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Scott Carey ne comprend pas ce qui lui arrive. Il a beau se peser et se mesurer régulièrement ces derniers jours, ce dernier a la nette impression qu’il maigrit et rapetisse. Une impression qui va se retrouver confirmée par son médecin qui n’en croit pas ses yeux. Après plusieurs batteries de tests et autres radios en tous genres, il semblerait que Scott Carey subisse les conséquences négatives d’un mystérieux brouillard radioactif auquel il avait été soudainement exposé lors d’une virée en mer avec sa compagne. Alors que ce dernier est à présent aussi grand qu’un capuchon de stylo, il va par malchance se retrouver enfermé dans la cave de sa maison. Un endroit sinistre et désert dans lequel Scott Carey va devoir rapidement trouver à manger mais surtout se trouver un abri car le sous-sol est également habité par une araignée, elle-même en recherche de nourriture…



Deux ans après son très bon « tarantula », Jack Arnold revient avec un nouveau film fantastique en 1957 intitulé « l’homme qui rétrécit » (« the incredible shrinking man »). Imaginée en 1956 par un certain Richard Matheson, à qui l’on doit entre autres l’œuvre littéraire « je suis une légende » (mais aussi les scénarios pour le cinéma de « duel » de Steven Spielberg et autres « la chute de la maison Usher » et « les dents de la mer 3 » sans oublier des scénarios pour les séries « star trek » et « la quatrième dimension »), l’histoire de « l’homme qui rétrécit » fait partie de ces histoires que l’on n’oublie pas, comme en témoigne l’impact du film encore aujourd’hui sur les spectateurs.
Et pour cause, le thème du rapetissement de l’être humain n’est pas chose commune dans le Septième Art (on peut penser notamment à « chérie, j’ai rétréci les gosses » de Joe Johnston et ses suites, à « la femme qui rétrécit » de Joel Schumacher ou encore à « Alice au pays des merveilles » des studios Disney…), et ce peu de concurrence permet sans peine au film de Jack Arnold de se hisser dans le haut du panier, tout en haut même.

Mais le succès de ce film, souvent qualifié de chef d’œuvre du cinéma fantastique, n’est pas uniquement dû à ce manque de concurrence évidente pour le sujet abordé. Au contraire, le film de Jack Arnold possède bien des qualités qui en font une œuvre à part, un long-métrage remarquable par bien des aspects, à commencer par son scénario.
Véritable aventure pleine de péripéties et sans réel temps mort, on suit notre pauvre homme plongé dans un monde qu’il connait parfaitement mais pas à cette échelle! Et là est toute l’ingéniosité du scénario imaginé par Richard Matheson : plutôt que de nous envoyer dans une forêt sauvage, sur une autre planète ou encore dans un manoir hanté, nous sommes confrontés à un monde qui n’est autre que le notre, mais vu de bien plus bas. Qui pourrait imaginer que ce monde, dans lequel nous vivons pourtant paisiblement, pourrait devenir un véritable cauchemar si nous faisons, par je ne sais quelle magie, quelques millimètres de hauteur seulement? Un monde où la moindre miette de gâteau suffirait à nourrir un être humain pour une semaine, où la moindre boite d’allumettes servirait d’abri pour dormir… mais également où la moindre fuite d’eau, la moindre araignée de maison ou encore la moindre tapette à souris pourraient s’avérer des menaces pour sa propre vie. Un concept très original qui ne manquera pas de confronter notre héros à de nombreux obstacles pourtant si anodins (pour ne pas dire inexistants) à notre échelle. De quoi nous faire passer un agréable moment plein de péripéties et de surprises en tous genres!



N’oublions pas également qu’une fois de plus, à l’image de « tarantula » du même réalisateur, le film de Jack Arnold revient sur le thème de la radioactivité.
Alors en pleine Guerre Froide, la population mondiale demeure septique, voire soupçonneuse, au sujet de la radioactivité et du nucléaire pour lesquels elle ne connait pas parfaitement les conséquences potentiellement négatives pour l’être humain. Sortent alors à ce moment ce que l’on appellera plus tard les « atomic monsters », des animaux aux formes gigantesques, issus du nucléaire et autres formes de radioactivité, dans certains films du cinéma fantastique tels que « them ! », « tarantula » et bien-entendu « Godzilla ». Même si ce nouveau film de Jack Arnold imagine des effets inverses de la radioactivité (rapetissement au lieu de grossissement) « l’homme qui rétrécit » pose également cette question sur les conséquences néfastes pour l’être humain de ces armements modernes utilisés lors de la Seconde Guerre Mondiale (les deux bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki plus particulièrement). Une potentielle menace pour l’Homme que même la Médecine ne peut éviter, dépassée par les évènements comme en témoigne le médecin-radiologue qui ne parvient pas à expliquer la cause possible de ce phénomène, ni même à en trouver un remède efficace.
La radioactivité, clairement montrée du doigt dans « l’homme qui rétrécit », est d’autant plus mal vue ici qu’elle est capable de transformer un être humain en une véritable bête de foire, comme le montre ce passage où nous sont dévoilés les « monstres » d’un cirque itinérant (à la manière d’un « freaks – la monstrueuse parade » ou d’un « elephant man ») vers qui Scott Carey va se tourner, rassuré en quelque sorte de trouver quelqu’un lui ressemblant.



Scott Carey, parlons-en justement! Interprété par Grant Williams, ce personnage est intéressant à bien des niveaux. Mais le plus remarquable chez Scott Carey est son changement de comportement au fil de son aventure extraordinaire. Fier, quelque peu moqueur et dragueur au début du film, ce dernier va progressivement changer de caractère, devenant plus hargneux, plus facilement susceptible voire même irrespectueux envers sa compagne. Une perte totale de self-control qui va rapidement couper Scott Carey du monde des êtres humains, préférant s’isoler (notamment échapper à tous ces journalistes qui envahissent son jardin) plutôt que de continuer à dialoguer avec des gens dont il semble envier la non-exposition à ce brouillard radioactif. D’autant plus que notre homme rapetisse à une vitesse telle que toute communication n’est plus envisageable avec ses semblables de toute façon.

Devenu fragilisé, diminué, Scott Carey va cependant devoir prendre son courage à deux mains et se ressaisir rapidement pour ne pas succomber, tiraillé par la faim, ou pire finir dans l’estomac d’une araignée! Arrive alors un nouveau Scott Carey, cet homme dont nous avions fait la connaissance au début du film, fier et sûr de lui. Armé d’un clou et des idées plein la tête, le voilà près à en découdre avec cet environnement des plus hostiles!



A la manière d’un « tarantula », Jack Arnold va de nouveau faire appel à des superpositions d’images et de séquences pour créer l’illusion. Et là encore le résultat est remarquable, même aujourd’hui! Bien mieux réussi techniquement que son film cité ci-avant, « l’homme qui rétrécit » propose des scènes bluffantes montrant Scott confronté à un chat dans un premier temps puis à une araignée (« encore » dirons-nous après avoir vu « tarantula »). Les deux scènes de l’araignée sont d’ailleurs terrifiantes et fonctionneront à merveille sur les arachnophobes et pas seulement!
De même, les quelques scènes montrant notre Scott Carey rétréci auprès de sa femme (ayant quant à elle garder sa taille normale) sont fort bien conçues.

Les trucages ne se voient que si l’on n’y fait bien attention et, personnellement, quand on est pris dans l’ambiance et le dynamisme du film, on ne s’en aperçoit pas. Une belle réussite.

Alors certes, certains regretteront peut-être une fin un brin philosophique et une durée de film un peu trop courte (d’autant plus qu’un nombre incalculable d’idées auraient pu encore germer avec un tel scénario) mais quoiqu’il en soit nous sommes encore ici devant un grand classique du cinéma fantastique des années 50. Palpitant, original et terrifiant par moments, « l’homme qui rétrécit » est un film à voir assurément!


Disponible en Dvd zone 2 dans la collection "Universal Classics" à 9,99 euros. VF + VOSTF