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Le Japon connaît de gros problèmes de pollution: les cours d'eau et l'atmosphère sont souillés par l'évolution des villes et des usines. Cela va avoir pour conséquence de faire naître Hedorah, monstre extraterrestre se nourrissant de déchets toxiques. Alors qu'il détruit les villes, menace les populations et devient de plus en plus puissant, le seul espoir du Japon semble être le retour de Godzilla pour affronter l'informe créature. Alors que l'affrontement entre les deux monstres fait bientôt rage, les humains tentent de trouver une solution pour faire disparaître Hedorah.



La période Showa de la saga Godzilla ressemble décidément, à la fin des années 60, à des montagnes russes. Mauvais films et films moyens/bons se succèdent les uns aux autres et, après la catastrophe "Godzilla's revenge", j'ai tendance à considérer ce "Godzilla vs Hedorah" comme un pic dans la série plutôt que comme un creux. Un avis que n'aura pas à l'époque la Toho, estimant que le nouveau venu à la réalisation Yoshimitsu Banno a, avec ce film, saboté l'esprit de la série (on croit rêver...). Résultat : alors que le réalisateur était pressenti pour réaliser godzilla vs hedorah 2 (comme le sous-entend d'ailleurs la fin du film avec la phrase: "and yet another one?" accompagnant une forme dense parmi les déchets), il ne sera plus jamais appelé à la réalisation d'un Godzilla, et le monstre Hedorah devra attendre le Hall of Fame de Kitamura "Godzilla Final Wars" pour avoir à nouveau droit aux projecteurs. Il est vrai que le film est pas mal en marge des précédents opus de la saga. D'abord, le sujet redevient sérieux : Banno dénonce ici clairement la pollution, et nous livre une morale selon laquelle nous aurons un jour le prix à payer pour ce que nous faisons à la nature. Il illustre son propos par de nombreuses images de déchets, de détritus flottant sur les eaux, de fumées omniprésentes... Hedorah lui même est un produit de cette pollution, absorbant les gaz à effets de serre, qu'il recycle en acide sulfurique (là où certains personnages voyaient finalement le fait qu'il absorbe la population comme une bonne chose). Bref, un thème qui donne un cadre assez sombre à l'ouvrage, ce qui sera surtout marqué par la présence de squelettes humains à l'écran. En effet, l'acide secrété par Hedorah fait fondre les victimes devant nous, ce qui nous rend témoin d'une certaine violence graphique (relative bien entendu, il ne faut pas s'attendre à des débordements gores) étonnante (et surtout unique si je ne me trompe) dans la série.



Si tout le film restait sur ces bases, le résultat aurait sans doute été grandiose. Malheureusement, Banno sacrifie quand même à la direction niaise de l'époque en intégrant un petit garçon parmi les personnages principaux. Mais cela va surtout se traduire par un film psychédélique dans bien des scènes. En effet, le réalisateur joue sur les images et la musique pour nous offrir un résultat étrange. On trouve ainsi dès le début du film une introduction en forme de clip musical, comme dans les James Bond. La musique (mi-rock, mi-disco) accompagne ensuite des images d'une boîte de nuit, dans laquelle les clients sont déguisés de façon farfelues et où les projecteurs diffusent des couleurs vives. Si je voulais lancer une petite pique, je pourrais vous dire que Argento n'a rien inventé au niveau des couleurs criardes et la musique trop présente, mais je vais m'abstenir (comment ça "trop tard"?). Ce côté psychédélique se retrouve jusque dans le regard d’Hedorah, œil humain mis à la verticale et d'un rouge intense. Mais le plus étonnant est finalement la présence de passages en dessins animés pour illustrer certaines scènes.



Ce côté décalé se manifeste enfin également dans les combats entre Godzilla et Hedorah. Nous revenons en effet à deux seuls monstres, bien loin de la prolifération des épisodes précédents, même si Hedorah revêt au final trois formes différentes : une aquatique, une terrestre et une volante; de même sa taille évolue au fil du film, de microscopique à gigantesque, dépassant même Godzilla. Un adversaire de taille donc, capable de projeter des sécrétions irritantes (qui coutera un œil au reptile géant) et des rayons lasers avec les yeux. Les affrontements seront assez nombreux, accompagnés des thèmes des deux monstres -celui de Godzilla étant d'ailleurs très "pataud", et donnant au big G un rôle un peu plus martyre que d'habitude, ce dernier étant sérieusement en difficulté face au monstre nauséabond. Heureusement, les humains lui viendront en aide grâce à leur technologie, et Godzilla se vengera cruellement de la blessure oculaire que lui a infligée son ennemi : il arrachera les yeux d’Hedorah, dans une scène qui surprend une nouvelle fois par la violence thématique et par sa signification (on est en plein dans la loi du Talion: oeil pour oeil...). Le combat ne sera toutefois pas terminé et, Hedorah s'enfuyant en volant, Godzilla se met en tête de le suivre...en volant à sa poursuite. Quand je dis voler, il faut vraiment le voir pour s'en faire une idée : il se propulse en arrière grâce à son souffle atomique, en position assise et la queue ramenée entre ses pattes...Bref, une touche burlesque pour terminer le métrage.



godzilla vs hedorah est donc, comme dit plus haut, un film renié par la Toho. Pourtant, reprenant enfin un thème sérieux, sans pourtant oublier le côté naïf de la saga, Banno rapproche un peu le métrage de ses origines. La présence d'un thème fort, avec un monstre au design adapté et assez charismatique, une certaine violence et un scénario qui ne se limite pas à une succession de combats, joue largement en sa faveur. Malheureusement, son côté psychédélique un peu trop poussé l'empêche d'être un vrai bon film. Reste donc un métrage à part, assez curieux, que j'apprécie assez malgré ses quelques défauts.








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