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Il y a 50 ans, les forces japonaises détruisaient Godzilla. Mais lorsqu’une série de catastrophes naturelles commence à frapper le Japon et qu’un sous-marin américain disparaît mystérieusement, il semble qu’il soit de retour, nourri de la colère des âmes des victimes de la Seconde Guerre Mondiale. Alors que les militaires sont impuissants devant le monstre, trois autres créatures apparaissent, trois Bêtes Sacrées ayant pour mission de protéger le Japon depuis des siècles : Baragon, Mothra et King Ghidorah. L’avenir du pays dépend dès lors de l’issue de cet affrontement titanesque...



Après les semi-échecs commerciaux de "Godzilla 2000 Millenium" et "Godzilla X Megaguirus", la Toho cherche à redorer son blason auprès des fans de kaiju eiga. Pour cela, elle va joindre Shusuke Kaneko, le réalisateur de la trilogie Gamera. En effet ce dernier, pendant l'absence de godzilla entre 1995 et 1999, est parvenu à réhabiliter la tortue géante, égérie de la Daiei, la concurrente historique de la Toho pour le film de monstre. Surtout, le réalisateur d'un des segments de "Necronomicon" a révolutionné le genre, par des scénarii inventifs, une réalisation remarquable, et une nouvelle idée des effets spéciaux, donnant un peu plus de place au numérique. Ainsi, "Gamera : Gardien de l'Univers", "Gamera : l'attaque de Legion" et "Gamera : la revanche d'Iris" ont été des réussites incontestables, formant ce qui est depuis considéré comme la meilleure trilogie du kaiju eiga, le troisième ayant même très souvent droit au titre de meilleur film du genre. Ainsi, en débauchant le réalisateur à succès, la Toho souhaite revenir à son succès passé. Néanmoins, Kaneko devra se résigner à abandonner plusieurs de ses idées, et affrontera plusieurs fois le jugement ultra conservateur du studio japonais.



Parce que "Godzilla, Mothra, King Ghidorah: Giant Monsters All Out Attack" (que j'appellerai désormais par son surnom, gmk, c'est quand même plus court!) n'est pas le scénario que voulait initialement suivre Kaneko. Il souhaitait ainsi voir godzilla affronter un cosmonaute infecté par un virus, devenant peu à peu une créature titanesque. Un scénario dont le traitement aurait été très sombre. Il doit néanmoins se rabattre sur le scénario de "GMK", et se voit opposer un nouveau refus. Alors que, pour mettre en valeur godzilla, Kaneko souhaitait le faire affronter des ennemis moins puissants et imposants que lui, Varan de "Baran le monstre géant" et Anguirus, apparu dans de nombreux films de la saga dont "Le retour de Godzilla 1955", la Toho va lui imposer, aux côtés de Baragon (issu principalement de "Frankenstein conquers the world") les stars Mothra et King Ghidorah, plus populaires, et donc plus lucratives. Néanmoins fidèle à son idée de mettre en valeur godzilla face à ses adversaires, le réalisateur va apporter à chacun de ces monstres quelques modifications. Ainsi King Ghidorah, devenant pour la première fois un monstre bienveillant, va voir sa taille réduite, devenant ainsi moins grand que le Big G. Ses visages deviennent un peu moins menaçant et Fuyuki Shinada, chargé du design des costumes, leur apportera quelques caractéristiques de Varan, déçu de ne pas voir ce dernier apparaître. Mothra voit également sa taille réduite, et certaines de ses attaques classiques ont disparu (son nuage empoisonné ou le cocon autour de son adversaire), au profit d'une nouvelle. Et surtout, elle est enfin débarrassée de son aspect pelucheux, qui était un peu ridicule. On notera également l'absence de ses deux prophétesses, les Shobijins, simplement reléguées au rang de clin d'oeil. Baragon enfin, le moins populaire des trois, se voit simplement privé de son rayon d'énergie.

Nous en arrivons donc à godzilla, qui fait lui aussi l'objet de plusieurs retouches.En effet, le costume "Soukougekigoji" (chaque costume possède son propre nom) va lui donner une apparence très menaçante. Très massif, d'une couleur très sombre, le costume impressionne surtout par l'apparence du visage: très carré, avec de longues canines et surtout, des yeux sans pupilles, entièrement blancs, donnant au dinosaure atomique un aspect volontairement démoniaque. Encore une fois, cette originalité sur les yeux vaudra à Kaneko les reproches des vieux réac' de la Toho. Mais s'il a un physique aussi menaçant, c'est parce que godzilla n'est ici pas un simple animal mutant créé par les radiations, mais a un côté mystique. Bien sûr, le côté nucléaire est toujours présent, mais godzilla est représenté comme l'émanation des esprits des victimes de la Guerre du Pacifique lors de la Seconde Guerre Mondiale, renouant avec cette critique anti-militariste du tout premier "Godzilla". Strictement malfaisant, il est ainsi entouré d'une aura de haine, de cruauté, de fureur, n'hésitant pas à tuer par simple caprice ou sous la colère des humains, ou encore à s'acharner sur des adversaires plus faibles que lui. Sa puissance est également redoutable, étant plus que jamais résistant aux assauts de l'armée japonaises, ou à ceux de ses ennemis. Car godzilla affronte ici quatre adversaires: les humains, dont l'Amiral Tachinaba, qui enfant avait vécu la première attaque de godzilla (notons que, comme ses prédécesseurs de la période Millenium, gmk se pose en suite directe de "Godzilla", ignorant les épisodes précédents), et trois monstres. Ces trois monstres, ce sont les Trois Gardiens. En effet, selon une légende, il existait dans le Japon ancien trois monstres, trois "Bêtes Sacrées" chargées de préserver le Japon...mais pas forcément les Japonais, ce qui se remarquera clairement lors de leurs apparitions. Ainsi Baragon, Gardien associé à la Terre, Mothra, associée à l'Air et Ghidorah, le Dragon Millénaire, gardien de l'Eau s'opposeront à godzilla lorsque celui ci reviendra attaquer le Japon.



Lorsque le premier incident se produit, à savoir la destruction d'un sous-marin nucléaire, et que le seul indice sera l'apparition de plaques dorsales blanches, l'ombre de godzilla recommence à planer sur le Japon. Il sera d'ailleurs précisé que les américains prétendent que godzilla aurait attaqué New York à la fin du vingtième siècle, une thèse que les japonais réfutent. Il s'agit bien entendu d'un clin d'oeil narquois au "Godzilla (1998)" de Emmerich, considéré comme une trahison envers l'esprit de la saga. Toutefois, sans preuve suffisante, on ne prend pas la menace au sérieux du côté de l'Etat-major japonais. De même, lorsque des incidents surviennent dans le pays (un monstre, identifié par un témoin comme étant godzilla, détruit un tunnel, y piègeant un groupe de bosozokus [bande de motards japonais]; un autre monstre apparaît au lac Ikeda, fabriquant rapidement un cocon; un homme découvre un monstre géant hibernant dans une grotte; des séismes dont l'épicentre se déplace se font ressentir...), les autorités auront tendance à sous-estimer le danger, estimant même que le progrès des armements suffira à défaire godzilla s'il apparaît réellement. Devant les échecs cuisants de l'armée, le commandement sera rapidement donné à l'Amiral Tachinaba, plus expérimenté.

A côté de la bataille entre les monstres et l'armée, le film suit le sort de Yuri (interprétée par Shiharu Nîyama, que l'on retrouvera dans "Ju On: The Grudge 2"), fille de l'amiral et jeune journaliste à la recherche d'un grand article pour se faire un nom. Elle s'intéresse ainsi de près à la légende des Trois Gardiens, et sera la première à faire le lien avec les incidents qui se produisent, permettant notamment de nommer les monstres, mais aussi d'éviter que l'armée ne les perçoive comme une menace. Comme pour sa trilogie Gamera, Shusuke Kaneko fait intervenir des personnages aux contours très bien dessinés, avec une vraie personnalité, ce qui manque cruellement à certains épisodes. Même les seconds rôles sont bien définis, tels ce soldat relayant les ordres ou les collègues de Yuri. Et là où l'importance donnée aux humains pourrait alourdir le film, ces personnages donnent une grande fluidité au récit, et on ne s'ennuie pas en attendant les scènes de combats. Là encore, Kaneko apporte sa science de la réalisation, et reprend un des points perfectionnés sur les Gamera: la constante mise en relation entre les monstres et les humains, afin de mieux mettre en évidence le côté colossal des créatures. En effet, il filme godzilla et ses camarades du sol, dans des plans empêchant souvent de les voir en entier. Sur les plans plus lointain, il introduit au premier plan des humains prenant la fuite, ou des véhicules, des bâtiments, toujours dans ce souci de retranscrire le gigantisme. Gigantisme qui sera renforcé par le travail sur les sons et les secousses à chaque pas des monstres, avertissant les habitants que quelque chose d'énorme approche. Kaneko fera même un gros clin d'oeil à sa trilogie, reprenant le plan vu dans "Gamera: Attack of Legion" où un personnage voit les monstres de sa propre voiture. Le réalisme des créatures sera également renforcé par la qualité des effets spéciaux. Mêlant, une nouvelle fois comme pour sa trilogie Gamera, "suit-motion" (acteurs sous le costume des monstres) et effets numériques, le résultat est par moments saisissant, notamment en ce qui concerne Mothra. Il faut bien reconnaître en revanche les limites du numériques, qui nous donne quelques plans assez artificiels, comme l'éveil de King Ghidorah.



Ces qualités de réalisation donneront des combats magnifiques, très intenses, pendant lesquels les monstres n'épargneront rien ni personne. Mention spéciale au combat entre godzilla et Baragon, le courage et la ténacité de ce dernier face à ce combat perdu d'avance créant une forte empathie. L'affrontement final, en plein Tokyo et au milieu des militaires, entre le monstre atomique et Mothra et Ghidorah sera également dantesque, le premier semblant vraiment inarrêtable, et trônant au milieu de la mégalopole en flammes, détruisant tout en quelques secondes. Enfin, le film ne serait sans doute pas aussi bon qu'il ne l'est sans son score musical. En dehors de la reprise des thèmes de godzilla et King Ghidorah de Akira Ifukube, ces musiques ont été créées par Ko Otani, également compositeur sur la trilogie Gamera. On trouve ainsi des musiques qui apportent une réelle énergie au film, accompagnant à merveille les scènes d'action, les passages mystérieux ou les séquences plus tristes.

Ce gmk est donc tout simplement mon film préféré de toute la saga, devançant même le premier "Godzilla". Un scénario qui s’émancipe enfin des codes imposés par la Toho, des effets spéciaux très réussis, des personnages bien mis en valeur, des combats titanesques, et la réalisation inspirée de l’homme qui a révolutionné le genre...Ca n’atteint certes pas la qualité de "Gamera 3 : Revenge of Iris", mais c’est indéniablement l’un des plus grands kaiju eiga à ce jour.