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Préférant fuir le monde qui l'entoure, Marie s'abandonne corps et âme à l'athlétisme jusqu'à l'épuisement. Sujette à un malaise, elle est relaxée pour plusieurs semaines pour mieux se ressourcer : c'est à ce moment là qu'elle rencontre Bobby, un tireur à l'arc athlétique et beau garçon. L'entente sexuelle et sentimentale est satisfaisante, ce qui pousse la jeune fille à s'installer chez son nouveau compagnon, à Rive Gauche. Là, des phénomènes étranges vont se produire...



Sans se définir proprement dans un seul genre, Pieter Van Hees aligne courts sur courts voilà presque quinze ans. Parmi le plus fameux, on garde en souvenir le barré Black XXX-Mas qui reprenait le mythe du chaperon rouge dans des élans urbano-trash hérités du studio Troma. Ses débuts sur grand écran conservent eux aussi cet aspect "touche à tout" : ainsi, Left Bank ouvre, selon son auteur, une trilogie sur l'amour et la souffrance ; les deux autres titres étant Dirty Mind et The waste land.

Heureuse chance pour nous, Left bank préfère quant à lui jouer la carte de l'horreur trouble et du fantastique atmosphérique : reste à savoir si l'Hexagone verra le film distribué en son sein, bien que spectateurs de l'Etrange Festival eurent l'opportunité de le découvrir.
Si Left Bank n'est pas le choc que fut "morse" (pour rester dans le fantastique européen) voici quelques mois, il n'en est pas moins un objet curieux et furieux, relativement en retrait de la production hystérique des écrans américains (ça c'est la Europa'touch me direz vous). En voilà un qui prend son temps, ose, et se pose.

Là où le film de Hees manque quelque part de sang neuf, c'est sans doute dans son intrigue, certes incroyable, mais empruntant énormément à la fameuse trilogie des appartements maudits de Polanski (composée, rappelons le de Répulsion, Rosemary's baby et "Le locataire") : le décor urbain et oppressant, la peur de l'autre, la dégradation physique, la menace lattente, le complot tapi, la paranoiä... Pas de mauvaises références en soient ceci dit.
Mais passé cela, Left Bank sait également comment nous surprendre. Jeune fille solitaire ni belle ni laide, Marie oublie la vacuité de son quotidien (elle vit encore chez ses parents et ne semble avoir aucun amis) en courant à perdre haleine : en stoppant net sa carrière d'athlète à la suite de malaises fréquents, puis d'une écorchure au genou, elle va s'enliser aussi bien dans une liaison fougeuse, que dans un mal être inattendu. Hees évacue la romance à l'eau de rose pour mettre l'accent sur un réalisme quasi-nauséeux et une crudité sexuelle pressante. Le fantastique lui, s'installe, sournois et maladif, petit à petit...

Tout comme chez Polanski, ce malaise transmissible se déploie par petites touches, par des mystères obsédants, des indices menaçants : les habitants de l'immeuble où vient de s'installer Marie semblent cacher quelque chose, et la cave de l'édifice renferme visiblement un curieux secret. Suspens éprouvé et breveté, le classique "secret derrière la porte" fonctionne alors totalement. Mauvaises ondes, passé chargé, société secrète, occultisme, disparition : rien de particulièrement rassurant.

Les vacillements de l'âme et les troubles incongrues se traduisent par des effets de styles amplement empruntés à David Lynch (la seconde référence avouée de Hees) : mais il n'est pas interdit de penser fortement (voire même davantage) à Lars Von Triers, dans l'angoisse proprement "charnelle" qu'ils dégagent et dans l'aspect purement européen de l'ensemble : "Antichrist" n'est peut-être pas si loin après tout...
Hees pose un regard à la fois fragile et inquiet sur l'héroïne, qui au fil des coïts sulfureux et des malaises, voit sa santé prendre un tournant à la fois salvateur et préoccupant : il suffit de voir cette simple plaie au genoux se changer en blessure purulente et pileuse (!!) pour que le cinéma de Cronenberg soit convoqué, et surtout celui de Marina De Van, plus jeune certes, mais porté avant tout sur le corps féminin ; corps féminin ici tour à tour esclave du plaisir, matière dégénérescente et menace polymorphe.
Ce que l'héroïne (et par là même le spectateur) attend, elle l'aura en pleine figure : passé une scène de carnage assez impromptue, on se retrouve parachuté en plein songe Füsslien, et on se noie dans un paganisme poisseux et cauchemardesque. voilant en réalité un romantisme tordu et surréaliste à souhait. A la fois vaguement soulageantes, intrigantes, glauques et symboliques, les dernières images hantent longtemps après la vision du film. Un gage de qualité à ne pas sous-estimer...









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