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Mikael Blomkvist, un brillant journaliste suédois anciennement rédacteur de Millénium, un magazine d’investigations indépendant plutôt incisif, vient de perdre un procès en diffamation contre une grosse entreprise, ce qui l’a complètement miné. Ce qui tombe bien c’est qu’il est aussitôt engagé en tant qu’enquêteur par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger, pour recueillir des informations sur la disparition mystérieuse de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Secondé par Lisbeth Salander, une jeune femme rebelle mais hacker de génie, Blomkvist va commencer à trouver plusieurs pistes qui vont bientôt les plonger tous deux au cœur de secrets familiaux, de scandales financiers et de crimes barbares non élucidés au point de mettre leur vie en péril…



Tourné en Suède, en Suisse, en Norvège et dans les Studios Sony de Los Angeles, Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes a longtemps interrogé quant à son existence même. Pourquoi, en effet, faire un remake de l’adaptation du best-seller du même nom et aussi tôt ? Le film précédent du suédois Niels Arsen Oplev était relativement bon même s’il est jugé très austère par l’abondance de ses plans fixes et trop superficiel quant au traitement de la psychologie des personnages issus du roman, mais bon sang, il ne date, que de 2009 ! Etait-il vraiment nécessaire et judicieux de le refaire deux ans après ? On aurait pu penser que non, pourtant, quand on apprit que le projet allait être confié au jeune prodige David Fincher ("Seven" et "Alien 3", notamment), on pouvait espérer que ce dernier avait le talent et l’imagination suffisants pour sortir quelque chose de radicalement différent. Pour la petite histoire, dès juin 2009 certaines rumeurs faisaient déjà état d'un possible remake de "Millénium" par Quentin Tarantino avec Brad Pitt, après leur collaboration sur "Inglourious Basterds". Ce n’est qu’un an plus tard environ, que le nom de Fincher est attaché officiellement au projet. Ainsi, les noms de George Clooney, Johnny Depp ou encore Viggo Mortensen sont cités avant que Daniel Craig ne soit choisi fin 2010 pour interpréter le rôle de Mikael Blomkvist. Très prisé également, le rôle de Lisbeth Salander échoit finalement à Rooney Mara (remarquée dans « The Social Network » de … David Fincher) en lieu et place, excusez du peu, de : Natalie Portman, Léa Seydoux et Scarlett Johansson, un temps pressenties. Toutefois, afin de couper court à toutes les spéculations quant à savoir quelle est la meilleure des deux versions, je dirai juste que si vous avez aimé la première, vous apprécierez aussi celle-ci.

Dès le générique, on se dit que la rencontre entre l’univers noir de Stieg Larsson et celui non moins sombre de David Fincher était inéluctable. L’ambiance est proprement à couper le souffle et originale : des personnes de sexe indéterminé semblent engluées dans un liquide noirâtre ressemblant à du goudron et sont comme reliées entre elles par des sortes de câbles d'ordinateur qui subissent moult transformations. Le tout est baigné par un son débridant les tympans et on reconnaît là une reprise de « Immigrant song » de Led Zeppelin, tout simplement magique et prouve s’il en était encore besoin que Fincher, un ancien maître du clip et de la pub est toujours au top de sa forme en ces domaines ! Une fois passé ce superbe générique, le cinéaste nous montre qu’il sait tenir une caméra. Qu’il alterne les séquences courtes et les plans plus longs, ce réalisateur là est un virtuose. Les scènes et plans magnifiques se succèdent alors pendant plus de deux heures concourant à maintenir un climax glacial à la hauteur de l’ambiance suffocante du livre : que l’on soit dans les bureaux du Millénium, dans les couloirs poisseux du métro ou bien dans l’appartement glauque du tuteur de Lisbeth en plein cœur du centre-ville ou encore sur l’île où le couple, a priori antinomique, mène son enquête, la caméra de Fincher nous fait plonger dans cet environnement froid et suscite une ambiance pesante et abrupte. Mieux encore, le réalisateur montre aussi qu’il peut filmer au plus près des corps (notamment quand il s'attarde sur les tatouages dont le corps de Lisbeth est recouvert ou quand celle-ci « répare » les blessures de Mikael Blomkvist), voire de l’intérieur (cf. la scène finale où le spectateur devient soudain la victime). Magistral !

Toutefois, à l'image du précédent film, il fallait deux acteurs à la hauteur. Honnêtement, Daniel Craig et Rooney Mara sont impeccables et réussissent même à faire oublier surtout Mickael Nikvist (pas très surprenant vu le charisme et la classe de Craig) et dans une moindre mesure Noomi Rapace (mais il est vrai que là c’était un vrai défi, même si la jeune américaine s’en sort avec les honneurs !). Ainsi, Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, ce sont aussi eux : ce couple d’êtres que tout oppose en apparences mais qui, par leur quête d'une vengeance personnelle commune, vont réunir leurs corps (d’aspect fragile chez elle, solide et rugueux chez lui) et leurs esprits (inébranlable chez elle et plus vulnérable chez lui malgré son côté paternel rassurant) et les comédiens parviennent à apporter la profondeur nécessaire à ces deux personnalité hors du commun mais passionnantes sans trop en faire ou verser exagérément dans le pathos. Remarquable ! A noter également les très sobres, car finalement réduits aux rôles de faire-valoir, Christopher Plummer, Stellan Skarsgard, et Robin Wright, mais surtout l'apparition de l'actrice française Elodie Yung vue dans la série « Les bleus » ou encore dans "Banlieue 13 – Ultimatum" et bientôt dans "G.I. Joe 2", ici dans le rôle de Miriam Wu la copine de Lisbeth ! Cocorico !!!

Néanmoins, on pourrait être déçu par Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes car on a le sentiment que David Fincher n'a pas forcé son talent outre mesure. Ayant d’abord vu la version suédoise, que j'avais appréciée, j'ai trouvé en revanche que David Fincher avait fait un simple copier-coller de celle-ci ! Sa version, malgré ce qui a été évoqué par ailleurs, n'apporte rien de neuf et le manque de créativité par rapport au film suédois ou même par rapport au roman est regrettable, du moins devrait fâcher les amateurs de la première heure. On a la forte impression qu'il aurait pu traiter "Millénium" comme un film de genre complètement libéré de ses enjeux, mais au lieu de cela, on assiste - même si le film regorge de qualités indéniables - à un manque d'inspiration et à une absence de prise de risques étonnants de la part d’un réalisateur pourtant peu avare en innovations visuelles et techniques. On se demanderait même s’il n'aurait pas réalisé là un simple film de commande afin que le public américain, qui n’aurait pas été voir la version suédoise de toute façon, puisse se rendre en masse dans les salles. C’est ainsi un triste constat relatif aux films de genre frappés par une sorte de crise, au point de voir se multiplier les sorties de longs-métrages à succès en 3D, les remakes et autres biopics en tous genres, beaucoup plus faciles à réaliser car plus rien n’est à écrire. Dommage ! D’aucuns pourraient aussi penser que la version d’origine était beaucoup plus trash (cf. la seconde scène avec le tuteur, assez insoutenable d'ailleurs) et avec un côté plus « Derrick » voire plus tranquille, dans son rythme et sa réalisation. Et on ne saurait les contredire en prétendant le contraire, mais ce n’est pas très choquant.

Malgré des effets visuels hors du commun et propres à David Fincher, deux acteurs principaux très bons et une ambiance musicale (notamment le générique) stupéfiante rendant bien compte du climat étouffant de la Suède insulaire, on a envie de se demander pourquoi avoir voulu faire un remake de ce qui avait déjà été fait (et plutôt bien fait) dans une première version suédoise ? Le manque d’audace du réalisateur américain dessert le film dans le sens où il semble juste avoir décalqué la version précédente tout en disposant d’un budget plus conséquent. Où est donc l’intérêt pour les cinéphiles avertis et exigeants que nous sommes ? En revanche, ceux n’ayant pas vu l’adaptation de 2009 ne se sentiront pas spoliés, car le métrage est vraiment très bon pour un œil vierge. Cela étant et malgré une légère déception en tant que fan du papa de « Seven » et de « The social network », je ne peux malgré tout que déplorer qu’il n’ait pas gardé les rênes du second chapitre de cette saga tout en prenant plus de libertés ce coup-ci car le gaillard sait tout de même manier une caméra et vous créer une sacrée ambiance…








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