RDV SUR FACEBOOK



CONNEXION



Votre note: -
Moyenne: 3.7
(7 votes)
Un écrivain sur le déclin arrive dans une bourgade pour promouvoir un livre sur la sorcellerie. Il se fait entraîner par une certaine V dans un monde fantasmagorique ou réalité et rêves vont se mélanger. Il découvre un nouveau sujet qui lui permettrait de changer son thème de prédilection : un meurtre commis il y a de cela des années, et qui est lié en partie à sa propre vie...



Véritable OFNI (objet filmique non identifié) dans le paysage cinématographique contemporain, Twixt est l'occasion pour Francis Ford Coppola de renouer avec le fantastique vampirique (on se souvient de son sublime «Dracula (1992)», mais il le fait cette fois-ci en adoptant un point de vue plus littéraire-et ce même si Dracula est tirée de l’œuvre de Bram Stoker- de manière extrêmement poussée. D'ailleurs par bien des aspects, Twixt a un coté très Stephen King; le film faisant de son protagoniste principal un écrivain à deux sous (se faisant même traiter de Stephen King du pauvre) en quête d'un seconde souffle du fait d'une carrière qui stagne. Un peu comme son interprète qui n'est autre que Val Kilmer, acteur à la dérive dont les derniers rôles parlent d’eux-mêmes et sont remplis de Direct to video. Il y a donc comme une certaine corrélation entre l'écrivain du film et l'acteur has been ce qui synthétise la quintessence même d'un film fait à l'ancienne, comme si Coppola faisait un film d'étudiant (finissant d'après ses dires ce qu'il avait fait avec «Tetro» et «L'homme sans visage»).



C'est aussi un film qui prend un grand sens autobiographique et que Coppola compose d'éléments de sa vie. Guidé par un Edgar Allan Poe (Ben Chaplin) servant de fil conducteur au récit, du moins dans sa partie onirique, l'enquête en rêve est fait à l'ancienne, et Coppola s'aventure à ses risques et périls dans des chemins de traverse, pas toujours très heureux, comme lors d'une scène de juxtaposition entre la lune et le visage de l'auteur de «La chute de la maison Usher» et de «Le corbeau». Comme si le cinéaste rendait un hommage déguisé à Méliès, mais faute de budget conséquent, ce type d'image passe difficilement. D'autres en revanche confèrent une patine véritablement fantastique : cet hôtel décrépi qui retrouve une seconde jeunesse, mais là aussi la beauté plastique des images ne peut empêcher Coppola de construire un canevas sans grand intérêt.



Car c'est là où le bât blesse. Assister à un énième récit de massacre d'enfants, le tout mâtiné d'une survivante qui erre dans un entre-deux (le titre du film d'ailleurs) ne passionnera pas. Pour véritablement apprécier ce conte fantastique digne du 19ème siècle (la présence de Poe n'est pas innocente), il faut accepter qu'il s'agit d'une expérimentation et d'un retour en arrière d'un cinéaste qui n'a rien à prouver («Le Parrain», «Apocalypse now») et reste en marge du système Hollywoodien. En toute modestie, Coppola sait ce qu'il doit à Roger Corman qui lui a mis le pied à l'étrier, et quelque part, Twixt se rapproche par sa mise en scène de ces films fait avec l'amour du cinéma mais dont les moyens ne sont pas toujours là.



Des scènes intéressantes ne manquent pas pourtant, avec une introduction qui nous emmène dans la petite ville (décrite en voix off avec un certain sarcasme), préférant opter pour une mise en scène privilégiant les toits jusqu'à un beffroi qui reste certainement ce qui ressort le plus comme symbole d'un film jouant sur la temporalité si chère à Alan Poe. Avec ses nombreux cadrans indiquant des heures différentes, c'est un moyen de faire comprendre que l'on va pénétrer dans un univers tout autre. En ces lieux, toute rationalité doit être laissée à l'entrée des salles de cinéma.
Doté d'un humour omniprésent (le rapport entre l'écrivain et sa femme, le sheriff, etc.), Twixt n’ennuiera pas forcément mais risque de laisser plus d'un spectateur sur le bas côté du chemin. Anti spectaculaire au possible, le film pose la question de savoir si un sujet littéraire peut bien passer au cinéma. En tout cas, il risque d'avoir du mal à convaincre (quelques personnages comme les marginaux n'ont pas une grande utilité) mais l'aspect humoristique omniprésent permet d'appréhender ce film au second degré et comme un écho à la vie de Coppola himself.








Du même réalisateur :

DRACULA (1992)