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Cela fait huit ans que Batman a pris sa retraite et que Gotham City a vu la criminalité éradiquée grâce aux lois répressives d'Harvey Dent. L'image de ce dernier a été préservée, mais cela repose sur un mensonge qui a vu Le Chevalier noir prendre sur lui les crimes du procureur-adjoint. Mais voilà, l'irruption dans la ville d'un nouvel adversaire, Bane, risque de chambouler ce fragile équilibre. Batman sera-t-il de taille à l’affronter?



Enfin, le voilà qui arrive sur nos écrans le tant attendu dernier volet de la trilogie Batman vu sous le regard de Christopher Nolan, épaulé au scénario par son propre frère, Jonathan. Une équipe créative en osmose totale, mais après le niveau d'excellence atteint par son prédécesseur, «The Dark Knight», la barre semblait bien haute à atteindre. Et c'est d'autant plus surprenant que Nolan, faisant fi des modes des blockbusters, préfère s'attarder sur les émotions de ses personnages, que ce soit Bruce Wayne, Bane ou même Sélina Kyle (Catwoman qui n'est d'ailleurs jamais surnommée ainsi dans cette adaptation). Beaucoup d’embûches attendaient le réalisateur, qui les a presque toutes surmontées.



Dans chacun de ses Batman, Nolan s'inspire de réalisateurs et de styles différents. Si le Polar Urbain et l'ombre de Michael Mann planaient sur le second opus, cette fois-ci il métamorphose son film en film de guérilla urbaine où le chaos règne en maître. Au risque de décontenancer plus d'un spectateur, mais pour mieux finalement nous surprendre en tout cas dans la forme- les scènes d'action prennent place ici plus aisément en pleine lumière du jour-, car le synopsis ne devrait pas réserver d'immenses surprises. Ce 3ème volet démarre de manière tonitruante avec la découverte du personnage de Bane, présenté alors comme un mercenaire redoutable. Une entrée en matière qui en impose.

D'emblée, cela contraste avec l'ambiance au manoir Wayne, où le propriétaire des lieux vit reclus comme un ermite. C'est l'irruption dans ses appartements privés d'une voleuse très agile qui va le faire sortir de sa torpeur. Le scénario est d'ailleurs d'une exemplarité remarquable, avec certainement le complot le plus abouti pour détruire Gotham City. Mais tout ceci nous est dévoilé progressivement et en prenant son temps. Nolan n'ayant pas peur de faire afficher près de 2h45 au compteur de son film. Ici, pas de fantaisie burlesque, Nolan maintient le cap de son héros vraiment désabusé. Ce qui au final fait de ce The Dark Knight Rises le plus sombre de tous. Chaque protagoniste se trouve confronté à des désillusions; même le fidèle Albert qui décide de dévoiler les intentions amoureuses de l'ex-petite amie de Bruce Wayne- Rachel qui avait été tuée-, au risque de détruire la relation d'amitié qu'ils avaient ensemble. Et ce n'est pas le seul, l'inspecteur Gordon doit reconnaître aussi au jeune Blake, qui est sous ses ordres, qu'il a maintenu l'illusion du mythe Harvey Dent!



Autant de relations brisées et finalement de déceptions. C'est bien le mensonge et le rapport à la vérité qui tient le haut du pavé. Et quand Bruce Wayne se trouve prisonnier dans une fosse d'où seul dit-on un enfant aurait réussi à s'en sortir, là aussi ne cesse de se poser la question de savoir si cela est vrai ou s'il s'agit encore d'un leurre. Et d'évidence, sur le plan politique, Nolan inscrit son film dans le contexte actuel où la manipulation médiatique est la règle. Et c'est en cela que Bane intervient pour faire péter le système en place (Cf. son attaque de la Bourse, même si cela peut sembler démagogique de prime abord, il y a une vraie logique à tout cela).

On retrouve toujours les fidèles Christian Bale , Gary Oldman, Michael Caine et Morgan Freeman, qui répondent à l'appel. S'y rajoutent des nouveaux venus mais dont certains font partie de la sphère Nolan déjà, à commencer par Joseph Gordon-Levitt («Inception») qui confirme tout le bien qu'on pensait de lui auparavant, ou la frenchie Marion Cotillard («Public ennemies», «Inception» également!), Tom Hardy («Bronson», «Inception»). Christopher Nolan aimant travailler avec des acteurs qu'il connaît et qu'il appréhende. Faisant figure d'exception, celle dont tout le monde redoutait le pire, Anne Hathaway («Alice au pays des merveilles» version Burton), et qui s'avérant différente du rôle plus félin de Michelle Pfeiffer, réussit le tour de force d’être assez convaincante. Pour une fois, Nolan rend justice à la gent féminine. Car on lui a toujours reproché de la rendre fade. Bon, reste la grosse erreur de casting en la personne de Marion Cotillard, qui n'est absolument pas crédible.



Certainement que Bane est un peu trop bavard, mais la révolution chaotique qu'il met en place est vraiment démentielle. Il est évident qu'il fallait oser et avoir une maîtrise totale sur son projet pour y parvenir. La mise en place d'un tribunal d'exception avec ses projets expéditifs n'étant pas sans rappeler certaines heures sombres de l'Histoire du 20eme siècle ou de la Terreur en France. On est avant tout devant un film visuellement froid et peu chaleureux, prenant de plus son temps pour nous impliquer dans un tourbillon d'émotions. Mais malgré tout, Nolan n'en oublie pas dans ses dernières 30 minutes d'y inclure la bonne dose d'adrénaline qu'il convient.
Et impossible de quitter ce grand spectacle sans penser aux larmes d'Alfred, fidèle parmi les fidèles, qui reste le fil conducteur entre les deux identités de son maître.

The Dark Knigt Rises est un film d'une telle richesse que plusieurs visions s'avéreront nécessaires. Il conclut en tout cas fort bien cette trilogie très sombre et ancrée dans le réalisme, même si Bane n'a pas la folie euphorisante du Joker du précédent opus.