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En 1995, aux larges des Philippines, le navire Kairyu-Maru, transportant du plutonium, heurte un atoll. L'équipage note alors que l'immense forme semble se déplacer, et une équipe de scientifiques est chargée de l'étudier. Après avoir récupérés des matériaux étranges, ils découvrent une stèle prédisant l'apparition des Forces du Mal, les Gyaos, et du Gardien de l'Univers, Gamera. Dans le même temps, les habitants d'un village de pêcheurs disparaissent. Il apparaît rapidement qu'ils ont été attaqués par des créatures volantes encore inconnues...



Dans l'univers du kaiju eiga, la créature la plus connue est bien évidemment Godzilla. Jouissant d'une popularité mondiale, le monstre atomique a été à l'origine du genre, dont il est le principal représentant. Evidemment, un tel succès a entraîné en Asie une énorme vague de déclinaisons. Si la Toho reprenait sa propre recette dans des films comme "Rodan", "Mothra" ou bien sûr les Godzilla, on verra également naître des monstres tels que "Yongary", "Gappa", "Itoka, le monstre des galaxies", ou même "Gorgo" en Grande-Bretagne. Parmi ces imitations, une créature va se montrer particulièrement prolifique: "Gamera". Née en 1965, la tortue géante de la Daiei, la firme concurrente de la Toho, apparaîtra dans sept films entre 1965 et 1971, avant une tentative ratée de come-back en 1980. Rapidement, le monstre a été présenté comme "l'ami des enfants", s'engouffrant largement dans la porte alors entr'ouverte par la saga Godzilla. Ainsi, la saga gamera est jusqu'alors constituée de films pour enfants, souvent fauchés.

Au début des années 1990, avec l'essoufflement public de la saga Godzilla, la résurrection de gamera revient au goût du jour. Pour mettre en image ce retour, plusieurs réalisateurs sont envisagés, et c'est finalement Shusuke Kaneko, dont la réputation grandit au Japon, qui est choisi. En Occident, il est surtout connu pour avoir participé au film à sketches "Necronomicon", signant le segment "The Cold". Fan de kaiju eiga depuis son enfance, la possibilité de réaliser son propre film du genre était la concrétisation d'un rêve de toujours. Kaneko réunit alors une équipe composée d'un nouveau directeur des effets Shinji Higuchi, et de Kazunori Ito comme scénariste. La suite? Le film fut un tel succès public et critique qu'il réalisera lui-même les deux suites de ce "gamera: Guardian of the Universe". Et face à ce succès, la Toho lui demandera logiquement de réaliser un Godzilla, avec "Godzilla, mothra, King Ghidorah: Giant Monsters All-Out Attack".



Si le film rencontre un tel succès, c'est parce qu'il apporte un vent de fraicheur sur un genre qui commençait à s'enfermer dans ses codes et ses clichés. Ainsi, la saga Heisei de Godzilla, bien que n'étant pas mauvaise, se contente d'affrontements entre monstres, au détriment de véritables scenarii. Lassé, le public se fait moins présent en salles, malgré la présence de monstres stars. Guardian of the Universe met certes en images un affrontement entre plusieurs créatures, mais le fera en s'appuyant sur un véritable scenario, puisant dans un univers mystique, mettant ainsi de côté l'éternelle parabole du nucléaire (qui n'est ici qu'évoquée). Une approche qui donne une véritable mythologie aux créatures. Ainsi, les Gyaos sont des créatures créées par une ancienne civilisation technologiquement avancée (renvoyant directement à l'Atlantide) pour se nourrir de la pollution engendrée par les progrès scientifiques. Mais avec l'augmentation des déchets, les monstres grandirent et commencèrent à se reproduire rapidement, échappant du contrôle des scientifiques, et commencèrent à se nourrir d'humains. Pour lutter contre le fléau, ils créerent des gamera. Lorsque l'affrontement prît fin, la civilisation détruite fit entrer le dernier des gardiens en hibernation, jusqu'au jour où les Gyaos reviendraient.

Kaneko puise ainsi dans les croyances populaires pour justifier l'origine de ses créatures.
Ainsi, à côté de la référence évidente au continent englouti de l'Atlantide (ou à celui de Mu), il s'appuie aussi sur les mythologies chinoise et japonaise. Ainsi, gamera et Gyaos renvoient aux quatre animaux totem des orients et du zodiaque chinois, le premier représentant la Tortue Noire du Nord (Genbu), le second l'Oiseau Vermillon du Sud (Suzaku). Ce qui nous amène directement à l'apparence des deux monstres. gamera est donc une tortue gigantesque créée par une ancienne civilisation, là où il s'agissait d'une simple créature préhistorique révéillé par le nucléaire dans les films précédents. Elle conserve ici un aspect assez "doux", conservant largement son apparence classique malgré une large modernisation au niveau du corps, la montrant plus ronde que son ancienne version plutôt applatie. Tout comme Godzilla, elle dispose d'un "rayon" de puissance. Là où le public néophyte pourra être surpris, c'est par le fait que la tortue vole. L'effet, tiré à l'identique de la saga classique de la créature, pourra faire sourire et paraître un peu naïf, d'autant que ses techniques de vol déconcertent elles aussi: soit elle décolle façon Superman, soit elle tourbillonne sur elle-même. En face, les Gyaos sont le pendant évident du monstre volant de la Toho, rodan. Là encore, si les traits caractéristiques ont été gardés par rapport à la version des années 60, notamment le sommet du crâne triangulaire, le monstre a été modernisé, et offre l'apparence d'un reptile volant décharné, dont on devine le squelette sous la peau. On notera que pour la première fois, un monstre de kaiju eiga est joué par une femme, puisque c'est l'actrice Yuhmi Kaneyama qui endosse le costume du monstre volant, pour justement lui donner cette apparence svelte. Gyaos est l'ennemi le plus intime de gamera, et est le seul à être apparu dans les trois époques de la saga.



Mais au-delà de ses monstres, le film va également soigner ses personnages et le cadre entourant le combat monstrueux. A l'apparition de gamera, la première réaction est évidemment la peur, et pendant tout le film cette ambiguïté sera présente dans l'esprit des personnages, l'armée n'hésitant pas à attaquer la créature qu'elle juge la plus dangereuse. Si les personnages semblent d'abord particulièrement caricaturaux, entre le méchant politique, le militaire un peu limité, les scientifiques qui ont forcément raison, on se rend finalement compte que les principaux sont un peu plus complexes que ça, sans néanmoins atteindre des sommets. On retrouve dans le lot un clône de Miki Saegusa, la télépathe de la saga Godzilla à l'époque, avec une jeune fille entretenant un lien mental avec la tortue géante. Kaneko met en scène ces personnages dans une ambiance directement affiliée au film catastrophe (un genre auquel le kaiju eiga se rattache à l'origine). Il nous montre ainsi les conséquences des attaques, allant plus loin que les simples fuites de populations de la ville où se trouvent les monstres: les routes sont bloquées, les moyens de transport paralysés, le cours du Yen s'effondre...Des détails qui renforcent la crédibilité de l'histoire. D'autant que, si Godzilla semble parfois ne pas faire de victimes collatérales, le combat entre gamera et Gyaos occasionne directement de nombreuses pertes humaines, et contribue encore davantage aux doutes autour du Gardien de l'Univers.

Des combats qui, s'ils sont relativement courts et assez peu nombreux, compensent par une véritable intensité, les deux adversaires ne se faisant aucun cadeau: gamera est régulièrement touché sévèrement, et n'y va pas de main morte sur les Gyaos. Ca change clairement des combats de rayons dans lesquels s'enfonce la saga Godzilla, et dont "Godzilla vs SpaceGodzilla" est l'exemple le plus frappant. Kaneko filme d'ailleurs ces combats de façon remarquable, mettant le plus souvent possible l'accent sur le gigantisme des créatures, forçant la comparaison avec des objets du quotidien, des plans en contreplongée et un excellent travail sur la perspective, le tout dans des maquettes parfois troublantes de réalisme. Certains plans sont superbes, comme cette poursuite aérienne ou l'attaque de l'armée face à gamera, et surtout la première intervention de la tortue géante face aux Gyaos. On regrettera simplement que les effets spéciaux, s'ils sont souvent réussis, sont parfois assez grotesques, notamment au niveau des yeux des Gyaos, particulièrement manqués. Néanmoins, le mélange suit-motion / numérique fonctionne assez bien, donnant là aussi un bon coup de pied aux conventions en vigueur dans la saga concurrente.



Ces quelques effets spéciaux loupés seront l'un des principaux défauts du film, à côté d'une histoire un peu prévisible, et surtout d'un message écologique un peu envahissant par moments. "gamera: Guardian of the Universe" reste pourtant un très bon film dans le genre. Ses suites, "gamera 2: Attack of Legion" et "gamera 3: Revenge of Iris" lui seront tout de même largement supérieures, notamment sur le plan technique.