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Au large du Japon, plusieurs bateaux disparaissent dans des circonstances semblables. Puis une île est ravagée par ce qui semble être un typhon, mais les habitants parlent d'un monstre de leurs légendes: Godzilla. La créature préhistorique, réveillée par des essais nucléaires, apparaît bientôt dans la baie de Tokyo, menaçant directement la ville sans qu'il semble possible de l'arrêter...



En 1954, Ishirô Honda, sans doute inspiré par des films de monstres tels que "King Kong" ou "Le Monstre des temps perdus", va s’associer avec le directeur des effets spéciaux Eiji Tsuburaya et créer une des figures majeures du cinéma : le monstre atomique Gojira, plus connu dans nos contrées sous le nom de Godzilla. Héros à ce jour de 28 films (29, si l’on compte le remake - "Godzilla (1998)"- de Roland Emmerich), il va devenir la figure principale d’un nouveau genre, souvent oublié voire méprisé par de nombreux fans de fantastique en France : le film de monstres géants, le kaiju eiga. Un genre qui constitue pourtant un pan très important du fantastique, avec ses codes, son univers, ses chefs d’oeuvre ("Gamera : La Revanche d’Iris" par exemple) et ses navets ("Godzilla’s revenge", pour n’en citer qu’un). Ce premier "Godzilla" appartient évidemment à la première catégorie, et va mettre en place la plupart des thèmes qui deviendront la signature du genre.



Godzilla est présenté dans ce film comme un monstre préhistorique du jurassique (on s’amusera des approximations paléontologiques) réveillé par les attaques atomiques sur Hiroshima et Nagasaki ainsi que par des essais nucléaires américains. Il est d’ailleurs à noter que cette responsabilité américaine est largement atténuée dans le montage américain du film : en effet, comme pour beaucoup de kaiju eiga qui suivront, Godzilla a été soumis à un remontage américain. Si la version chroniquée ici est le montage japonais d’origine, l’autre version, datant de 1956 et renommée "Godzilla, King of the monsters !", s’en démarque principalement par la présence de Raymond Burr dans le rôle d’un journaliste, avec pour effet de minimiser l’implication des Etats-Unis dans la naissance du monstre.

L’origine nucléaire de la créature s’inscrit évidemment dans le traumatisme causé par les attaques atomiques sur le Japon, que l’on retrouve notamment dans ces images de la capitale dévastée après la première attaque de Gojira ou à travers le Dr. Serizawa. Ce dernier va en effet créer une arme capable de détruire le monstre, l’Oxygen Destroyer, mais hésitera à en révéler l’existence de peur qu’elle ne soit utilisée à des fins néfastes : en plus de la peur du nucléaire, c’est clairement la course à l’armement qui est pointée du doigt ici, dans un contexte international marqué par le début de la Guerre Froide. Au-delà de ces craintes, on retrouve également dans le film la peur des catastrophes naturelles, même si elles seront davantage développées dans les futurs "Rodan" ou "Mothra".



Car Godzilla reste un film catastrophe (les créatures sont d’ailleurs plus perçues comme des forces de la nature que comme des êtres malfaisants), dans lequel Honda va, comme dit plus haut, créer les éléments qui deviendront récurrents dans le kaiju eiga. On retrouve ainsi les destructions de villes (Tokyo sera d’ailleurs très souvent ciblée par les monstres), illustrées par les effets spéciaux caractéristiques du genre : le monstre est interprêté par un acteur dans un lourd costume (on parle d’un poids de 91 kilos pour celui porté par Haruo Nakajima dans ce film !), et évolue au milieu de villes reproduites à l’échelle et de maquettes de véhicules, attaqué par l’armée à grands renforts d’avion, de tanks et de batteries anti-aériennes pendant que la foule s’enfuit paniquée. Si ces effets spéciaux ont évidemment vieilli, le film accusant le poids des âges, la technique s’est perfectionnée jusqu’à nos jours, donnant maintenant des résultats bluffants. Bien sûr, on pourra ici s’amuser de l’apparence un peu pataude de Godzilla, ou du camion de pompiers !

Cela n’empêche pas le Big G, comme il est affectueusement surnommé outre-Atlantique, de constituer une véritable menace tout au long du film : détruisant navires, villages puis Tokyo, il ne laisse derrière lui que le chaos, écrasant tout sur son passage et utilisant l’une de ses capacités les plus remarquables, son célèbre souffle atomique, pour s’en prendre directement aux habitants. On pense ainsi à la scène des journalistes sur la tour de Tokyo. La plupart des épisodes suivants éviteront de montrer directement les monstres attaquant les humains (avec quelques exceptions, comme ces cadavres dissous dans "Godzilla vs Hedorah"), préférant se limiter aux dommages causés aux bâtiments. Un élément qui renforce donc le sérieux de ce premier épisode.




Ce tout premier kaiju eiga offre donc un aperçu de ce que seront la plupart des futurs films du genre, et notamment la série de Godzilla, en en inventant les thèmes et éléments récurrents. Si le film a forcément vieilli, il n’en demeure pas moins l’un des plus réussis de sa catégorie, grâce à un sérieux constant, une ambiance particulièrement sombre par moments, un sous-texte très fort, sans oublier l’excellente bande sonore signée Akira Ifukube (même si le thème principal est parfois un peu trop présent). Bref, Godzilla est tout simplement un monument du cinéma fantastique.