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A la suite de l'attaque de Godzilla sur Tokyo, quelques unes de ses cellules sont récupérées pour être étudiées par le docteur Shiragami. Ce dernier souhaite utiliser la capacité d'auto-reproduction des cellules Godzilla pour créer, par manipulation génétique, des plantes qui pourraient survivre dans le désert. Mais son laboratoire est bombardé, causant la mort de sa fille. Shiragami abandonne alors le projet pour s'occuper d'une rose, dans laquelle il pense que l'esprit de sa fille s'est réincarné. Des années plus tard, alors que le monstre atomique se réveille, le gouvernement lui demande de travailler de nouveau sur les cellules Godzilla afin de créer une arme pour anéantir ce dernier. Mais le professeur va combiner les cellules du monstre avec celle de la rose, créant un nouveau monstre : Biollante, le pendant végétal de Godzilla. Dans le même temps, des espions tentent de s'emparer des cellules pour leur pays.



Après "Le Retour de Godzilla 1984", il faudra attendre cinq ans pour voir débarquer de nouveau le Roi des monstres. La Toho lança pour l'occasion un concours de scenarii, qui fut remporté par un dentiste, Shinishiro Kobayashi. Il eut ainsi l'honneur de voir son script adapté à l'écran, après plusieurs modifications. Peut-être est ce là l'explication à une histoire qui part un peu dans tous les sens : au-delà du film de monstres, "Godzilla vs Biollante" part dans le film d'espionnage à la James Bond (le réalisateur, Kasuki Omori, étant fan de la saga de l'agent 007), dans le surnaturel, dans la dénonciation du génétique, le terrorisme, etc. Une diversité des genres qui n'est pas sans rappeler certains films de la période Showa, au point d'en attendre pratiquement une invasion extraterrestre ! Ces écarts manquent d'ailleurs cruellement de sérieux, que ce soit dans les nombreux affrontements entre espions, rythmés par un remix rock du thème de Godzilla, dénués de punch et d'intérêt, ou dans les diverses explications scientifiques du film, la plus étonnante restant sans doute que notre monstre atomique préféré a un corps très froid !



Pourtant, cette recette indigeste au premier regard passe relativement bien. Le film est assez rythmé, les acteurs parfois très bons (mention spéciale à Yoshito Tanaka), mais aussi parfois très mauvais, avec cette fois une attention particulière à l'espion de l'Etat imaginaire de Saradia, que l'on croirait sorti tout droit d'un nanar philippin ! On notera également l'apparition du personnage de Miki Saegusa, joué par Megumi Odaka, qui sera le premier personnage récurrent de la saga, revenant ainsi à chaque film de l'ère Heisei, jusqu'à "Godzilla vs Destoroyah" en 1995. Premier personnage récurrent, qu'il faut bien distinguer des acteurs récurrents jouant des rôles différents selon le film, comme c'était l'usage dans les années 1960 et 1970 dans la saga. Ce personnage introduit une touche surnaturelle dans la saga, puisque doté de pouvoirs télépathiques, étant capable par exemple de lire dans les pensées des monstres ou de leur imposer sa volonté. Elle, car c’est une femme, aura un rapport privilégié avec Godzilla, pouvant plus ou moins communiquer avec lui, et est à ce titre l'un des personnages les plus importants de toute la saga.



Côté monstre, Godzilla affronte ici un nouvel adversaire : Biollante. Il s'agit de la combinaison entre l'ADN du Big G, l'ADN d'une rose, et l'esprit de la fille du Dr Shiragami. A l'origine, ce dernier voulait donner la vie éternelle à la plante dans laquelle l'âme de son enfant se serait réincarnée, mais l'expérience a des effets désastreux (oui, c'est presque un pléonasme dans l'univers du film fantastique), et le monstre hybride grandit rapidement. Biollante, dont le nom renvoie, selon les personnages du film, à l'âme spirituelle dans la mythologie nordique, apparaîtra sous deux formes différentes. Pour la première, elle sera assez déstabilisante, mais ne manquera pas de charme et de poésie : il s'agit d'une créature énorme, dont la tête est tout simplement une rose géante. La seconde forme, en revanche, montre ce qui est sans aucun doute parmi les monstres les plus effrayants du bestiaire de la Toho : Biollante a cette fois une mâchoire impressionnante, tapissée de dents acérées, et a quasiment doublé de taille ! Une créature que n'aurait sans doute pas reniée Lovecraft. Sous cette forme, elle usera de lianes se terminant soit en forme de lance, soit par une gueule aux dents tranchantes. Anecdote qui pourra intéresser les amateurs de films d'horreur asiatiques : la plainte de Biollante est utilisée dans "Ring 2", au début de la scène de la piscine. Bref, l'aspect général de cette seconde forme est tout à fait saisissant, et n'est pas gâché par la qualité des effets spéciaux.



En effet, ce dix-huitième film de la saga marque des progrès très nets en matière de costumes : Biollante est d'un réalisme troublant, et Godzilla trouve ici l'une de ses apparitions les plus réalistes. Finis les gros yeux blancs et le cou immobile, le monstre dispose enfin d'un faciès menaçant, renforcé par les mouvements du visage, notamment dans les hurlements. Une réussite indéniable tant sur les plans rapprochés que sur les nombreux plans larges, Godzilla détruisant à notre plus grande joie des quartiers entiers d’Osaka lors de son affrontement final avec la nouvelle arme de l'armée japonaise, un vaisseau capable de renvoyer le rayon atomique à son expéditeur, nommé Super X-II. Des scènes de destructions et de combats intenses malgré leur faible présence, bien aidée par une réalisation de qualité : Omori donne une véritable intensité à ses affrontements, et la photographie est de toute beauté, les perspectives pertinentes, notamment pour les scènes du lac. On regrettera simplement qu'une scène montrant un tapis de roses recouvrir ledit lac ait été coupée au montage.



Le film aborde enfin les dangers des manipulations génétiques : Biollante naît d'une de ces expériences, et plusieurs puissances se battent pour obtenir les cellules Godzilla, qui leur permettrait d'avoir un monopole sur la production de céréales, mais également de produire une arme capable de faire disparaître la menace nucléaire. Mais ne nous leurrons pas, ce discours engagé occupe une place mineure dans le film, bien que repris dans plusieurs monologues, dont la conclusion. L'intérêt du film vient plutôt d'une mise en image efficace et d'un rythme soutenu, même si l'histoire se noie souvent dans la complexité de son scénario. Bref, un Godzilla agréable, qui confirme le retour en forme de l'icone japonaise après "Le Retour de Godzilla 1984", et avant "Godzilla vs King Ghidorah".








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