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Bunny est une prostituée complètement accro à la drogue qui multiplie les passes pour pouvoir acheter ses doses. Un jour, elle est accostée par un routier qui la prend dans son véhicule. Malheureusement pour Bunny, le chauffeur est un pervers désaxé qui va la séquestrer et lui infliger de nombreux sévices, l'avilissant comme un simple objet sexuel...



Le Torture porn continue de sévir sur les écrans et semble toujours avoir ses amateurs, tout comme ses détracteurs. Alors que les films professionnels comme la saga "Saw" ou la saga "Hostel" ont popularisé ce genre, des réalisateurs indépendants se sont lancés dans cette mouvance, cherchant à aller encore plus loin au niveau de la représentation graphique de la violence et du réalisme. On pense évidemment à la monstrueuse série des "August Underground" ou à des films chocs comme "Snuff 102", "The great american snuff film" ou à la trilogie du réalisateur Lucifer Valentine ("Slaughtered vomit gore", "Regoregitated sacrifice" et "Slow torture puke chamber"). Des films semi-amateurs qui reculent on ne peut plus loin les limites de l’insoutenable. The bunny game se réclame de cette tendance tout en affichant une volonté de professionnalisme qui fait souvent défaut aux films précités. J’entends par là que le film d’Adam Rehmeier est admirablement bien filmé, que le casting est plus que convaincant et que la mise en scène et les images sont travaillées et ne donne pas du tout la désagréable impression de regarder un long métrage filmé au caméscope (ce qui a pour effet de rendre encore plus réaliste certains films certes, mais quand même…). Précédé d’une réputation de film choc et insoutenable, The bunny game tient-il la route pour autant ? C’est ce que pense certainement la commission de censure britannique puisqu’elle a purement et simplement interdit toute diffusion du film sur son territoire. Alors, qu’en est-il réellement ?



The Bunny Game se veut ultra réaliste, choquant. C’est un film d'horreur psychologique selon les dires du réalisateur qui amène le spectateur aux limites de la folie humaine. Le routier va jouer avec sa victime comme le faisait la famille de Leatherface avec Sally dans « Massacre à la tronçonneuse ». Sans donner la moindre importance à la dignité humaine, considérant sa proie comme un simple morceau de viande qu'on peut tondre, torturer, humilier, jusqu'à la faire régresser à l'état primitif. Un concept qu'on a également vu dans « Martyrs » par exemple. Avec The Bunny Game, Adam Rehmeier veut aller le plus loin possible dans la torture psychologique, filmant son long métrage de façon crue, en noir et blanc, collant sa caméra au plus près de ses protagonistes. Une sorte de cinéma-vérité horrifique. On apprendra d'ailleurs dans une interview donnée par Adam Rehmeier que l'actrice Rodleen Getsic a elle-même été enlevée et séquestrée et que The Bunny Game est pour elle une sorte de catharsis pour exorciser ce douloureux passé. Elle se révèle d'ailleurs assez bluffante dans le film, totalement investie dans son personnage de paumée à qui la vie ne sourit jamais, allant jusqu'à exécuter des scènes de sexes orales non simulées. Autre élément apportant une crédibilité aux séquences de tortures, aucun effet spécial n’a été utilisé. Tout ce que vous voyez dans le film a été réellement fait. On peut se demander quel est l’intérêt de se faire vraiment marquer au fer rouge par exemple alors qu’un effet bien placé aurait permis d’obtenir le même résultat. En tout cas, Adam Rehmeier a été au bout de son projet et a mis toute son énergie pour le mener à bien, soutenu par des acteurs lui étant entièrement dévoués.



Malheureusement, le résultat final laisse une impression mitigée. Car il faut bien reconnaître qu'on s'ennuie particulièrement longtemps et que les images proposées ne sont guère traumatisantes. Certes, le film devrait faire son petit effet sur les non-initiés mais les amateurs avertis ne seront guère bouleversés ou traumatisés. N'importe quelle vidéo de spectacle sado-maso est bien plus dérangeante que The Bunny Game. Le souci est qu’on a du mal à entrer en communion avec l’héroïne du film et qu’une certaine distance s’établit entre les images et le spectateur qui devient une sorte de voyeur mais qui ne ressent que peu de compassion pour la victime. On regarde alors le sort tragique de Bunny d’un œil détaché, sans ressentir vraiment d’émotions particulières. Tout le contraire de ce que j’ai ressenti à la vision de « Martyrs » par exemple. Est-ce dû à l’approche très expérimentale du film, qui est principalement muet, la quasi majorité des sons entendus étant de la musique ou les hurlements et pleurs de Bunny ? Parmi les points positifs, on appréciera par contre (sic !) la séquence où la victime se retrouve affublée du fameux déguisement de lapin, son tortionnaire portant une sorte de masque de cuir imitant la physionomie du cochon. Une séquence limite irrationnelle, comme un cauchemar sorti d'un esprit malade et qui est vraiment très réussi ! Malheureusement, elle se noie dans un océan d'ennui.



The Bunny Game aura bien du mal à trouver son public, hormis chez les amateurs de films expérimentaux. On est loin du film d’horreur « classique » et l’approche très « Eraserhead » déstabilisera certainement la majorité des spectateurs. Adam Rehmeier malmène le spectateur aussi bien visuellement que sensoriellement, ne laisse pas indifférent certes mais au final, The Bunny Game ne parvient pas vraiment à se montrer réellement intéressant et se révèle assez vain en fin de compte. Y a-t-il réellement un discours derrière ces images ? Le réalisateur explique que son film est « une méditation sur l'énergie négative et comment on peut la laisser guider notre vie ». Possible. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, est un film à part en tout cas.








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