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Réalisation
Kuei Chih-Hung

Scénariste
Kuei Chih-Hung, Szeto On

Date de sortie
1981

Genre
necrophilie

Tagline


Cast
Tien Ni
Wong Yung
Yu Tsui Ling
Lau Siu-Kwan


Pays
Hong Kong

Production


Musique
Eddie Wang

Effets spéciaux



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Moyenne: 2
(1 vote)
La Shaw Brothers livre avec Corpse Mania, un titre fort alléchant mais qui au final est un brin décevant. Allez, ce n’est pas la mer à boire, Shaw must go on ! Corpse Mania (NDLR : cadavro-mania) raconte l’histoire de Li, un homme qui les aime raides et froides. Li se fait pincer en plein acte nécrophile, alors qu’il a déjà passé les préliminaires depuis longtemps. Quant à son amante, elle est toute asticotée. Le mécréant est jeté en asile psychiatrique. Apparemment Li recueillait des jeunes femmes mourantes, passait un accord avec elles et les pénétrait une fois mortes. Peu de temps après, des jeunes femmes sont assassinées puis violées (si si, dans cet ordre là !). Le serial nécrophile semble s’intéresser de près aux filles de joie du bordel de Madame Lan. C’est cette maison de tolérance que Li fréquentait. Voilà une étrange coïncidence qui met la puce à l’oreille de la police. Un voyage d’un peu moins d’une heure et demie avec l’un des plus prestigieux studios de cinéma autre hong-kongais, ça vous tente ?



C’est là probablement l’un des premiers méfaits des frères Shaw sur lequel je pose mes yeux. Je n’ai pas honte, et j’avouerais même que ça m’a brûlé les yeux. Voilà un pur produit d’exploitation Hong Kongaise, dégrossi à la machette. Si vous recherchez de la finesse, des printemps enchanteurs et des princesses à la longue toison : c’est râté ! Il est même inquiétant que vous recherchiez ce genre de choses sur un site appelé Horreur.com. Peut-être devriez vous consulter (un psy, un oculiste, ou un proctologue, c’est à vous de voir).

En parlant d’oculiste, l’un des premiers defauts à sauter aux yeux, est l’absence relative de netteté sur nombre de plans. En langage technique, cela donnerait "Maurice, t’as pas le point, là !". Toutefois, il serait flou de se priver d’une telle œuvre, sous prétexte qu’elle n’est pas très nette.

Après tout, ce que l’on cherche devant un Shaw Brothers, ce n’est pas la finesse et la lenteur d’un Wong Kar-Wai. Si vous voulez voir deux amants tourner autour d’un arbre, ce ne sera pas ici. Si vous aimez Tarantino mais que vous avez horreur du cinéma d’exploitation, alors vous n’êtes toujours pas à la bonne adresse, mais en sus, vous êtes un âne. En effet, Tarantino a tout pompé aux Shaw Brothers (et à d’autres) et ne s’en cache pas. C'est d'ailleurs là l'origine de son goût pour "l'Outrancier". Alors si vous préférez le goût de l’original plutôt que celui du pré-maché, entrez donc. N’essuyez pas vos pied, c’est déjà tout crotté.

Soyons clairs, Corpse Mania ne brille pas par ses folles extravagances sanguinolentes. Il y a certes quelques effets dégoulinants, mais pas de quoi fouetter un poney sauvage. Malgré le propos du film, tout ce que vous verrez de la nécrophilie se limite à quelques cadavres pourrissant proprement, mais recouverts d’asticots. Par extension donc, si certains d’entre vous fantasment sur les corps de femmes nues recouverts d’invertébrés grouillants, alors voici de quoi satisfaire vos désirs.

A part cela, le film est assez léger en matière de violence graphique. Le paroxysme étant atteint par un faciès écrabouillé qui fini collé au foulard. Toutefois, tout l’intérêt de cette production Shaw Brothers réside dans son aspect grotesque d’un autre temps. Et les effets spéciaux de maquillage contribuent à cela. C’est ainsi que le meurtrier poignardant sa victime (elle est hors champ, lui en plan serré) sera aspergé d’une quantité de sang effroyable ; comme si quelqu’un lui jetait un seau de sang au visage, ce qui est sûrement la cas. J’en passe et des (pas nécessairement) meilleurs. Le scénario en lui-même ainsi que les dialogues qui le parsèment, sont tout simplement surréalistes. Un agent de police ira jusqu’à dire : "Le meurtrier portait une écharpe blanche, des lunettes de soleil, un long manteau et un couteau. Li correspond au signalement". Fichtre. Voilà une preuve concluante de sa culpabilité, d’autant que le signalement a été fourni par un homme dont l’état d’ivresse avoisine le degré d’imprégnation d’une éponge plongée dans une cuve d’alcool à 90°.
Une chose est sûr les Shaw Brothers n’ont pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit d’incohérence ou d’aberration.

Après une scène d'exposition où l'on découvre que l'action se déroule dans une ville en papier mâché et carton pâte, bienvenu au bordel de Mme Lan. Pour vous présenter les lieux, un magnifique plan séquence en caméra épaule vous illuminera les mirettes. Voilà de quoi donner un cachet "reportage de télévision locale" inoubliable. Qu'importe, c'est passablement drôle, et suffisament mal fichu pour être risible sans couler définitivement le film.
Ce sera à partir de ce bordel que seront amenés les principaux personnages et les composantes de l'intrigue. Il semblerait que le réalisateur, le scénariste et par extension les spectateurs finissent par s'y perdre. Il faut dire que les frères Shaw n'ont pas vraiment été au bout des choses sur le montage de Corpse Mania. A de nombreux endroits il manque un fondu enchaîné pour signifier une ellipse. Cela provoque une anarchie dans la trame chronologique du métrage ; difficile de repérer au premier coup d'œil à quel moment se situe l'action.

En sus, certaines actions sont tellement confuses, qu'une voix off intervient ponctuellement dans le film pour remettre les pendules à l'heure et expliquer ce qu'il se passe. Une méthode éculée pour pallier le manque de clarté d'un scénario fumiste et d'une mise en scène fourre-tout.
A propos de fourrer, une scène étonnante présente le livreur de liqueur tombant de son vélo. Face à lui, un mur de brique avec un petit trou. Le livreur enlève quelques brique supplémentaire, et se glisse dans l'interstice. Après quelques couloirs, il réussit à poser son œil lubrique sur Li en train de prendre son pied et celui d'une jeune femme qui pour sa part ne prendra plus grand chose si ce n'est la poussière.
Revenons à nos moutons, voulez vous ?

Afin de s'assurer de ne pas vous avoir fait perdre votre temps, Kuei Chih-Hung parsème son film d'indices sonores d'une finesse... comment exprimer ce concept ? Imaginez un troupeau de rhinocéros en rut tentant de faire une numéro de claquettes dans un magasin de bibelots en porcelaine de Chine. Vous aurez alors une idée assez précise de la délicatesse de ces indices sonores en question. Pas besoin de regarder l'image pour savoir qui est cet étrange personnage au loin, ni ce qu'il s'apprête à faire. Lorsque l'un des protagonistes révèle ou découvre quelque chose, l'indice sonore en question (en général un "TADA!") est doublé d'un magnifique travelling avant sur son visage. L'idée est d'intensifier l'effet dramatique. Concrètement cela vous dilatera la rate, à défaut d'autre chose.

Restons donc dans les considérations auditives et abordons du bout des tympans les bruitages sidérants qui parsèment Corpse Mania. La banque d'effets devait être réduite à peau de chagrin, puisque les mêmes sons reviennent encore et encore. Ils sont d'autant plus facilement identifiables qu'ils sont peu crédibles. Ca sent la casserole frappée et le bruit de bouche dans une caisse de résonance en carton.

Pourtant, ne vous y trompez pas, tout ces "défauts" sont en fait autant de qualités, et participent à l'atmosphère inimitable des productions Shaw Brothers. Et encore, celui-là n'est parait-il qu'une bobine tiède du réalisateur qui se serait surpassé dans un "Killer Snakes" de toute beauté. Alors rendez-vous bientôt avec les serpents !









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