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De nos jours et sans raison apparente, la ville de Détroit aux Etats-Unis est subitement plongée dans le noir. Fait encore plus surprenant : tous les habitants ont disparu en ne laissant que leurs vêtements au sol. C’est la découverte insolite que fait Luke, un jeune cadre trentenaire, un beau matin en se rendant à son travail. Rues désertes, véhicules abandonnés, affaires et autres habits jonchant le sol, magasins complètement vidés, radios et télévisions totalement muettes, bref pas très rassurant tout ça ! Seul un bar au fond d’une rue dispose encore de l’électricité grâce à un générateur de secours. C’est alors là que se réfugient, à l’instar de Luke, les rares survivants au fur et à mesure que les jours déclinent et que l'obscurité se fait de plus pressante, tandis que des ombres menaçantes rôdent dans la ville…



Réalisateur du fantastique "The machinist" avec un Christian Bale physiquement métamorphosé, Brad Anderson, après avoir œuvré pour la télévision via diverses séries, revient à ses premières amours et nous propose ici une histoire fantastique mâtinée de post-apocalyptique et de survival pour son retour au long-métrage. Connaissant la façon de filmer du cinéaste et son savoir-faire reconnu par ses pairs, on était en droit d’attendre un autre bon film. Ajoutons à cela un pitch prometteur avec quatre protagonistes qui essaient de survivre dans une grande cité complètement vide alors que les sources de lumières sont de plus en plus rares et que l'exposition aux ténèbres est immédiatement fatale, et le climax est plutôt sympathiquement planté ! Adjoignons à ceci un casting des plus corrects avec Hayden Christensen ("L’antre de la folie", la nouvelle trilogie de "La guerre des étoiles", "Jumper"), John Leguizamo ("Le territoire des morts", "Phénomènes", "Repo Men") et Thandie Newton ("Entretien avec un vampire", "Les chroniques de Riddick" et "2012"), et on se dit tout de suite qu’on tient là une petite pépite cinématographique !



Eh bien je vais être franc avec vous d’emblée : pas du tout, c’est une véritable douche froide ! Pourtant, ça commençait bien : de nos jours, les gens de Détroit disparaissent comme happés par des ombres noires qui semblent craindre la lumière et seul un bar encore éclairé apparaît comme le seul refuge possible ! Ainsi, comme de nombreux bons films avant lui ("Darkness", "[Rec]", "Les Yeux de Julia", etc.), L'empire des ombres est centré sur l'un des grands thèmes du cinéma d'horreur : la peur du noir. Seulement voilà, ce métrage établit rapidement une certaine lassitude au sein de son déroulé. La faute à un manque d’évolution particulièrement préjudiciable autant au niveau de la psychologie des personnages qu’à celui de l’action pure. Passé la mise en place des événements, L’empire des ombres brille (admirez un peu le jeu de mots !) par son incapacité à nous surprendre. Par trop répétitif, il se limite souvent à une juxtaposition de séquences d’action molles du genou aux effets spéciaux douteux, entrecoupées de scènes de dialogues insipides, tout ça pour se terminer finalement toujours au même endroit : dans l’unique bar disposant d’un générateur de secours. Pénible ! Sans compter qu’on a l’impression que les personnages ne font que fuir ou bien qu’ils passent leur temps à allumer et éteindre les lumières. On tourne un peu en rond là, non ?



Toutefois, ce n’est pas tout ! La fin qui, visuellement, semble être un gros clin d’œil à la formidable série « The walking dead » (les fans le verront tout de suite !), est proprement honteuse et en laissera plus d’un insatisfait ! Qu’est ce qui se passe ensuite ? Qu’est-ce que c’était (la fin du monde ? de la ville de Détroit uniquement ? Est-ce transitoire ou définitif ? Est-ce à cause de Dieu se vengeant des méfaits du progrès engendrés par les hommes ?) ? Est-ce que les enfants sont toujours vivants ? Pourquoi certains personnages du film réapparaissent à la fin et murmurent : « j’existe » ? Bref, trop de questions restent en suspens et sous couvert d’une aura mystique, L’empire des ombres est creux et le refus d’expliquer quoi que ce soit (que ce soit voulu ou pas) renforce sa superficialité. La seule tentative d’explication à demi-mots évoquée par un des protagonistes serait que les événements pourraient être en partie inspirés de la disparition inexpliquée des membres de la seconde colonie de Roanoke (une île située en Caroline du Nord) constatée en 1590. La colonie installée en 1587 a, en effet, disparu sans laisser de traces à l'exception du mot « Croatoan » (nom des premiers habitants de cette région) gravé sur un arbre. Super, merci les gars ! Et alors quoi ? les colons seraient partis rejoindre les indiens locaux parce qu’ils ne savaient pas se débrouiller seuls ? Mais surtout, quel est le rapport avec notre film ? Une transposition de ce qui s'est passé sur l'île ? Les ombres seraient la tribu des Croatoan (dénués de toute technique moderne) alors que nos amis, eux, seraient les colons qui envahissent et dépendent de leur technologie ? Un peu trop tiré par les cheveux, non ?

Je plomberai encore ce film en vous mentionnant qu’il est bourré d’incohérences (comment se fait-il qu’un cheval apparaisse dans le film et surtout qu’il soit aussi propre et encore vivant ? Comment la petite fille à la lampe à énergie solaire arrive à survivre toute seule ? Et surtout comment fait-elle pour recharger sa lampe sans soleil ? Et il n’y a qu’un bar avec de la lumière à Détroit ? Ils ne peuvent pas faire des feux dans la rue ? Y a plus d’alcool dans les supermarchés, c’est ça !?). Sans compter également que la morale religieuse de bas étage du film (la référence finale à la Bible avec Adam et Eve qui vont tout reconstruire, le hasard qui veut qu’un des seuls endroits où l’on survit est près de l'autel de l'église en face d'une statue du Christ...) vient définitivement l’enterrer sans l’ombre (sic) d’un doute. Et je ne vous parle pas des personnages stéréotypés de rigueur, malgré tout relativement bien interprétés par un assez solide casting ! Ah et j’allais oublier : toutes mes félicitations aux traducteurs du titre du film, chapeau bas messieurs pour nous avoir tout révélé avant même d’avoir vu le film ! Au moins, le titre original laissait planer un doute…



Très intrigant et intéressant au premier abord d’un point de vue visuel et scénaristique, L’empire des ombres se mord la queue passé la première demi-heure, pour sombrer rapidement dans une succession de plans sans grand intérêt. Les incohérences sont légions, rien ne nous est expliqué quant à la fin et la religiosité plombe tout le film, malheureusement comme c’est souvent le cas dans les productions américaines de seconde zone. Faussement intello dans son discours (soyez écolo, c’est mieux, la lumière ce n’est pas bien, sinon comme dans Ravage de Barjavel, l’humanité repartira de zéro dès lors que tout ce qui est électrique s’arrêtera subitement ou alors les indiens de Roanoke vont venir se venger !), l’ensemble laisse inexplicablement le spectateur élaborer ses propres interprétations sans pour autant glisser une piste de réflexion véritablement tangible. Petit divertissement ras des pâquerettes, L’empire des ombres est une incontestable déception au vu de l’énorme potentiel dont Brad Anderson a témoigné par le passé. Dommage ! Conclusion : dispensable et ce même pour un dimanche soir !