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Réalisation
Aldo Lado

Scénariste
Aldo Lado

Date de sortie
1971

Genre
giallo

Tagline


Cast
Ingrid Thulin
Jean Sorel
Mario Adorf
Barbara Bach
Fabijan Sovagovic
José Quaglio


Pays
Italie

Production


Musique
Ennio Morricone

Effets spéciaux



Votre note: -
Moyenne: 4.7
(3 votes)
Nous sommes à Prague, en pleine ère communiste. Là, le journaliste américain Gregory Moore se réveille dans un parc dans un état catatonique. Il est ainsi incapable de bouger ou de parler, mais commence à se rappeler des événements bizarres qui l’ont conduit à son état actuel. Grâce à ses souvenirs, nous apprenons que sa petite amie tchèque Mira Svoboda a disparu mystérieusement et que Moore s’est alors lancé, à l’aide de son ami Jacques, dans une enquête qui la emmené jusqu’à une association privée (le « Klub 99 »). Cette dernière semble être un club de musique, mais se révèle être une couverture pour quelque chose de bien plus obscur. Pendant ce temps, le corps de Moore ne montre aucun signe de rigidité cadavérique, mais les médecins ont présumé qu'il était mort et lui ont programmé une autopsie ! Peut-il se souvenir de tout avant qu'il ne soit trop tard ?



Présenté comme un giallo alors qu’il se rapproche plutôt du film policier car une enquête y est menée tambour battant et que les meurtres baroques perpétrés à l’arme blanche par un sadique ganté de noir sont absents du film, Je suis vivant s’apparente ainsi à un polar haletant à la photographie soignée et au casting de rêve. Jugez plutôt : on retrouve Jean Sorel ("Perversion story") acteur français de cinéma d'auteur vu chez Visconti ou encore Buñuel, ici dans le rôle Gregory Moore, Mario Adorf, une gueule du cinéma transalpin jouant dans "La lame infernale" ou encore "L’oiseau au plumage de cristal" interprétant Jacques l’ami du journaliste, Ingrid Thulin, la muse du grand Ingmar Bergman (aperçue aussi dans "La cage" de Pierre Granier-Deferre ou encore "Salon Kitty" de Tinto Brass) incarnant Jessica, une journaliste qui aide Gregory dans son enquête et enfin la magnifique Barbara Bach, ex madame Ringo Starr à la ville et jouant dans des classiques comme "Le continent des hommes poissons" ou bien "Le dieu alligator", endossant ici l’identité de Mira Svoboda, la petite amie enlevée du héros. Autant vous dire tout de suite qu’ils jouent tous très bien et que Lado, quatre ans avant "La bête tue de sang froid", a eu énormément de chance pour un premier film de réunir autant de vedettes ! Pistonné le gars ou quoi !?



Mais ce n’est pas tout puisqu’aux manettes du score, on ne trouve ni plus ni moins que monsieur Ennio Morricone en personne ! Ce dernier produit ici une partition parfaitement sobre qui tisse organiquement son chemin à travers l'histoire et hante le spectateur pendant très longtemps. En plus de tout cela, la mise en scène est magistrale avec notamment les séquences de flashbacks hypnotiques lors desquelles Lado prouve qu’il est bien plus qu’un simple réunisseur de talents. En effet, il y a dans son métrage plusieurs moments mémorables par leur beauté, exaltés par l'architecture d’une Prague magnifique, notamment dans le quartier de Malastrana, un des titres originaux du film. De fait, le jeune réalisateur italien semble plus influencé par le surréalisme d’un Buñuel que par le côté baroque de Bava et consorts. Cela confère ainsi au film une atmosphère étrange et oppressante : le héros voit des événements défiler devant ses yeux alors qu'il tente de se souvenir à tout prix, sa mémoire étant finalement la seule chose le raccrochant à la vie, lui qui ne peut plus bouger. Ce climax étouffant suscite en nous une inquiétude incroyable qui se déroule jusqu'à ce que les derniers moments du film (que l’on devine pourtant) se produisent mais la tension est presque insupportable. Et même si la fin est définitive, il n'y a pas de compromis, juste une conclusion arrivant comme une sorte de soulagement. A ce sujet, plusieurs scènes étranges laissaient présager un destin sombre pour Mira et Gregory : la balade des deux amoureux dans le cimetière, une fille hippie bizarrement catatonique, une saynète étrange où un scientifique démontre que les tomates peuvent ressentir de la douleur en en écrasant une particulièrement sensible dans sa main, l’apparition d’un cul-de-jatte dans un parc et une scène d'orgie, rendant évidemment hommage au "Rosemary's baby" de Polanski, pour le moins effrayante.



Plutôt qu'un traditionnel giallo, nous avons affaire ici à un thriller esthétique doublé d’un discours politique. Effectivement, comment ne pas voir dans celui-ci une lutte de pouvoirs, entre les américains et les communises, finalement incapables de communiquer. Qui l’emportera en définitive ? Le tout avec une ambiance oppressante très kafkaïenne, justement accentuée par Prague, ville où a vécu Kafka !



Giallo agréablement différent de tout ce que l’on a pu voir avant, Je suis vivant offre ainsi un scénario solide et des compositions d’acteurs impeccables, le tout étant magnifié par une splendide photographie et une bande-son composée par le « patron » en la matière. Lado se permet en plus d’apporter un fond politique à son entreprise, dénotant vraiment des autres gialli de son époque. C’est pour tout cela que son long-métrage s’inscrit plus dans la veine des films du grand Hitchcock que du cinéma de « ses frères aînés » dont Argento et Bava restent les maîtres incontestés. Toutefois, parce qu’il se singularise de tout ce qui a pu se faire avant, d’aucuns pourraient ne pas rentrer dans le film et passer complètement à côté des enjeux du scénario. Ne leur reste alors que les belles Prague et Barbara Bach et ce n’est déjà pas si mal !