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Après avoir découvert une main fossilisée, des scientifiques décident de faire des recherches en plein cœur de l’Amazonie, à l’endroit même où a été trouvé ce qui semble être un membre supérieur d’une espèce mi-terrestre mi-aquatique. Ne parvenant pas à mettre la main sur le restant du squelette, ils vont alors explorer un petit lagon situé non loin de là, pensant que le reste du fossile a été emporté par les eaux. Très vite, notre petite équipe de scientifiques va être confrontée à un monstre mi-homme mi-poisson vivant dans ce lagon…



Fort du succès de son précédent film "le météore de la nuit", Jack Arnold se voit confier dès l’année suivante un nouveau film de genre par les Studios Universal : "l’étrange créature du lac noir" ("creature from the black lagoon"). Un an avant son terrifiant "tarantula" (1955) et trois ans avant son chef d’œuvre "l’homme qui rétrécit" (1957), ce réalisateur de génie va donc s’atteler à un projet qui deviendra au fil des années l’un des grands classiques des Studios Universal et des films de monstres de manière générale, au même titre que "Frankenstein" (1931), "la momie" (1932) ou encore "le loup-garou" (1941).

"L’étrange créature du lac noir" est le premier film subaquatique en 3D qui fut présenté au public, une technologie à laquelle Jack Arnold s’était déjà frotté auparavant, un critère non négligeable pour Universal (d’autant plus que le réalisateur américain avait déjà sur son CV "le météore de la nuit").
Près de vingt ans avant "les dents de la mer" ("jaws", 1975) de Steven Spielberg, Jack Arnold nous faisait déjà frissonner à la simple idée d’aller se baigner et inspirera de nombreux réalisateurs ayant œuvré dans la catégorie des monster movies (on pense notamment à la saga des "alien") mais également de nombreux génies du milieu des effets spéciaux et autres maquillages grâce à son monstre fort bien modélisé (un travail minutieux fut opéré sur les costumes et autres accessoires indispensables pour rendre la créature la plus réaliste possible).

Même si le film connut deux suites, "la revanche de la créature" ("revenge of the creature", 1955) et "la créature est parmi nous" ("the creature walks among us", 1956), aucune de ces dernières ne fit de l’ombre à ce classique des années 50 sur lequel nous allons revenir rapidement aujourd’hui.



A première vue, le scénario de "l’étrange créature du lac noir" est tout ce qu’il a de plus commun. Une histoire assez typique de ce que l’on peut voir dans de nombreux films de monstres, à savoir une intrigue basée sur un mystère (des disparitions, des attaques) qui engendrera ensuite une chasse au monstre responsable de ces morts en série. Autre chose vue et revue, on retrouve également dans la galerie des personnages un héros courageux et loyal aux prises avec le (vrai) méchant scientifique prétentieux, arrogant et ne cherchant qu’à accroître le volume de ses comptes en banque (qui connaitra, comme on pouvait s’y attendre, un destin à sa hauteur). Bref rien de transcendant et d’original apparemment…
Et pourtant, le scénario écrit par Harry Essex et Arthur Ross est loin d’être si simpliste. Intelligent dans sa narration pour l’époque (les nombreux propos scientifiques sur la génétique, l’évolution des espèces et autre sélection naturelle darwinesque en sont la preuve), visionnaire par moments (notamment pour tout ce qui touche l’environnement et le développement durable, aspect sur lequel nous reviendrons quelques lignes plus bas), le film de Jack Arnold pose de nombreuses réflexions au public des années 50 (voire même encore aux spectateurs contemporains que nous sommes).

Le traitement qui a été opéré sur le fameux monstre du lac noir est la preuve même que le film se veut bien plus original que la plupart des longs-métrages mettant en scène de redoutables créatures avides de chair fraîche, aujourd’hui encore.
En effet, bien que la créature du lac noir demeure un monstre à part entière, ce dernier ne se comporte pas comme toutes ces bêtes vues et revues au cinéma. Ici, notre créature mi-homme mi-poisson semble vouloir non pas attaquer par simple plaisir ou par nécessité (manger) mais plutôt pour préserver son territoire, son écosystème, de l’arrivée de l’Homme et de la pollution humaine qu’elle engendre : cigarettes jetées à l’eau, produits chimiques pour l’appâter, bateaux polluants… C’est en agressant l’environnement (le fameux lagon), en venant empiéter sur son territoire et en la chassant que l’on pousse la créature à se défendre, à riposter.

Un monstre qui d’ailleurs va presque s’attirer la sympathie du spectateur par moments car derrière cette horrible apparence semble se cacher un être ayant des sentiments, manifestant des émotions proches de l’humain. Car oui, notre créature du lac noir semble éprise de la belle jeune femme accompagnant notre équipe de scientifiques et nous gratifie alors même de petites séquences flirtant avec le romantisme et l’émotionnel, chose assez peu commune il faut le reconnaître ("la fiancée de Frankenstein", "la Belle et la Bête"…). En témoigne notamment cette scène mythique dans laquelle notre monstre aquatique nage en-dessous de la jeune femme, imite presque ses mouvements sous l’eau : une sorte de parade nuptiale comme on peut en voir chez les animaux qui nous montre dès lors que la créature n’est pas une simple bête sanguinaire agressant quiconque passe à sa portée.



L’ambiance et l’atmosphère qui se dégagent du film de Jack Arnold contribuent également pour beaucoup au succès de ce dernier. Ne présentant presqu’aucun temps mort dans sa narration, "l’étrange créature du lac noir" vous fera parfois frissonner, notamment lors des séquences filmées sous l’eau ou à proximité des berges (les endroits où notre monstre aquatique peut surgir brusquement). Les séquences subaquatiques sont d’ailleurs de toute beauté et rivalisent même avec celles parfois présentées dans des films contemporains. Et que dire du cadre glauque à souhait : un lagon sinistre, des eaux calmes (trop calmes…), sans oublier cette sensation d’être quelque peu isolés sur ce bateau facilement accessible à notre créature mi-homme mi-poissons ayant la capacité de se déplacer aussi bien sur terre que dans l’eau.

Mais que serait "l’étrange créature du lac noir" sans sa bande originale? A la manière d’un "jaws", la musique et notamment le thème principal obsédant joué à la trompette (peu mélodieux mais très prenant) et marquant l’arrivée de notre créature (cette dernière n’apparait pas sans la musique qui va avec) font partie intégrante de l’ambiance du film et contribuent indéniablement au rythme fort bien maintenu de l’œuvre de Jack Arnold (les scènes sans dialogue et autres effets sonores sont animées d’une musique douce).
Une musique théâtrale orchestrée par trois compositeurs différents ayant chacun sa spécialité (l’un œuvre plus particulièrement sur les génériques, le second sur les scènes plus romantiques tandis que le dernier est plus axé sur les séquences dites d’horreur). En découle de ce travail un sympathique mélange de musiques, de tonalités diverses et variées, s’apparentant aussi bien à du cinéma d’horreur des années 30-40-50 qu’à des westerns.



Véritable classique du cinéma de genre et plus particulièrement des monster movies, "l’étrange créature du lac noir" n’a pas fini de vous surprendre de par son histoire, son ambiance et bien-entendu sa mythique créature qui inspirera tant de professionnels du milieu. Du grand Jack Arnold une fois de plus!