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A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées. De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.



C’est fin 2001, début 2002 que Juan Carlos Medina a l’idée de faire un film sur la douleur. Ses recherches l’amènent à faire connaissance avec le syndrome de l’algoataraxie. Une curieuse maladie qui rend insensible à la douleur les personnes la contractant. On se rend vite compte des dangers d’une telle maladie chez les patients, qui peuvent grièvement se blesser sans s’en rendre compte ou blesser les autres par jeu sans savoir que leurs actes font mal. De nationalité franco-espagnole, Juan Carlos Medina veut également insérer dans son histoire des enfants (il est fan de « Requiem pour un massacre » dont l’histoire est vécue à travers les yeux d’un enfant) ainsi que la terrible période du Franquisme dans son film. Il rédige un premier scénario de 300 pages qu’il envoie à François Cognard, ex-membre du magazine Starfix et producteur de « AMER ». Cognard travaille avec Medina pour alléger le pavé de 300 pages et petit à petit, le scénario qui deviendra «Insensibles prend forme. Reste le problème du financement. La France ne pouvant assumer seule la production du film, Insensibles deviendra une coproduction franco-espagnole et portugaise. Pour son premier long métrage, le réalisateur veut apporter un soin particulier aux images de son film afin d’obtenir un rendu très cinématographique malgré un tournage avec une caméra numérique. Le résultat est plus que convaincant.



En effet, une fois le générique de fin qui se met à défiler, on se dit qu’on a assisté à une sacrée première œuvre. Visuellement, c’est franchement superbe, avec des éclairages, des décors qui rendent parfaitement l’ambiance désirée. Une ambiance tragique, sombre, cruelle, qui implique le spectateur dans le récit. Qui plus est, le scénario est à la fois intrigant et véritablement fascinant. Alors oui, Insensibles n’est pas exempt de quelques défauts, à commencer par la structure même du film : les deux époques évoquées (le présent et le passé) se télescopent sans cesse et force est de reconnaître que ce sont les séquences du passé qui l’emportent haut la main et maintiennent notre intérêt. Ce n’est pas que les scènes mettant en avant le personnage du docteur David Martel sont inintéressantes mais elles paraissent un peu fades et sans consistance par rapport aux séquences mettant en lumière l’existence de ces enfants insensibles à la douleur et leurs vies tumultueuses, effroyables et funestes, sublimées par des petits acteurs talentueux qui provoquent chez le spectateur bien des émotions. Pourtant, impossible de supprimer l’histoire se déroulant dans le présent puisqu’au fur et à mesure de l’avancée du récit, présent et passé se rejoignent, s’interpénètrent pour finir en fusion totale lors de l’ultime séquence. On ressent donc une sorte d’équilibre fragile au départ entre présent et passé mais ce déséquilibre finit par s’estomper au fur et à mesure que David Martel se rapproche de la vérité et ce qui apparaissait comme un défaut mineur trouve grâce à nos yeux car il aurait été difficile de réaliser le film autrement.



Insensibles se révèle donc être une vraie réussite sur bien des points. Je retiendrais votre attention sur le fait que le film de Juan Carlos Medina n’est ni un film fantastique, ni un film d’horreur. C’est pour moi un vrai drame de l’innocence corrompue par le monde des adultes qui aboutit à la création d’un être monstrueux mais également attendrissant de par sa quête d’émotions, doublé d'un devoir de mémoire par rapport à la tragique guerre civile espagnole. Le jeune héros qui deviendra le terrifiant Berkano à l’âge adulte est prodigieux et porte le film sur ses épaules. Tout comme l’acteur Tómas Lemarquis qui interprète ce fameux Berkano. Ce personnage adepte de la scarification risque de vous hanter longtemps après la vision du film. L’évolution de ce protagoniste principal et les séquences le mettant en avant à différentes périodes de sa vie renvoient au cinéma de Guillermo del Toro. D’ailleurs, Insensibles et son ambiance fataliste, pessimiste, sans espoir, m’a fait penser au grandiose "Le labyrinthe de Pan", dont l’univers et le contexte historique sont très proches du film de Juan Carlos Medina. On peut trouver pire comparaison. Car si l’histoire d’Insensibles est cruelle, le film n’en oublie pas d’être également poétique, troublant, voire carrément sublime lors de la scène finale qui atteint une réelle dimension dramatique et qui conclut le film en apothéose émotionnelle.



Bourré de qualités, très bien interprété, disposant d’une solide mise en scène et d’images très travaillées, Insensibles est assurément un film à découvrir et on ne pourra que féliciter le réalisateur d’avoir su si bien mener sa barque pour son premier long métrage. Les quelques faiblesses apparaitront bien superficielles par rapport à la fascination exercée par le reste du métrage. Au final, un film solide, envoutant, qui ne vous laissera pas indifférent.



Disponible en Dvd et BR chez Wild Side






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