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Après de nombreuses explosions nucléaires, une poignée de survivants réfugiés dans un abri atomique tente de survivre et de s’organiser. Dans ce microcosme restreint, les tensions entre individus vont se développer et mettre en péril le petit groupe…



Après « Hitman » et l’excellent « Frontiere(s) », Xavier Gens reçoit de la part de deux jeunes producteurs, fans du film précité, un scénario intitulé « The shelter » qui narre l’histoire d’un groupe de survivants devant cohabiter après l’apocalypse nucléaire. Le scénario lui convient à peu près mais il souhaite le réécrire afin d’apporter quelques changements et d’épaissir le caractère des personnages. Les producteurs acceptent les demandes de Xavier et la préparation du film commence. Et là, ce sera catastrophe sur catastrophe pour l’équipe du film. Les principaux partenaires financiers lâchent le projet les uns après les autres, obligeant l’équipe à changer de lieu de tournage et de pays à de maintes reprises, ce qui repousse à chaque fois le début du tournage. Le casting d’origine ne pouvant plus être disponible suite à ces changements de dates successifs se voit lui aussi dans l’obligation de quitter l’entreprise. Les producteurs passionnés par le sujet gardent le moral et tentent de trouver des solutions aux problèmes d’argent. A chaque nouvelle porte ouverte qui offre un semblant d’espoir succède une mauvaise nouvelle qui annihile toutes les bonnes volontés. Xavier Gens lui-même, qui a refusé d’autres projets pour se consacrer à celui-ci, n’en peut plus et pense que l’aventure va s’arrêter avant même d’avoir vraiment commencé. Autant de galères réunies transforment le projet en un véritable cauchemar journalier. Et puis, le miracle se produit. Un jeune stagiaire travaillant avec l’équipe du film propose aux producteurs d’investir son argent dans le projet. Comme la somme ne suffit pas, il leur propose également d’aller parler à ses parents, de riches « business men ». Ces derniers voient une belle opportunité dans ce projet et investissent la somme nécessaire, devenant le principal producteur du film. Un nouveau casting est engagé. Une histoire tragique qui finit bien et qui a permit à Xavier Gens de mener à bien The Divide et de livrer un film post nuke atypique puisque le film est avant tout un huis clos dont la quasi totalité de l’action se déroule dans le décor de l’abri atomique et non pas dans des plaines désertiques avec véhicules customisés et action à gogo comme dans la majorité des films de ce genre.



Le principal attrait de The Divide est son casting. Les personnages et les acteurs qui les interprètent sont franchement très bons et certains délivrent une réelle performance. On pense bien sur à Michael Biehn qui trouve ici son meilleur rôle depuis « Terminator » et qui porte toute la première partie du film sur ses épaules. On pense aussi à Rosanna Arquette qui n’hésite pas à se mettre en danger et à interpréter un personnage jusqu’au-boutiste, trash et qui connaîtra un sort funeste, bien loin des personnages plutôt lisses et sans réelle saveur qu’elle a interprétés autrefois. Et que dire sur la transformation qui s’opère au fur et à mesure de la progression des événements sur Milo Ventimiglia (« Heroes », « Pathology ») et Michael Eklund ? Ces deux acteurs et leurs actions au sein du film, et notamment vers le final, resteront gravés dans nos mémoires à coup sur. Bref, The Divide fait la part belle à l’interprétation, Xavier Gens ayant laissé de grandes libertés de jeu à ses comédiens, et ceux-ci ont absolument tout donné en échange, allant même jusqu‘à perdre plus d’une dizaine de kilos pour certains. Le spectateur ressent toutes sortes d’émotions envers chacun des principaux protagonistes et se demande comment il aurait réagi en pareille situation.



Car si The Divide semble être vendu comme un film de science-fiction avec ses affiches et ses costumes futuristes, il n’en est pas vraiment un. The Divide, c’est avant tout un drame humain d’une grande puissance émotionnelle qui nous questionne. On peut voir dans le film de Xavier Gens une véritable vision cinématographique du chaos, que ce soit à l’extérieur de l’abri après le cataclysme nucléaire (superbes images de paysages entièrement dévastés, ravagés) ou à l’intérieur de ce même abri. Un chaos que vont subir de plein fouet les protagonistes. Enfermés, vivant en micro société malgré eux, les personnages vont bien sûr commencer à perdre leurs repères, à faire naître des tensions qui vont progressivement venir annihiler toute notion d’espoir et les mener à vivre une deshumanisation complète, effrayante, dont certaines images ne laisseront personnes de marbre. Violence psychologique, violence physique, dégradation du corps, folie, certains héros vont sombrer dans la démence la plus totale et commettre des actes ignobles qui glacent par leur réalisme. Le tout servi par une très bonne réalisation, par des mouvements de caméra travaillés, par des décors fort réussis et par une très efficace composition musicale de Jean-Pierre Taieb qui parvient à maintenir et à faire progresser la tension.



Si on pourrait peut-être reprocher à The Divide de nous laisser parfois avec des zones d’ombre qu’on aurait bien aimé voir éclaircir (qui sont les gens « du dehors » ? Que font-ils comme expérience avec les enfants ?), il n’en reste pas moins que la vision du film procure bien du plaisir et saura éveiller la curiosité des amateurs de cinéma « autre ». Loin des blockbusters hollywoodiens formatés pour plaire au plus large public possible, The Divide, comme son titre l’indique d’ailleurs, divisera certainement les opinions. Le film possède pour ma part bien plus de qualités que de défauts et Xavier Gens confirme qu’il est un réalisateur talentueux sur lequel il faudra compter. Bien sûr, le thème de la deshumanisation n’est pas nouveau, le réalisateur citant d’ailleurs le roman culte « Sa majesté des mouches » comme source d’inspiration. Récemment, le film « affamés » de Steven Hentges (2009) traitait du même thème et avec une certaine réussite d’ailleurs. Pourtant, avec la qualité de son casting et de ses images, The Divide tire son épingle du jeu et sans être parfait, se montre réellement intéressant dans ce qu’il propose. Une réussite sur bien des aspects.








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