progrès qu’il est alors difficile de condamner totalement, d’autant qu’il permet de sauver des vies. Et c’est sur ce point que "Le Récupérateur de cadavres" semble encore aujourd’hui parfaitement d’actualité, en posant la question de l’éthique médicale et en s’abstenant d’apporter tout jugement ou toute réponse, laissant au spectateur le soin d’y réfléchir. Un réflexion rendue difficile par le refus total du film de sombrer dans le manichéisme, aucun personnage n’étant ni tout blanc, ni tout noir. Ainsi, le nouvel assistant du Dr. MacFarlane va-t-il rapidement abandonner ses idéaux et traverser à son tour la frontière dans l’espoir de sauver une fillette. Une noble cause donc, mais qui, alors que les cimetières sont de plus en plus surveillés, obligera Gray à s’approvisionner différemment et à tuer.



Si le film ne verse jamais dans l’horreur, l’ambiance qui émane des rues d’Edimbourg est particulièrement macabre. Le noir et blanc donne un côté gothique à ces rues désertes et faiblement éclairées, où l’on devine qu’il ne fait pas bon s’éterniser lorsque la nuit tombe. Wise nous offre quelques sublimes plans, dont on retiendra notamment la scène du meurtre, les derniers instant du film et surtout la magnifique confrontation entre Bela Lugosi et Boris Karloff.

Injustement méconnu, sans doute un peu oublié parmi les filmographies conséquentes de ses principaux participants, "Le Récupérateur de cadavres" est pourtant une vraie réussite à tous les niveaux : la réalisation soignée de Wise, l’interprétation hallucinante de Boris Karloff et un sujet de réflexion étonnamment moderne. A découvrir d’urgence si ce n’est pas encore fait !