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Né bossu, Gotho est le bouc émissaire d’un petit village bavarois. Il traîne régulièrement dans l’hôpital de la région, car fou amoureux d’une jeune et belle patiente, desesperement seule sur son lit d’hôpital…et bientôt lit de mort. Bouleversé par la mort de sa bien-aimée et révolté par le mépris qu’entretiennent les employés de la morgue vis-à-vis du corps de la défunte, Gotho fait un carnage et subtilise le corps de la jeune femme. Il trouve refuge dans des catacombes situées en dessous de l’hôpital, mais attire bientôt la convoitise d’un médecin particulièrement louche…



Paul Naschy quitte un peu le costume du poilu Waldemar Daninsky pour ce très fameux Bossu de la morgue, pièce maîtresse de l’âge d’or du cinéma d’horreur espagnol.
Icône inévitable de cette glorieuse période, Naschy avait déjà endossé à l’époque le costume d’une momie puis celui du Comte Dracula, et avait croisé moult zombies et vampires…et même Jack l’éventreur !

Si Le bossu de la morgue semble être au départ le scénario le plus "original" de Jacinto Molina (le "vrai nom" de Paul Naschy), du moins à l’époque, il compile en fait plusieurs histoires déjà existantes : Le bossu de Notre-Dame bien évidemment, mais aussi l’éternelle récit du récupérateur de cadavres, qui donnera, outre le film de Wise, un Hammer particulièrement glauque (L’impasse aux violences) et l’un des derniers films de Freddie Francis (Le docteur et les assassins). Le principe n’y change pas d’un iota : des personnalités peu fréquentables pillent des sépultures pour livrer les corps à un docteur aux pratiques peu orthodoxes, et finissent par recourir au meurtre pour se procurer plus rapidement les dits cadavres.



Avec ses écarts graphiques et son ambiance cracra empreinte d’un certain romantisme, Le bossu de la morgue n’est pas non plus sans rappeler les Frankenstein de la Hammer ; exception faite qu’ici, l’on suit les agissements de l’assistant ingrat et difforme, plutôt que ceux du créateur ou de la créature.

Après un générique ringard à souhait tout à fait hors de propos, et une scène de beuverie longuette, le spectateur est rapidement conforté au cœur du sujet : un panoramique sur un hôpital surpris par l’orage et plongé dans des ténèbres sans fin et un Gotho hargneux s’empressant de découper en morceaux le corps de son rival dans une morgue que l’on devine glaciale.

Lapidé par les enfants, insulté par les infirmiers et les beaux parleurs du coin, Gotho est un bossu qui, tel le Francesco de "blue holocaust" a choisi de garder auprès de lui la seule lumière de sa triste vie – une jolie malade - quitte à négliger son passage dans le monde des défunts !

Dommage qu’une crypte insalubre ne soit pas le meilleur endroit pour une si macabre amourette : objets de tortures divers, cercueils ouverts, meutes de rats affamés, terre battue et murs moisis, et ce cadavre qui ne cesse de pourrir. Le Frankenstein du coin, le Docteur Orla, se met alors en tête de manipuler le pauvre homme pour qu’il puisse être fournit en cadavres frais, se lançant dans l’élaboration d’un monstre fou furieux avide de chair fraîche !



Sous son apparence vulnérable et pathétique, Gotho est pourtant loin d’être aussi innocent que son cousin Quasimodo : la haine qu’il récolte à tous les coins de rues en ayant fait un personnage souvent impulsif, aux tendances meurtrières ; et lorsque l’on touche à sa bien-aimée, mieux vaut ne pas être dans les parages…

L’histoire d’amour entre le bossu et la malade, ainsi que de nombreuses quelques scènes blablateuses à souhait - tranchant volontairement avec les scènes d’horreur – sont partagées entre ennui et naïveté…et parfois poésie, comme cette scène où Gotho s’en va cueillir des fleurs pour sa défunte favorite dans un château en ruines.

Ce qui plaît avant tout dans le film de Javier Aguirre, c’est le croisement entre un film d’horreur gothique de la belle époque (remember Universal et Hammer) et d’un cinéma d’exploitation plus sordide, plus libre, plus déviant, avec ce que cela comporte de débordements visuels et de gratuités.
Ainsi, bien qu’il soit assez repoussant, Gotho aura le privilège de coucher avec une flamboyante doctoresse (la scène de sexe entre les deux protagonistes, pourtant tournée, est apparemment perdue aujourd’hui) et on nous gratifie d’une brève mais rigolote scène de sado-masochisme entre deux patientes pas très nettes. Mais c’est surtout les fameux scènes gores qui surprennent alors : tranchage de main et de têtes, visage rongé par l’acide, utilisation peu délicate d’une vierge de fer, éventration à la hache…Gotho ne fait pas les choses à moitié !



La rumeur veut que les scènes de découpages de cadavres dans la morgue soient…réelles ! Et vu le réalisme des ces séquences (on en compte deux), impossible de savoir s’il s’agit d’une info ou d’une intox. Drôlement déplacé…et malsain. Cependant, les rats grillés par Naschy, eux, l’on vraiment été et le résultat à l’écran ne ment pas : pas classe du tout. Des anecdotes nauséeuses et moribondes qui, au fond, ne font qu’amplifier un peu plus le caractère culte et lugubre de l’œuvre…âmes sensibles s’abstenir donc.

A ces images furieusement mortifères, on se réjouira également de l’intervention d’un craignos monster ( !) en fin de bobine, achevant de faire ce Bossu de la morgue un très beau morceau de cinéma bisseux.


Disponible en DVD chez ARTUS FILMS






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