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En 1752, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool, en Angleterre, pour prendre la mer avec leur jeune fils Barnabas, et commencer une nouvelle vie en Amérique. Riche et puissant, Barnabas est un séducteur invétéré… jusqu’à ce qu’il commette la grave erreur de briser le cœur d’Angelique Bouchard. C’est une sorcière, dans tous les sens du terme, qui lui jette un sort : celui d’être transformé en vampire et le fait enterrer vivant. Deux siècles plus tard en 1972, Barnabas est libéré de sa tombe par inadvertance.



Tim Burton, ce réalisateur de l'imaginaire et de l'enfance, qui se refuse toujours au cynisme pourtant si moderne revient avec un film gothique de ceux qui ont fait sa réputation: il souffle sur ce Dark Shadows comme un parfum de «Beetljuice», «Edward aux mains d'argent» ou encore «Sleepy Hollow». Pourtant à la base, il s'agit d'un sacré challenge pour le réalisateur de «Batman le défi» car le film est l'adaptation d’un soap opera fantastique de la fin des années 60/début 70 qui a surtout très mal vieilli et dont le côté kitschissime est la marque de fabrique. Ici, hors de question de reproduire le schéma à l'identique, mais de dépoussiérer cette série, à commencer par des effets spéciaux de meilleur qualité, et un Johnny Depp outrancier derrière son grimage; et qui ressemble avec son look impassible au personnage d' « Edward aux mains d'argent ».



Évitant de prendre un risque du côté du casting, le réalisateur retrouve de nombreuses têtes connues de son univers. A commencer par Johnny Depp, que l'on retrouvait déjà dans le précédent film de Burton, le décrié «Alice au pays des merveilles», mais aussi Helena Bonham Carter («Fight Club», «Harry Potter et l'ordre du phénix», «Harry Potter et le prince de sang mêlé») muse du réalisateur en psychiatre frappadingue et pique-assiette, Michelle Pfeiffer («Batman le défi», «Wolf», «Apparences») toujours divinement belle et qui se révèle même très charismatique. Viennent ensuite la non moins sexy Eva Green (déjà sorcière dans la série avortée «Camelot», «Kingdom of Heaven»), qui joue la peste de service (même si à mes yeux elle surjoue énormément comme si elle avait du mal à trouver le ton juste), Jackie Earle Halley («Watchmen», «Freddy, les griffes de la nuit 2010»), Chloë Moretz («Laisse-moi entrer», le futur remake de « Carrie ») et l'inoxydable Christopher Lee dans une apparition de vieux loup de mer plein de sagesse...et de loyauté (valeur apparemment perdue de nos jours).



Au-delà de l'aspect restitution d'une époque, le film de Tim Burton se révèle plus profond que ce à quoi on s'attend d'un film de divertissement. Fidèle à son univers, il défend les freaks et les gens hors normes. En plus de Barnabas qui rétablit l'ordre au sein de sa famille en tant que patriarche, quitte à provoquer le départ de la maison d'un de ses membres au comportement peu noble, il y a le droit à la différence avec cette réplique de Victoria Winters qui dit que peu importe si le jeune David parle vraiment à sa mère morte, du moment que cela lui apporte quelque chose. Si le monde des adultes pouvait être plus tolérant vis à vis de leurs progénitures, cela serait un progrès pour l'humanité. Volontairement humaniste (mais de la part de Burton, qui aurait pu en douter), le film démarre par un prologue classique en diable et qui est ce que l'on a vu de plus beau depuis le «Dracula 1992» de Coppola, avant de basculer dans la nostalgie des seventies : le très beau morceau des Moody Blues, «Nights In White Satin» mais aussi les Carpenters, Curtis Mayfield («Superfly»), Black Sabbath, Alice Cooper (dans son propre rôle d'ailleurs), etc.



Contrairement à la promotion du film, l'aspect comique/parodie n'est pas si omniprésent et le décalage entre Barnabas et son époque (la télé, les voitures) est évacué assez vite, ce qui fait que le long-métrage se révèle plus sérieux sans forcément devenir sombre, même si l'histoire d'amour tragique sert de filigrane à l'histoire, qui reste dans le ton du soap opera dont il s'inspire (Eva Green en garce totale, mais dont la démonstration de lutte des classes est inversée car elle issue du prolétariat montre un cynisme et une méchanceté sans égal dans son dépit amoureux). Ce qui peut paraître l'affadir, mais la bonhomie qui en ressort est quand même jubilatoire. Les ruptures de ton entre le fantastique gothique (somptueuse demeure) et la modernité des années 70 ne sont pas si gênantes et finissent par s'épouser dans un final où l'horreur le dispute à une certaine poésie enfantine. Surtout monsieur Burton, ne grandissez pas et continuez à nous transporter dans vos féeries !