RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 4.5
(6 votes)
"Rated R for sadistic torture and sexual abuse, nudity, language and strong sexual dialogue - all involving children." (NdR : "Classé interdit au moins de 17 ans pour acte de barbarie et abus sexuel, nudité, vulgarité et dialogue à forte teneur sexuelle – le tout impliquant des enfants."). Une classification pour une fois justifiée. Ames sensibles et esprits impressionnables, passez votre chemin. Après la mort de leur parent, Meg et Suzanne Loughlin, deux jeunes filles, sont recueillies par leur tante Ruth. La femme élève ses enfants seule, et ne voit pas d'un très bon œil l'arrivée des deux jeunes filles. La maison de Ruth est le refuge de tous les gamins du quartier. Ils y viennent pour boire de la bière, discuter et écouter les histoires de "Tante Ruth". Elle leur expliquera que la plupart des femmes d'aujourd'hui (l'action se situe durant l'été 1958) sont des salopes. La jeune Suzanne, à peine âgée de 10 ans, ne comprend pas les propos de sa tante. Ruth lui expliquera donc qu'une salope, c'est une femme qui écarte les jambes pour obtenir ce qu'elle veut des hommes, "n'est-ce pas Meg ?". Un jour où Meg est de sortie, la jeune fille va dénoncer sa tante à un agent de police. Elle lui explique que Ruth la bat, elle et sa sœur. Bien sûr, cela ne fera qu'empirer la situation. Ruth confiera alors la jeune fille à ses fils et leurs amis, pour la soumettre au "Jeu". L'affiche du film annonce : "dans cette ville, le meurtre est devenu le jeu du voisinage."



Le second long métrage de Gregory Wilson est une adaptation du livre "The Girl Next Door" de Jack Ketchum. Sur la couverture du livre est écrit "... un authentique choc... une longue plongée en enfer, style banlieue. The Girl Next Door ne décevra pas. – Stephen King". Je n'irais pas jusqu'à dire qu'une citation signée Stephen King est un gage de qualité, mais son nom est largement moins galvaudé que celui d'un certain Tarantino.

Le film de Gregory Wilson commence ainsi : petite intro, titre en lettre blanche sur fond noir, puis retour de l'image. Et là, au milieu de l'écran apparaît en lettre d'un blanc épais, "Based on a true story".
Contrairement à un métrage comme "Hostel", les faits réels sur lesquels se base le métrage, sont véritablement palpables. La mise en scène de Gregory Wilson fait preuve d'ingéniosité et de recherche, là où Eli Roth pensait rendre son film plus réaliste en optant pour une mise en scène minimaliste et une image crue. Bien que distillant une violence largement moins graphique qu' "Hostel", le choc provoqué par la vision de The Girl Next Door est bien plus conséquent.

Grégory Wilson ancre son film à notre époque. Un cinquantenaire ayant réussi sa vie, voit un clochard se faire renverser sous ses yeux. Il se précipite pour le réanimer. Cela éveille de vieux souvenirs en lui, des squelettes jamais vraiment enterrés. "Vous voulez savoir ce que c'est que la douleur ? Parlez à ma seconde femme. Quand elle avait 19 ans, elle s'est retrouvée dans une ruelle où quelques chats de gouttières se battaient. L'un d'entre eux l'a escaladée comme un arbre, lui griffant les jambes, le ventre, les seins [...]. Elle a eu 30 points de suture et une fièvre qui a duré des jours. "Ca c'est la douleur" vous dira ma seconde femme. Elle n'y connaît que dalle cette femme." [Flashback].
Ce cinquantenaire, amère et désabusé, c'est David Moran, témoins des atrocités perpétrées sur la jeune Meg lorsqu'il était enfant.

La première chose qui frappe dans la mise en scène est la différence entre l'univers New Yorkais du XXIème siècle et celui d'une petite bourgade américaine à la fin des années 50. New York est gris, tout en travelings et en lents mouvements alors que les années 50 sont fastes, colorées et empruntes de l'énergie de la jeunesse. Le travail sur la colorimétrie du film est parfaitement maîtrisé, à aucun moment il n'apparaît artificiel ou injustifié.
L'étalonnage des années 50 flirte tout d'abord avec le pastel, les couleurs délavées. Puis au fur et à mesure que l'histoire se développe, les couleurs fanent, laissant place à une dominance de gris. Ces couleurs, ce sont les jeux et l'innocence de l'enfance chassés par la barbarie.
Cette partie du métrage se déroulant pendant les fifties est bien plus qu'un simple flashback. Elle est la mémoire de David : les couleurs ont légèrement passé, mais tout est gravé. Définitivement.
Par instants, l'image semble toute droit sortie d'une autre époque. Comme si la bande elle-même avait souffert du temps, mémoire imprimée sur celluloïd. Le choc est tel que rien ne peu l'effacer, pas même l'écoulement des années. Au contraire, avec les années le traumatisme s'est transformé en amertume, en dégoût.


Comme le dit David adulte, "C'était les années 50, une période d'étranges répressions, de secrets, un temps où même les coupables avaient l'air tellement innocents..."

The Girl Next Door est donc très fortement mélancolique. David adulte véhicule noirceur, désespoir et désillusions. Sa voix grave, désabusée et suffocante, ouvre et clos le métrage, comme un étau enserrant le cœur du spectateur.

The Girl Next Door est un métrage difficile à digérer. La puissance de ses propos, en fait une œuvre choc qui devrait laisser une cicatrice dans l'histoire du cinéma.
Pour autant, Gregory Wilson, n'a pas opté pour une réalisation complaisante. Ici beaucoup de l'action se déroule hors champs. C'est l'expression des protagonistes, leurs sentiments et ressentiments que capte le réalisateur et non pas la chair malmenée. Car finalement, la chair au cinéma n'est qu'une enveloppe éphémère, une matière négligeable. Les sentiments eux, frappent le spectateur et s'infiltrent en lui pour le tourmenter.

L'impact est d'autant plus grand que la matière première utilisée pour ce métrage, est un fait réel. Probablement l'un des plus sordides qu'il soit, puisqu'il s'agit là de l'affaire la plus retentissante jamais jugée par un tribunal d'Indiana (U.S.A.). Cinq personnes furent poursuivies pour meurtre. Seulement une d'entre elles était majeure. La plus jeune n'avait pas encore 13 ans lors des faits. D'autres mineurs ont été appréhendés concernant les même faits, mais aux motifs de "coups et blessures".

Bien évidemment, l'actualité donne une lecture toute particulière à The Girl Next Door. Plus que jamais, les faits traités trouvent leur écho dans des affaires récentes.

A l'époque la partie civile avait établi un raisonnement qui reflète l'horreur et le choc entraîné par l'affaire. "La question ici est [...] l'ordre et la loi. Allons-nous autoriser de tels actes ? Allons-nous autoriser une telle brutalité sur un être humain ? Si vous allez en deçà de la peine de mort dans la présente affaire, vous amoindrirez la valeur de la vie humaine, d'autant pour chaque défendeur".

Débattre de ce raisonnement n'aurait aucun sens en ces lignes. Cependant, il faudra garder à l'esprit que The Girl Next Door n'est pas une reconstitution de cette affaire, mais bien une adaptation. Et une des plus réussies. Ce qui était loin d'être gagné d'avance, puisque la majorité des interprètes sont des mineurs. Or jouer de tels rôles demande un immense talent. Ce que chacun des comédiens a su démontrer avec brio, donnant à The Girl Next Door une infecte crédibilité, une authenticité sur laquelle on préférerait fermer les yeux.

Si l'horreur est humaine, le génie aussi comme le prouve chacune des personnes ayant participé à l'accomplissement de ce chef d'œuvre.








Du même réalisateur :

GHOUL