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De temps à autre, un petit film indépendant duquel on n'attendait pas grand chose, enfonce le clou bien profondément. C'est le cas de Eat me: a zombie musical qui a su parler à mon coeur de spectateur. Eat me... retrace le parcours d'un groupe d'individus passablement perdus. A la tête du groupe, un étrange personnage frisé arborant de magnifiques tops moulants en dessous desquels apparaissent des soutiens-gorge bourrés de papier journal. Cet homme étrange parcourt la route du septième cercle de l'enfer au volant de son van. Régulièrement il renverse quelqu'un, qui se joindra à eux pour prendre part au voyage. Ce cercle là est réservé à ceux qui ont commis des actes de violence envers l'art. Là, ils sont condamnés à errer vers une rave partie où la mort les attend, déguisée en Sandwich au fromage. Sur leur chemin, les condamnés croiseront Jésus, Satan et ses femelles, le Petit Chaperon Rouge (qui a bien grandi, et est devenu adulte), Hitler, Bush, Buddha, et un groupe de scientologues. Comme deux grains de folie valent mieux qu'un, le tout est proposé sous forme de comédie musicale. Bienvenu dans l'amibe [1] !



Si les premières minutes du film sont assez repoussantes, ce serait une erreur de s'y arrêter ! Ainsi, la faute à un budget avoisinant le néant, de nombreux défauts sautent aux yeux dès l'ouverture de Eat me.... Rassurez-vous, ils seront bien vite oubliés.
Qui dit absence de sous, dit absence de matériel digne de ce nom. L'image porte donc tous les stigmates du format vidéo numérique soit une image crue et pas particulièrement aguichante. Pour ne rien améliorer, l'éclairage apporté à bon nombre de scènes semble exclusivement naturel ce qui accroit le côté brutal / cru, du format vidéo.
Malgré tout, les voix des protagonistes (et la musique !) sont parfaitement mixées et audibles. Et c'est une chose suffisament rare pour être soulignée, tout particulièrement dans le milieu des no budget indépendant. La tendance est bien plus souvent au son pourri ou au doublage infâme et mal mixé (une bonne prise de son a un prix, et demande un minimum de soin). Si Eat me... pique un peu les yeux par endroits, il n'en veut pas à vos tympans... ou alors seulement en connaissance de cause.
Or la musique revêt une grande importance au sein du film d'Amoeba puisqu'il s'agit d'une comédie musicale. Ou tout au moins, Eat me... nous est-il proposé comme tel. En réalité il ressemble plus à une expérience cinémusicale, qu'à une comédie musicale per se. Exit Broadway, "West side story" et autres "Moulin Rouge". Ici, les morceaux interviennent comme un pavé dans la soupe, et contribuent au délire nonsensique dans lequel oeuvre l'amibe. Les protagonistes ne chanteront donc pas leurs sentiments à tue tête, et n'useront de lyrisme poussif que pour commenter le passage d'un oiseau dans le ciel. A la place, ils interprèteront des titres ayant un lien plus ou moins ténu avec la situation.

Les titres en question, sont foutrement gratinés. Les groupes responsables de la bande originale du film officient dans un rockabilly (voire un rock à billy) dérivant parfois vers le métal. Lorsque l'action s'interrompt pour laisser place à la musique, la première référence cinématographique qui s'impose est "Six String Samurai". Les courants musicaux évoqués sont passablement proches (excepté pour les incartades métalleuses de Eat me...), et leur mode d'intervention au sein de l'histoire est similaire. La comparaison s'arrête là, car "Six-String Samurai" oeuvre dans le post apocalyptique (même au niveau des chansons interprétées par les Red Elvises). Eat me... quant à lui, enfonce ses petits doigts un peu partout où il peut, pour chatouiller le spectateur. C'est principalement The Falsies qui vous tripotera les cages à miel, mais seront aussi présents à l'appel Thum, ThisMeanYou, Devon Sproule... Tous sont ici réunis pour vous emmener dans une dimension musicale parallèle. Pour cela, ils empliront vos esgourdes de titres tels que "Asian Panties, Ten Ton Cheese", "Satan is a Good Lay" ou encore "Are you Sexually available?"

L'atmosphère musicale du film penche vers le surréalisme. Les compositions se tiennent au bord d'un gouffre plongeant tout droit vers la quatrième dimension. Evidemment, les images vont de paire avec la musique. Les protagonistes interprètent donc les titres évoqués, avec force mimes et personnages secondaires pour le moins étranges. C'est ainsi que l'on verra un troupeau de succubes accompagnées du Petit Chaperon Rouge bondir dans une clairière où un poulet géant au pelage jaune, joue de la batterie. Si si, ils ont osé. A vrai dire, ils ont tout osé ! Tant et si bien, que du haut de son petit budget, Amoeba a accompli de grandes choses. Par instants, on se croirait presque dans "American Beauty" tant la musique fait corps avec l'image. Cela créé un sentiment de paix fort bienvenu, puisque l'instant d'après le rythme effreiné reprend !

Tout à fait étrangement, malgré un budget plus que misérable impliquant des choix artistiques minimalistes, l'équipe de l'Amibe réussit un sacré tour de force. Eat me... s'avère être en fait une véritable montagne russe, ça monte, ça descend, et ça retourne la tête dans tous les sens. On se retrouve secoué comme un vibromasseur enroué, et la sensation est grisante (et en plus ça ne rend pas sourd).
Le voyage initiatique des protagonistes de Eat me... affecte directement le spectateur, qui est ponctuellement pris à parti par un groupe de scientologistes. Dès qu'ils apparaissent, une sublime mélopée vous enveloppe, et chacun des membres de la secte pose une question en regardant la caméra droit dans l'oeil (à noter, l'un des scientologue est aussi un trekky). Evidemment, le résultat du test est systématiquement "vous êtes à deux doigts de vous suicider". Immédiatement après, les pérégrinations reprennent, amenant toujours vers de nouvelles rencontres, chacune amenant un nouveau concept / une nouvelle folie.
Difficile donc d'occulter l'analogie avec Alice Au Pays des Merveilles avec, dans le rôle du Chapelier Fou, un Jésus assoiffé, qui traine sa croix sur le bord de la route. Cependant, Lewis Caroll n'a pas le monopole du voyage initiatique et l'amibe entraine le spectacteur de l'autre côté du miroir avec un talent certain. Eat me... ne recule devant rien pour fissurer le miroir, et va jusqu'à utiliser des images d'archives de manière ponctuelle.

Arrivé au bout de Eat me..., toute la mise en scène nous explose à la figure, et les zombies débarquent enfin. Il fallait bien que le titre "Eat me: a zombie musical" se justifie à un moment ou à un autre. C'est donc le final qui arbore une belle pelleté de zombies, pendant que la musique se fait plus métal (rappellant un peu les Lunachicks, présents sur beaucoup de B.O. Troma).
Et voilà. C'est la fin de Eat me..., qui au regard de l'aspect "patchwork expérimental" du film, aura le bon goût de ne pas plaire à tout le monde. Pas de démagogie chez l'amibe, mais une violente sortie de route, fort loin des sentiers battus. C'est en prenant le risque d'offrir au public une production trop unique pour être regardable, que Amoeba réussit à tirer son épingle du lot.

Je ne puis que vous conseiller (si vous êtes anglophone, car encore une fois, cette petite gâterie est réservée à un public parlant la langue de Shakespeare) de jeter un oeil sur Eat me.... Parce que qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Eat me... reste une expérience à part. Pour cette raison là, restons à l'affut des oeuvres de l'amibe. C'est fort prometteur.

[1] le film est une création "Amoeba Films". Amoeba se traduit donc par amibe.








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