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Dans l’attente d'être guillotiné, le Baron Frankenstein reçoit dans sa cellule la visite d'un prêtre. Pour se confesser ? Pas vraiment, mais il le supplie, néanmoins d’écouter sa terrible histoire et les raisons qui l’on amené au pied de l’échafaud. Flash back donc. On retrouve un Victor qui, grandissant, va une à une briser toutes les barrières menant à son héritage. Ceci afin de disposer d’une immense fortune et de mener à bien ses recherches. Recherches qui vont l’amener à tenter de recréer la vie elle-même à partir de morceaux de corps humains récupérés ici ou là.



La sortie de « Frankeinstein s’est échappé » en 1957 fut un coup de tonnerre dans le petit monde du cinéma fantastique. Par sa brutale rupture avec ce qui se faisait alors, la société de production Hammer s’imposera pendant une bonne dizaine d’années comme LA référence en matière d’horreur cinématographique et deviendra même une référence de la contre-culture dans les années 60.
Jusqu’à cette date, l’horreur sur grand écran ne se concevait qu’en noir et blanc ( notable exception, «House of Wax » d’André de Toth sorti en 1953) . La surprise, l’effroi, la terreur du spectateur d’alors a dû atteindre des sommets que l’on a bien du mal à concevoir plus d’un demi-siècle après.
Le sang, enfin, apparaissait dans toute sa texture, dans sa prime couleur, rouge vif et gluant, sans détour, sans afféterie, sans autocensure, mettant en avant une des peurs primordiales de l’homme : la perte de son fluide vital.
Sans tomber dans l’emphase, on peut dire qu’après cela plus rien ne sera comme avant et peu de films ou d’oeuvres peuvent se vanter d’avoir apporté une telle pierre à un édifice.



« The curse of Frankenstein » c’est aussi l’irruption de deux géniaux comédiens, complémentaires dans leurs physiques et leurs jeux : Peter Cushing et Christopher Lee, soit LE couple du fantastique le plus mythique.
C’est également et peut-être surtout l’émergence d’un des plus grands réalisateurs du Fantastique, à savoir le grand Terence Fisher. A plus de 50 ans il entame ici une seconde carrière, qui avec une remarquable constance dans l’inspiration et dans le renouvellement des mythes le verra tutoyer les sommets de son métier. Ses deux Dracula et surtout ses 5 Frankenstein sont la marque d’un auteur avec un grand A.
Restaurant, rénovant et même anoblissant le genre et les mythes poussiéreux à force d’avilissements serviles de l’Hollywood des 40’s et 50’s.

Au-delà de la transgression que représente «l’esthétisation du sang» qu’apporte la couleur, que reste t’il de ce long-métrage plus de 50 ans après ?
Et bien, un bon, voire un très bon film dont le seul «défaut» n’en est finalement pas un, à savoir celui de ne plus procurer le même impact émotionnel en terme de frayeurs pures.... oui, les années sont passées. Mais pour le reste, pardon !



La mise en scène est d’une sobriété exemplaire, toute en retenue dans le seul but de porter l’histoire et non pas de faire oeuvre de virtuosité inutile. Le montage donne du rythme, les décors de Bernard Robinson sont de toute beauté, quant à la photographie de Jack Asher elle est sublime tout simplement. Un vrai travail d’équipe, équipe qui donnera à la Hammer ses meilleurs films.

Sans grand temps morts, les personnages nous sont présentés en quelques minutes avant que le film ne bascule vers son histoire proprement dite, à savoir les expériences du docteur Frankenstein.
Au travers d’un scénario de Jimmy Sangster (autre grand nom de la firme britannique) fort éloigné du livre de Mary Shelley (tout en en gardant l’esprit) mais aussi du Frankenstein de la "Universal", le film donne une place prépondérante au savant par rapport à sa créature
Peter Cushing se chargeant de lui donner corps dans un rôle qu’il reprendra à moult reprises.

Le baron Frankenstein met la recherche scientifique au-dessus de toute autre considération, quelle soit morale, éthique ou religieuse. Seul compte le but final qui est de recréer la vie en laboratoire. Un être totalement amoral qui ne se laissera pas entraver ni par son mentor, ni par les préjugés de la société, ni par une quelconque forme de compassion.
Ce qui en fait une oeuvre fortement transgressive surtout pour l’époque, d’autant plus que l’érotisme (certes encore bien diffus) qu’apporte le personnage joué par Hazel Court et son décolleté vertigineux était,alors, loin d’être monnaie courante.



Premier pas pour Fisher dans sa réévaluation d’un mythe de la littérature fantastique. Toutes ses thématiques et sa manière de voir l’Homme sont déjà en place dans son premier film d’horreur : la nature du mal, la thématique du double «bon/méchant», le savant démiurge, l’hypocrisie de la société Victorienne renvoyant évidemment à la notre, un humour noir très second degré, le sang comme métaphore de la vie et de la mort, un certain cynisme.

Un classique indémodable et qui de plus semble n’être qu’une belle esquisse de sa suite directe, l’impitoyable et remarquable «Le retour de Frankenstein».