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Une imposante explosion embrase le ciel, répandant sur l’immensité du sol américain les restes d’une navette spatiale sur les fragments de laquelle on aurait retrouvé une matière inconnue extrêmement toxique et hyper résistante. Et les premières personnes à entrer en contact avec l’entité non identifiée vont petit à petit changer de comportement... Mais pas question de déclencher la panique pour autant, les autorités veillent au grain et sous couvert d’une méchante grippe, elles vont inoculer un vaccin à la population entière…ou presque. Peu de temps après le crash, Carol Bennell, psychiatre de son état et mère célibataire à la ville, assiste à une vague de phénomènes surprenants : les gens dans les rues sont devenus pacifiques et ne semblent plus s’énerver et surtout, Wendy, l’une de ses plus fidèles patientes se plaint de ne plus reconnaître son mari et prétend même que ce dernier aurait été remplacé par un autre. Alors cas de paranoïa aiguë ou bien invasion extraterrestre clandestine mais avérée ?



Produit par Joel Silver, Invasion est le cinquième film à se pencher sur le phénomène extraterrestre des "Body Snatchers", raconté pour la première fois en 1954 par Jack Finney dans son roman éponyme. En 1956, c'est Don Siegel qui l'adaptait pour la première fois au cinéma dans "L'invasion des profanateurs de sépultures". Une vingtaine d’années après, en 1978 pour être plus précis, Philip Kaufman donnait sa version avec "L'invasion des profanateurs", restant à ce jour et pour le public, la meilleure adaptation. Puis, en 1993, Abel Ferrara fermait provisoirement la marche avec "Body Snatchers" jusqu’à ce que Stuart Orme réalise un an après, "Les maîtres du monde" (connu aussi sous le titre de "The puppet masters") largement inspiré du roman de Finney combiné au livre de Robert Heinlen, "Marionnettes humaines", sorti en 1951. Enfin, en 2007, c’est à Oliver Hirschbiegel, réalisateur allemand, (connu surtout pour "L’expérience") qu’échoit l’insigne honneur de donner sa propre vision des envahisseurs escamoteurs de corps humains. Mais est-ce que le teuton s’est montré à la hauteur ?

Il faut savoir qu’à l’origine, le roman a été écrit en plein contexte de guerre froide et que les fameuses amibes qui contrôlent les cerveaux après avoir volé les corps symbolisent finalement les communistes. Ce n'est donc pas un hasard si à chaque fois c'est particulièrement le continent nord-américain qui est affecté par les envahisseurs extraterrestres. Ainsi, chacune des adaptations du livre qui suivra sera le reflet du contexte politique, économique et social de l'époque à laquelle le film a été tourné. Chez Don Siegel, dont le long-métrage est sorti un an après le roman d’origine, ce sont les rouges soviétiques qui sont montrés du doigt alors que dans la seconde version de Kaufman, celui-ci réalisait une sorte de thriller tourmenté, mais pas autant que la population américaine, encore fortement ébranlée par la guerre du Vietnam et ses conséquences néfastes (aux Etats-Unis surtout). Pour Ferrara, avec son cadre de huis clos militaire, l’invasion symbolisait le spectre du virus du SIDA tout comme pour Orme peut-on penser. A tout ceci, on pourrait aussi ajouter comme messages subliminaux : l’éclatement de la cellule familiale, mal moderne par excellence, puisque tout contaminé se met à l’écart de ses proches avec qui il ne communique plus, ou bien encore pourrait-on voir une parabole sur la corruption des autorités en place et leur incapacité légendaire à ne pas régler les vrais problèmes de fonds, mais bon tout ceci n’est finalement que le fruit de mes extrapolations et l’on pourrait continuer encore longtemps comme cela. Bref, quelle que soit la version réalisée, chacune d'elle jouait la carte de la paranoïa et dénonçait un fait de société saillant en reflétant un certain mal-être de son époque. Est-ce que Hirschbiegel va à son tour dénoncer quelque chose de tangible ou va-t-il se contenter de réaliser un blockbuster stéréotypé à mort ?



On peut ainsi percevoir dans Invasion un sous-texte anti-impérialiste à travers quelques saillies contre la présidence (l’action prenant quand même lieu et place à Washington D.C.) mais également une critique contre l’utilisation des armes biologiques en plein conflit armé. En effet, n’est-on pas en 2007 encore en pleine guerre d’Irak ? D’autre part, cette version sous-tend de vraies questions : dans un univers sans émotion, le monde ne se porterait-il pas mieux? Un monde sans êtres humains ne serait-il pas préférable ? La survie aurait-elle encore sa place ? Autrement dit, ça sent presque le brûlot contestataire, mais pourtant, le film ressemble à un thriller fantastique sans âme et réalisé sans aucune passion. Pourquoi donc ? me direz-vous complètement interloqués par cette révélation incongrue. Tout d’abord, il faut savoir que les producteurs, pour on ne sait pour quelle raison, ont décidé de retourner des scènes d'action pour compléter le film et celles-ci vont être commandées à James Mc Teigue ("V pour Vendetta"). Résultat des courses : c’est désolant car bancal et le métrage, bourré d'incohérences et de raccourcis franchement douteux, en devient inégal et peu inspiré. Ainsi, les images insérées en sus n’apportent rien à l’intrigue et viennent, au contraire, écorner le récit tel que souhaité par Hirschbiegel, ce qui altère totalement Invasion et c’est bien dommage. Quels sont alors les couacs provoqués par ces inserts hasardeux ?



Au niveau des acteurs d’abord, ce remake réunit, entre autres, Nicole Kidman (la psy Carol Bennell), Daniel Craig (Ben, son petit ami docteur), Jeremy Northam (son ex mari, occupant un poste important au niveau sécurité sanitaire et s’appelant Tucker Kaufman, petit clin d’œil sympa à 1978) et Veronica Cartwright (présente aussi dans la version de Kaufman et incarnant Wendy, une patiente du docteur), autrement dit une distribution de qualité, du moins a priori. Eh bien, la seule à tirer son épingle du jeu est Nicole Kidman ("Les autres") en super-maman au brushing toujours impeccable. Dans ce monde de clones, elle est bien la seule, avec sa beauté froide, à être en total accord avec l’idée principale du métrage. Daniel Craig ("Cowboys et envahisseurs", "Millenium : les hommes qui n aimaient pas les femmes"), ne semble jamais très enthousiaste, tout comme Jeremy Northam ("Mimic", "Cypher"), qu’on a vu plus convaincant même si son rôle lui imposait un jeu austère. Il faut dire aussi que les aléas de la production ont occasionné des scènes et des dialogues parfois à la limite du ridicule, d’où le manque d’implication de certains.

Ensuite, certains artifices utilisés sont trop maladroits ou mal vus pour certains, tellement c’est gros. Comme par hasard, l’héroïne sait utiliser une arme sans problème, son fils Oliver est immunisé contre l’invasion alien et Carol a de très bons amis savants ayant pas mal de connaissances en termes de microbiologie et autres pandémies, ce qui fait d’elle une personne très chanceuse, vous ne trouvez pas ? Ajoutons à cela, une relation mère-fils à l’émotion forcee pas crédible pour deux sous et surtout l'ajout d'un happy end grotesque et vous obtiendrez une adaptation un peu fadasse.



Malgré une ambiance de déjà-vu, des inserts supplémentaires (non désirés originellement par le réalisateur il faut le savoir) n’apportant rien à l’histoire si ce n’est un déséquilibre certain, un casting en dents de scie, Invasion n’est pas une si mauvaise adaptation que cela du roman à succès de Jack Finney. Ses points forts : un discours politique sous-jacent intéressant, des scènes plaisantes (cf. celle du suicide "forcé" en pleine ville) et surtout une actrice avec un grand A pour un petit métrage de série B. C’est bien simple, elle rappelle les grandes actrices de la belle époque à la Grace Kelly, tantôt femme, tantôt maman mais qui sait se montrer réactive et agressive quand il le faut, une super-héroïne quoi !








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