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Tourné comme un documentaire, Derrière le masque raconte l’histoire de Taylor Gentry, une journaliste et de ses deux cameramen, Doug et Todd, réalisant un reportage dans la ville de Glen Echo sur Leslie Vernon, un jeune homme qui se prépare à joindre les rangs des plus grands serial killers ayant existé. Selon une légende locale, le jeune Leslie Vernon aurait été lancé dans une chute d’eau par les habitants de la ville qui le croyaient possédé et son corps n’a jamais été retrouvé. Trente ans plus tard, Leslie est de retour dans la paisible bourgade de Glen Echo et entend bien prendre sa revanche en perpétrant une série de crimes sans nom. Le film suit donc les méticuleux préparatifs de notre apprenti tueur en série qui a l’intention de massacrer un nombre certain de teenagers dans une maison isolée dans l’espoir d’une confrontation finale avec Kelly, une jeune vierge choisie comme la survivante ultime par Leslie qui désire parachever son œuvre vengeresse en apothéose. Le suivant partout où il se déplace, Taylor et son équipe partagent l’enthousiasme de Leslie pour son projet sanglant mais ne vont-ils pas être rattrapés à un moment donné par leur conscience le jour J ?



Il est des films comme ça dont on parle à peine et qui sont de véritables petites perles. Heureusement que nous autres à Horreur.com, on peut se targuer de vous en faire découvrir une de temps à autre. Celle-ci en l’occurrence tord véritablement le cou à tous les détracteurs qui depuis « Scream » et ses succédanés, ont enterré un peu trop vite le genre du slasher. A l’instar du génial « C’est arrivé près de chez vous » et du très faible « The last horror movie », Derrière le masque suit les pérégrinations d’un serial killer caméra à l’épaule. Toutefois, il s’agit là de Leslie Vernon, un jeune homme sympathique et au physique avantageux (ça change pour une fois !), désirant à tout prix connaître la réputation de ses idoles. Sauf que celles-ci se nomment Freddy Krueger, Jason Vorhees et Mickael Myers et ont existé pour de vrai ! Afin de réaliser son dessein, il a minutieusement planifié une série de meurtres quasi parfaits qu’il présente à la journaliste Taylor Gentry et son équipe, qui pourront, pourquoi pas, le populariser encore plus une fois ses actes atroces commis. Ainsi, le long-métrage suit toute l'élaboration de son projet grâce à l’équipe de jeunes reporters le filmant constamment dans son intimité. Et notre futur boogeyman va être très généreux puisqu’il va dévoiler tous ses stratagèmes pour effrayer puis décimer de jeunes adolescents en s'inspirant des plus célèbres films d'horreur. De cette façon, on y voit pratiquement tous les dessous de la vie du tueur typique de slasher movies si bien que Derrière le masque pourrait se présenter comme une anthologie quasi encyclopédique du serial killer débutant. Du choix des victimes, aux lieux et à l’élaboration des meurtres, en passant par ce qu’il ne faut jamais faire, tout nous est dévoilé, ce qui devrait ravir les fans de slashers de la première heure mais aussi les autres. A ce titre, comment ne pas apprécier également le catalogue des récurrences des slashers inventorié par Leslie (un motif pour dézinguer les habitants d’un endroit en particulier, l’assassinat en règle des jeunes fornicateurs, l’affrontement final avec le ou la vierge ou bien encore la lutte suivie avec l’ennemi juré du tueur en série, nommé intelligemment ici l’ « Achab », en référence à un livre bien connu d’Herman Melville). Les amateurs apprécieront tout aussi bien les multiples références et autres clins d’œil (vus en tout cas dans la version uncut) tels que : Mancuso, le vrai patronyme de Leslie est un emprunt à un acteur de « Black Christmas 1974 » mais aussi au nom d’un producteur de la saga « Vendredi 13 », la femme d’Eugene se prénomme Jamie comme une célèbre actrice de films de genre, Leslie a une bouteille de médicament « Stay awake » (littéralement « reste éveillé ») comme dans « Les griffes de la nuit », les noms des tortues de Leslie font allusion à des animaux dans « Simetierre », et bien d’autres encore à l’instar de « Hellraiser », « Shining », « Gore, gore, girls », etc.



En 1996, « Scream » réinventait le slasher avec son tueur affublé d’un masque mémorable (inspiré du tableau « Le cri » d’Edvard Munch) et surtout fan de films d’horreur. Trois ans plus tard, « Le Projet Blair Witch » marquait lui aussi les esprits avec la réactualisation du « documenteur », méthode consistant à inclure la caméra et l'équipe de tournage dans le scénario. Eh bien en 2006, le réalisateur débutant Scott Glosserman pousse la chose encore plus loin avec Derrière le masque, son premier long-métrage, puisqu’il mixe les deux habilement en nous présentant un faux documentaire qui analyse et dévoile les coulisses du slasher via son tueur pédagogue filmé dans son quotidien et en passe de devenir le serial killer ultime à la hauteur des Jason, Freddy et consorts. Ainsi, après avoir exploité la voie du « mockumentary » pendant une première partie sympathique, Derrière le masque se mue en véritable slasher où l’on peut ainsi tester les connaissances de Leslie en la matière et les nôtres aussi par la même occasion. La dernière demi-heure, quant à elle, est entièrement consacrée au massacre que notre boogeyman en devenir a soigneusement préparé. Admirable dans sa narration et véritable hommage à ses références plutôt que parodie potache à la « Tucker et Dale fightent le mal », Derrière le masque se révèle beaucoup plus intelligent qu'on ne l'avait cru au départ et son ambiance, malgré un budget de série B étriqué, fait agréablement penser aux meilleurs opus des sagas « Halloween » et autres « Vendredi 13 » qu’il réussit même à égaler par moments.



Mais la crédibilité du film n’aurait jamais pu transparaître à l’écran sans la performance épatante de Nathan Baesel dans le rôle de Leslie Vernon. Celui-ci offre une interprétation magistrale et à l'opposé de ce à quoi on s'attend d'un serial killer habituel. Il apparaît, en effet, très affable, avec un sens de l’humour caustique et c’est surtout un charmant jeune homme. Une sacrée prouesse pour un acteur jusque-là cantonné à de petits rôles dans des séries télévisées mineures. Il faut aussi noter la présence d’autres « monstres sacrés » des films de genre avec : Robert Englund (Freddy Krueger, c’est lui), dans un rôle qui n'est pas sans rappeler celui du docteur Loomis dans « Halloween, la nuit des masques », Zelda Rubinstein (la naine médium dans « Poltergeist », c’est elle) et Kane Hodder (qui interprète plusieurs fois Jason Voorhees dans la série des « Vendredi 13 ») dans un caméo. Deux autres acteurs sont également très bons : Angela Goethals qui joue la journaliste Taylor Gentry et Scott Wilson (vu récemment dans « The walking dead ») alias Eugene, le mentor de Leslie et tueur en série à la retraite, un rôle peu commun mais sur mesure pour cet acteur habitué aux seconds rôles.

Les plus exigeants d’entre nous pourront toutefois regretter quelques défaut mineurs comme : une fin qu’on peut avoir devinée avant si on est une encyclopédie sur pattes comme Leslie, l’absence de scènes gore lors des meurtres souvent filmés hors-champ ou encore la participation un peu trop fantasque de Robert Englund dans un anti-rôle qui lui va pourtant bien, mais qui peut casser un peu le rythme du métrage. Mais que les plus déçus se rassurent, les ultimes plans qu’on peut visionner lors du générique final réservent une surprise de taille et sont surtout accompagnés d’un score du tonnerre et qui veut tout dire : « Psycho killer » des Talkings Heads. Et vous entonnerez tous en chœur : « Psycho killer, qu’est-ce que c’est ? Fa, fa, fa, fa, fa, fa, fa, fa, fa ».



Ainsi, Derrière le masque dissèque les codes du slasher typique avec dérision et cynisme et se présente comme une analyse fascinante d’un sous-genre souvent méprisé. Doté d'un scénario astucieux et d'une bonne interprétation (remarquable Nathan Baesel), ce long-métrage s'avère être un excellent faux documentaire racontant de manière passionnante le parcours d'un jeune homme totalement ordinaire dans sa quête pour devenir un véritable serial killer masqué. Ce petit film prouve ainsi qu'avec un minimum de recherches sur son sujet et un peu d'intelligence, on peut faire un métrage surprenant comportant pour partie la trame classique des slashers d'autrefois tout en rendant hommage aux plus célèbres d’entre eux et créer un nouveau boogeyman très crédible. Qui a dit que le slasher movie était mort ?

Notons que la séquelle « Before the Mask : The Return of Leslie Vernon » alias « B4TM » serait, aux dernières nouvelles, en préparation mais qu’on peut déjà voir sur le Net quelques teasers et autres vidéos.






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